L'élégancedeslivres

28 novembre 2022

La Montagne morte de la vie Michel Bernanos Éditions de L'Arbre vengeur

La Montagne morte de la vie - Éditions de l'Arbre vengeur

La Montagne morte de la vie

Michel Bernanos

Collection l'Arbuste véhément

Éditions de L'Arbre vengeur

En librairie

Au doux prix de  9 €

La Montagne morte de la vie - Éditions de l'Arbre vengeur

Mon avis :

Michel Bernanos (1923-1964), quatrième enfant de Georges Bernanos, délivre avec « La Montagne morte de la vie » (1967), le troisième volume d’un triptyque avec « Le Murmure des Dieux » (1964) et « L’Envers de l’éperon » (posthume, 1984).

Cette épopée en osmose avec un style absolu, classique et vénérable honore le fantastique. On fusionne d’emblée avec les quatre éléments, l’eau, le feu, l’air et la terre.

Magnétique, frénétique, la trame complice de deux protagonistes , Mousse, un jeune garçon embarqué par méprise et par force, voire naïveté, sur un bateau, et Toine, le cuisinier, marin aguerri, pétri d’humanité et d’expériences. Il sera tout au long de la fusion de cette histoire, le protecteur de l’enfant.

« Allez petit, ça suffit comme ça, maintenant. Viens, on va donner un coup de main aux hommes...Toine par contre leur parlait presque amicalement. J’en fus sur le moment étonné, puis j’appris par la suite, à nos dépens, que l’homme est vulnérable devant la souffrance, comme devant la joie. »

D’embruns et de ressacs, les rebellions enivrées de faim et de soif, de violence et d’une endurance à bout de souffle, le bateau s’égare dans les affres intestines.

L’écriture olympienne radoucie les mœurs, cherche les latitudes de la sérénité, des ferveurs de fraternité. Ils ne sont plus qu’eux deux sur le ventre cannibale de ce bateau. Périls et soupirs, craintes et lames de fond.

« Je regrette vraiment pour toi, petit, de te voir avec moi dans mon cauchemar d’homme éveillé. Ici, tout est inexplicable. Et ne compte pas trouver la solution. »

Ils naviguent à vue, imaginent une terre accueillante, une ligne d’horizon, un point d’appui, dans les flots remontés et le temps tempétueux et virulent.

Tout change. L’atmosphère est trouble. De brouillard et de silence, l’opacité criante et les angoisses à fleur de peau.

Le naufrage prédestiné.

« On aurait dû apporté avec nous de quoi faire du feu. Dans un endroit pareil, on ne trouvera jamais de bois sec. Tout reste vert à mourir. »

La nature semble maîtresse des lieux. Dans un onirisme étrange qui interpelle Toine et le jeune Mousse. Soudés dans ce méconnu, entre les lianes dévoreuses, les pierres figées qui deviennent cendres. La fureur d’une mystique déboussolée. L’épuisement qui happe ces exilés, égarés sur une terre troublante, risquée, et dont le magnétisme foudroie leurs espérances.

La montagne grogne, les étoiles changent de place, affirment la déroute de la voie lactée. L’arborescence d’un ciel qui élève son chant lugubre.

Fantômes de l’entre-monde, les messages tels des pièges, la sauvagerie sanglante d’un ésotérisme bousculé par la venue de Toine et de Mousse. L’appât d’une montagne morte et plein de vie. On ressent une bataille sourde. Les plaintes sournoises d’une montagne symbolique et dévoreuse.

L’édénique n’est pas. Ici, règne la puissance des roches. Avaleuses et ténébreuses, l’effigie de l’Île de Pâques.

Ce récit apocalyptique est captivant, intriguant, fébrile et de haute précision. Ce classique surdoué affirme un auteur inoubliable tant il dévoile dans un hors norme grandiose, les turbulences confrontées aux normalités. Les épreuves ne sont pas hasardeuses mais prédestinées pour Toine et Mousse.

Assignées à la force et au combat, elles dévorent ce livre qui incite à la réflexion.

Où se trouve notre place dans la vie ? Où se love la raison ?

« La Montagne morte de la vie » est un livre périlleux et efficace. Visionnaire, il semble un mythe né d’une main de maître. Envoûtant.

Publié par les majeures Éditions de L’Arbre vengeur. Une collection : L’Arbuste véhément à suivre des yeux.

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21 novembre 2022

De notre monde emporté Christian Astolfi Éditions Le bruit du monde

DE NOTRE MONDE EMPORTE | CULTURES OBLIQUES

De notre monde emporté

Christian Astolfi

Éditions Le bruit du monde

DE NOTRE MONDE EMPORTE | CULTURES OBLIQUES

Mon avis :

« De notre monde emporté » livre socle, l’exemplarité et la rectitude.

Il suffit de lire les premières pages pour comprendre l’heure cruciale. Être d’emblée en transmutation aux Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer. L’écriture cède la place au vaste de ce récit éperdument sociétal et engagé.

La douceur du ton est un arrêt sur le mot et son symbole. Figer ce qui fût de ces hommes aguerris à l’effort, à la beauté même du travail bien fait, la glorification du travail. Sueur perlée sur le front, mains gercées, les heures longues d’un travail opératif.

Le narrateur est un jeune homme surnommé Narval par ses pairs, passeur des existences blessées et meurtries dans leur chair. Son père avant lui, ses collègues et amis, les Chantiers navals, le pictural du monde ouvrier. Bataille rangée dans l’action même, « je ne dirai jamais que je travaille aux Chantiers, mais que j’en suis. Comme on dit d’un pays, d’une région, avec sa frontière. » Des centaines d’hommes, fourmis en file indienne, vaillants et tenaces, régler, démonter, polir, subir, se serrer les coudes, la concorde et la connivence pour alliées. Un navire, des milliers d’heures de travail, sans même savoir le risque, l’amiante à cris et à flots, à mains et à souffles. Poumons pris en otage, ils ne devinent pas, pas encore, le flux de ce poison lent.

Puisque le temps est à la grève, à la reconversion, au lâcher-prise, au vaisseau fantôme. Les Chantiers navals agonisent. « Comment imaginer à cet instant que tout cela , un jour, puisse disparaître. »

Narval pressent sa vie basculer. Les aiguilles s’affolent. Tout change, Louise, sa compagne, le quitte. Ce serait s’affranchir, couper le cordon qui le retient encore un peu, dans cette ville où son cœur bat en diapason de celui de ses collègues et amis.

Le récit est olympien, calme, maîtrisé, malgré les turbulences de ce qui va advenir subrepticement. On ressent Narval attentif aux siens, à l’image de son père, mort car malade d’un trop plein de travail et d’amiante. « Je gardais les Chantiers en point de mire… Je me demande juste si après tant d’années passées aux Chantiers, on vaut quelque chose dehors. Je veux dire sur le marché du travail. »

Questionnements, l’impression d’un gâchis immense. Il est un symbole, « il n’y avait de notre part aucun défi, seulement le besoin d’ajuster le geste au métier. »

un double drame qui a pris son temps pour abattre ses victimes : la fibre. « La fibre s’élevait et retombait en pluie fine sur leurs vêtements, saupoudrait leurs mains nues, pailletant leurs chevelures. On tournait autour du mal sans le savoir. »

Asbestose. Tous, vont être malades, voire mourir à petits feux. Le tourbillon, trou noir, d’aucuns sont ici au tribunal emblématique. Entendre les responsables, craquer ses doigts, serrer les poings, larmes sur les bateaux invisibles. Veuves à milliers, fils et pères en fauteuil roulant, l’amiante, « l’héritage empoisonné ».

« Ce soir-là, j’ai écrit sur mon carnet .Il n’y aura pas de reconnaissance définitive de notre condition tant que notre parole ne sera pas jetée à la face de ce scandale. »

Christian Astolfi est un passeur, un lanceur d’alerte, car l’heure est toujours pavlovienne. Un homme-écrivain qui rend hommage à ses frères des Chantiers. Il pointe du doigt là où ça fait mal. Il dévoile une période qui s’étire en vie entière, celle du monde ouvrier et de ses plus grands malheurs. La Cause du siècle. Sociologique, la fraternité révélée, les souffrances et les lâchetés des puissants, tout ici est mémoire et urgence sociétale. Ce serait à l’instar du Rocher de Sisyphe, mais voilà Christian Astolfi prend parole et acte le combat de « Notre monde emporté ». Livre d’utilité publique, pétri d’humanité. Une chronique sociale, politique, sans colère froide. Juste dire les faits et bousculer les diktats qui perturbent le café du matin avant de franchir les Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer. Un hymne au monde d’en bas, alors que c’est celui d’en haut pour ceux qui savent. Ce récit est un livre blanc résolument bâti. Un hommage bouleversant car humble. Publié par les majeures Éditions Le bruit du monde.

 

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20 novembre 2022

Il arrive quand le stagiaire ? Patrice Luchet Éditions L'Ire des Marges

Il arrive quand, le stagiaire ? : décembre

Il arrive quand le stagiaire ?

Patrice Luchet

Collection "Tout un Peuple"

Décembre

Éditions L'Ire des Marges

En librairie 

Au doux prix de 6 €

Il arrive quand, le stagiaire ? : décembre

Mon avis :

Ce fragment est un kaléidoscope dans le sac d'un élève de troisième. Son double en lumière, le rythme de ses pas entre l’aube et son ombre et le soleil couchant dans son orée crépusculaire.

Rien n’est oublié ni effacé, tout est inscrit. C’est une mise en abîme d’une réalité à la minute même.

Les collégiens de troisième, le mythique stage, l’instantané de l’expérience. Le copier-coller des diktats sociétaux. Les parents et leurs espoirs, les enfants (puisque ils ne sont que des gosses) avec leurs rêves et les désillusions. Le saut dans l’inconnu. Dans le froid du petit matin où s’activent déjà les ouvriers, les néons comme des flèches de direction, ils avancent, progressent dans une déambulation où tout va advenir.

« Ils sont posés là

dans un désert

dans lequel ils se débattent

duquel ils essaient de sortir

il y a eux

le groupe

et puis l’absence

aujourd’hui il ne va pas au collège

il va au staaage. »

Ce texte est une guirlande scintillante. Ces élèves qui vivent l’expérience de leurs conditions. Chocolat avec sucre ou pas. Brioche ou pain frais ou le ventre vide.

Ne pas croire au conte. Ils sont projetés dans le corpus d’une société, fragiles encore, apeurés ou attentifs, fiers ou timides, le rapport de stage comme note et les idéaux comme des papillons de nuit qui se brûlent les ailes sur les lumières. Ils ne savent pas. Aujourd’hui c’est le stage et son étendard, spéculatif ou opératif, forêt ou lande, marée-basse ou pleine mer . La prononciation juste-née d’une hiérarchie à approuver.

« La fiche de l’employeur

avant de partir ce soir

car après ce sera

les vacances de décembre…

puis il ira

jusqu’à la Mission locale

où il fait

son stage

plus tard il donnera l’exemple

il s’occupera des petits

il veut faire éducateur... »

Ce texte de patrice Luchet  est à l’instar d’une litanie, une ode pour ces collégiens. Ici, c’est le regard lucide d’un enseignant-écrivain, qui rassemble l’épars. Les craies oubliées, les cahiers endormis, les premières consignes, l’apprentissage et la découverte, le plongeon dans le méconnu avec ses craintes et contraintes. Les joies et les peines, les doutes et les certitudes, et la glorification du travail. Les désirs et les soupirs, les peurs et les réussites. Ce texte est le miroir de décembre. Ce mois fragile où la jeunesse ouvre ses ailes, l’initiation à la vie.

« Il arrive quand le stagiaire ? » décembre, l’éphéméride où les collégiens sont une noria d’oiseaux en plein vol.

Cette nouvelle d’un ensemble de douze (une pour chaque mois de l’année) est issue d’une collection (à surveiller) « Tout un Peuple » : « La rentrée de tout un Peuple » : septembre, « Au Funérarium » : avril, « Vivre au banc » : juillet, « Il arrive quand le stagiaire ? » : décembre, signent une série, miroir de notre contemporanéité. Publié par les majeures Éditions L’ire des Marges. Á noter son doux prix de 6 €.

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16 novembre 2022

Fête des pères Éditions de l'Aire & Serge Safran éditeur

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Fête des pères

Jean-Michel Olivier

Éditions de l'Aire & Serge Safran éditeur

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Mon avis :

Je suis Personne ! Et vous ?

N’êtes-vous non plus

Personne ?

Emily Dickinson.

 

« Au-delà d’un certain point,

on ne peut plus revenir en arrière.

C’est ce point qu’il faut

chercher à atteindre. »

Franz Kafka.

 

Vous, les pères du dimanche, ce livre est pour vous, elles et deux toits pour oraison. Ce livre tremblant d’humanité, à mille mille d’un fait divers, d’une lecture pragmatique est la mappemonde d’une filiation exemplaire, sans pathos. Résolument digne, ce roman poignant lève le voile sur une famille qui va éclater tel un ballon de baudruche. Les déchirures d’un désamour et d’un enfant pris en otage.

Damien Maistre, c’est lui le narrateur. Un jeune père qui mène une double vie. Ne croyez pas à un jeu de cache-cache, Damien Maistre a deux travails, comédien et doubleur, une femme et une maîtresse (voire plus) etc.

Il est entre deux rives dans cet esprit Diogène, libre et assumé. Quoique !

Fragile, immature, il flirte sur la ligne jaune, se prend les pieds dans le tapis, tel le complexe de l’albatros.

Leslie sa femme est fataliste, américaine, et journaliste. D’une éducation implacable, rigoureuse, elle suit la doctrine de Calvin. Tout va s’écrouler le soir des élections où Donald Trump est élu. Elle le déteste, le hait et pressent l’hécatombe jusqu’en son antre. Elle s’épanche avec un de ses collègues journalistes durant des heures au téléphone, qui lui est en Amérique. Et là, tout bascule. Leslie vacille, s’éloigne et le divorce advient.

« À force de jouer tous les rôles et de changer tous les jours de visage, au fil du temps, des films et des rencontres, il a l’impression de flotter et de n’être personne. Damien ne sait jamais intéressé à lui. Est-ce son côté protestant ? Janséniste ? Le moi est haïssable, disait Pascal, Damien en est convaincu. Depuis toujours, il cherche son centre de gravité. Mais la terre tremble. Le sol se dérobe sous ses pas. »

Leslie l’accable. Il serait un mauvais père. Instable et triste, sans vision du lendemain. Pourtant les dimanches avec l’enfant sont gracieux mais éphémères. Les jouets dérangés d’une semaine à l’autre, le sursis. Les pâtes et les balades, moments où l’enfance a le droit de visite par la loi.

Leslie va se marier avec Russ et partir en Amérique avec son petit garçon. L’enfant pris en tenaille, à qui l’on ne demande pas son avis et pour cause. « Le paradoxe c’est que la vérité peut surgir d’un tissu de mensonges. »

Fortuitement, Leslie demande à Damien de garder l’enfant pour qu’elle passe avec Russ un week-end de lune de miel avant le grand départ.

Le dimanche soir, il ramène le petit, sauf que Leslie est absente et que Damien va craquer.

« Une étoile dans le ciel ou une île au milieu de la brume : c’est à chaque fois un voyage sans retour. »

« Fête des pères » de Jean-Michel Olivier est un cri dans la nuit noire. Un roman bouleversant, tremblant de pluie et d’amour VRAI. La quête d’un père universel. La prononciation des déchirures infinies. Ce grand texte est un témoignage, le fronton d’une paternité en souffrance.

Engagé, humain, douloureux, il est la marée-basse où tout aurait pu advenir, si.

Poignant, un hymne aux pères du dimanche. Publié par les Éditions de l’Aire & les Éditions Serge Safran éditeur.

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14 novembre 2022

Vermine Ivan Péault

Vermine ! - Éditions de l'Arbre vengeur

Vermine !

Ivan Péault

Éditions de L'Arbre Vengeur

En librairie

Vermine ! - Éditions de l'Arbre vengeur

Mon avis:

Un feu d’artifice littéraire !

Un pas de côté succulent, subversif, réjouissant !

L’humour au garde à vous !

« Vermine » compose ses gammes en treize nouvelles au fort caractère. Elles sont un pied de nez à l’adversité. Un peu dans l’esprit révolutionnaire mais dans une forme de pitrerie remarquable. Les degrés alignent leur pouvoir, leur marque et une double voire une triple lecture prend place d’une manière satirique et sociétale.

Ivan Péault à l’esprit vengeur. Il observe notre monde, nos petites manies et nos travers. Sombres souvent, décalées ou rieuses, on passe par toutes les cases qui du noir ou du blanc remporte la mise, qu’importe !

Le charme opère et on ne lâche rien.

Le lever de voile sur « Les inséparables » vous fera passer un bon moment. On frôle la dérision, le caustique, la chute est terrible. La capacité littéraire est perfectionniste. Cette nouvelle voire fragment est un bonbon fondant en bouche.

« Vermine »! Ah, cet écrin ubuesque, décapant, crissant. L’absurdité souveraine et la parabole finement politique.

« On javellise à tout va, rien ne résiste, ni la pensée ni la vermine. Si je me gratte encore, c’est uniquement pour me rappeler le monde d’où je viens, et que je ne regrette pas. »

Ce kaléidoscope est un remède à la déprime, aux aléas, et son pétillant, bulle après bulle est raffiné. L’écriture est olympienne, une belle comédienne, un brin de folie pur, mais que c’est bon ! Ivan Péault s’amuse beaucoup.

« Engueule-t-on un enfant parce que son père est un monstre ?

Pasqua, Debré, Sarkosy, Hortefeux, Guéant, Valls, Collomb, Darmanin… Vous croyez peut-être qu’on a eu une enfance heureuse ? Vous sauteriez sur les genoux d’Hordefeux vous ? »

Le fil rouge de ces treize nouvelles est un champ de trèfles à quatre feuilles. Engagées, finement politiques, subtiles et intuitives, elles sont dans l’instantané même de notre présent. Elles frôlent nos consciences et attisent les braises de nos réflexions, et, par le rire : l’enjeu des gravités.

Cruciales, mordantes, viscérales, elles sont les caricatures surdouées de notre monde. L’ironie crissante n’est jamais surjouée. Le summum littéraire, un arc-en-ciel dans nos hivers.

De bien belles douceurs pour affronter les rudesses d’une époque riche de faux-semblants.

Publié par les majeures Éditions de L’Arbre Vengeur.

 

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11 novembre 2022

La transparence Adrien Lafille Éditions VANLOO

La transparenceL

La transparence

Adrien Lafille

Couverture de Maxime Sudol

Éditions VANLOO 

En librairie

La transparence

Mon avis:

« La transparence » est matière ardente. La trame est méticuleuse, précise et intense.

Ce livre dès ses premiers signes, annonce un récit qui fait resurgir l’émotion et la vertigineuse impression de lire un chef-d’œuvre. Terriblement humain, dévorant de profondeur, on sait l’heure des métamorphoses. Ce texte a un pouvoir fou. L’écriture est une création littéraire, d’aucuns ne savaient la formule avant Adrien Lafille. C’est la somme macrocosme, les carillons d’une chapelle en haute-montagne. Le désir de laisser ce langage dans un désert vierge, abandonné dans une solitude spéculative qui fera s’élever le vent. Qu’importe si les mots s’échappent. Le but de ce livre est atteint, celui de son éternité.

La ville des hauteurs prend place. Ses hôtes, femmes et enfants, la transparence en filigrane, et Sam projeté contre un mur transparent sur sa route. Métaphore, « Minuit est passé depuis huit heures… tout le béton du monde sera cassé, les rayons du soleil brûleront le reste avec son feu. »

Goutte à goutte, sur la transparence, la scène au ralenti est le désespoir des humanités.

Écrire ainsi est notre survie pour demain.

Chacune des séquences est lente et douce. Les mouvements perceptibles, les attitudes dépeintes dans cette magnificence d’une modestie travaillée à l’or fin.

Ce serait comme le déroulé d’un film à ciel ouvert, la transparence significative, magnétique et transcendante. Un tissage fascinant, si puissant que l’on sent monter la brume dans nos yeux. « L’eau des larmes est une petite banquise perpétuelle qui fond lorsque la chaleur est trop grande . »

On retient notre souffle. On avance dans la lecture en sachant l’heure grandiose.

« La salle est pleine d’enfants, toutes leurs attentions sont dirigées vers quelqu’un qui prononce tous les noms…. Mais une de ces personnes n’entend plus rien du tout depuis huit heurs cinq à part le bruit des vagues, elle entend la même chose que dans un coquillage. »

Ce livre peut se lire à voix haute. S’arrêter dans l’heure où le summum est là. Retenir chacune des palpitations pour un lendemain triste.

« Regarde-moi et tu verras mes yeux te regarder. »

Le vent parabole, les habitants dans cet instantané où la fusion est révélatrice. Ce texte se lit très doucement, il a ce mérite des sages.

« Le vent existe. Al se trompe. C’est le vent qui s’est arrêté. Le souffle ne s’arrête pas, mais il diminue lorsque le vent diminue. » « Le nuage tu le regardes le nuage tu le vois le nuage n’est pas son ombre le nuage est le nuage. »

« La transparence » théologale et l’Alcazar en prononciation. Ce texte des invisibilités est une ville rémanence. Dans cette beauté bouleversante, « les musiques ont des paroles : tout le monde traverse ce qui brille, pourvu que ce moment dure… Il n’existe pas de chanson sans amour. »

La poésie est « La transparence », la vie-même, car ici, tout se correspond et se confond. Il n’y a pas de croisements ni de hasards, la transparence est à l’instar de la foi. La ville comme l’humanité. Adrien Lafille sait les sentiments indicibles. Le fil transparent où tel un funambule, il trace la voie pour demain encore, dans cette ville symbolique où le vent fait la courte-échelle au monde.

La pierre angulaire d’une littérature hors pair. Une fierté éditoriale ! Un futur grand classique.

Un livre intemporel tant il est un socle. Publié par les majeures éditions VANLOO.

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10 novembre 2022

Bois de fer Mireille Gagné La Peuplade Poésie

Bois de fer - Mireille Gagné - Babelio

Bois de fer

Mireille Gagné

La Peuplade

En librairie

Bois de fer - Mireille Gagné - Babelio

Mon avis :

« Bois de fer » résistance-écorce, Mireille Gagné vacille, se fissure. Ses jours déracinés après les tempêtes intérieures à cris et à pensées.

Mireille Gagné écrit l’ombre du végétal, le furtif d’un bourgeon qui éclot prêt à accorder la guérison plausible.

Elle marche dans la clairière des mots-mousse. Le monde médical comme oreiller, le versant-vie mis à rude épreuve.

Bois de fer, « je voudrais tant devenir l’arbre miniature qui vient d’être planté chez les voisins pour remplacer celui qui faisait relever les bardeaux du toit...Parfois la jeune fille vient lui parler au retour de l’école. Que lui confie-t-elle ? »

L’écriture végétale est liante, spéculative, attendue jusqu’à la dernière feuille qui refuse la chute. Les paraboles sont signifiantes. « Les séismes s’enchaînent les uns après les autres. C’est peut-être dû au fait que je pousse sur du roc. »

Femme-arbre, confondue dans l’orée des bois, qui cherche de toutes ses forces et convictions l’orientation de ses regards-mêmes. Intuitive et dévouée, confiante, elle pressent ici, la fin de la chute d’Icare. Le berceau qui couronnera sa renaissance.

« Il faut garder espoir qu’une partie de soi puisse être sauvée. »

la transaction est noble, écologique et poétique. Les fragments comme des morceaux d’étoiles accrochés aux branches invisibles. Elle quête et écoute. Dans les bois endormis qui craquent dans leur sommeil et répondent à Mireille Gagné, l’écho de ce qui persistera toujours.

« Leurs souches continuent de s’abreuver en nutriments et en eau grâce à leurs voisins. »

« Bois de fer » dont la dernière page ouvre la voie, l’essence de fer salvatrice : L’Ostryer de Virginie. Cet écrin poétique est la Canopée. Intime et vaste, lumineux et essentiel. Le miracle du bois avec un B majuscule qui révèle le monde. Publié par les majeures éditions La Peuplade.

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09 novembre 2022

Marche à voix basse Nelly Desmarais Le Quartanier éditeur

Marche à voix basse

Marche à voix basse

Nelly Desmarais

Le Quartanier éditeur

En librairie

Marche à voix basse

Mon avis :

« Tout ce que j’ai fait dans ma vie et dont j’ai eu honte, je l’ai fait parce que c’était raisonnable »

Jana Cerdá

Une déambulation à marée-basse. Un kaléidoscope d’ombre et de lumière. Une marche à pieds nus sur des aiguilles de pin où tout advient subrepticement.

Ces myriades de fragments, confidences à cœur et à cris, latitude et crépuscule. Ici, la vie même est une noria d’oiseaux migrateurs en plein vol.

Poèmes, labyrinthes, les courants d’air octroient les mots, délivrances, douleurs infinies, les joies pleines ou tristes .

D’une contemporanéité criante et vénérable, poèmes engagés, main d’homme qui bâillonne et fait trembler les murs frigorifiés.

La peur-étincelle, vive, brûlante, les ombres-pièges, femme-poète au manteau lourd gorgé de pluie.

Et puis, il y a ça :

« ma gardienne s’appelle Lisette…

elle dit ne perds pas ton cœur d’enfant

elle me fait jurer ne deviens pas méchante

comme les adultes

Lisette ne sait pas bien lire ni compter

mais elle a toujours un livre »

Et soudainement tout rayonne, change et se superpose. Papillons de nuit, regards baissés, les rêves éclatés et l’intrinsèque s’élève.

Sociétaux, intimes, féministes dans cette beauté altière des vérités dénouées, les poèmes sont des flambeaux qui transpercent les nuits.

« le mysticisme se lit à l’envers

de ce côté-ci du monde

je voudrais des pages et des pages

je voudrais des murs gris

d’une chambre d’ascèse »

Marche somnambule, lorsque tout s’arrête et que retentit la corne de brume. Enfants brûlés dans un cinéma en flammes, bêtise humaine , l’arrogance des puissants, le cinéma Laurier Palace, proie qui avale ses petits.

On écoute à voix basse les litanies sans points ni virgules dans cette ponctuation des invisibilités.

« on reconnaît un geste

à sa lenteur

le tracé d’une main

des mots qui appellent les suivants

tais-toi écoute

ce que j’ai vu s’entend »

Initiatiques, laves de volcan, étincelles et rêves brisés, apprendre de l’expérience, la mue de la femme. Elle, Nelly Desmarais, formidable et digne, assumée et résistante, porte-voix de sa vie-même dont les éclats transpercent ces pages dévorantes et altières tels des perce-neige.

« Tout ce que je sais

me monte aux yeux »

C’est l’heure de l’écoute dans les veillées mages et salvatrices. « je suis la foule vers le fleuve »

Publié par les majeures éditions Le Quartanier éditeur

 

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08 novembre 2022

Où reposent nos ombres Sébastien Vidal Éditions Le Mot et le Reste

Livre: Où reposent nos ombres, Sébastien VIDAL, Le Mot et le reste, Polars, 9782361399825 - Librairie Dialogues

Où reposent nos ombres

Sébastien Vidal

Éditions Le Mot et le Reste

En librairie

Livre: Où reposent nos ombres, Sébastien VIDAL, Le Mot et le reste, Polars, 9782361399825 - Librairie Dialogues

Merci beaucoup aux éditions Le Mot et le Reste pour l'envoi de ce prodigieux roman.

Livre: Où reposent nos ombres, Sébastien VIDAL, Le Mot et le reste, Polars, 9782361399825 - Librairie Dialogues

Mon avis :

« Il y a en nous, un lieu où nous pleurons pour les autres. » Jim Harrison

« Comme l’a dit Victor Hugo, rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue. »

La Canopée littéraire !

« Ici, presque toujours, novembre arrive en octobre. »L’incipit donne le ton. La Haute Corrèze élève ses entrelacs, ses bruissements de feuilles, l’essence des pins, les crissements des pas dans les forêts automnales. On ressent d’emblée l’atmosphère de ce récit réussi et dont on ne lâche rien.

Dans ce livre, deux histoires résolument différentes, qui vont s’assembler subrepticement. Dans l’éveil et la capacité hors norme de Sébastien Vidal. C’est ici, le piédestal de ce récit.

La première, celle d’un groupe d’amis depuis leur plus tendre enfance, jeunes adolescents devenus dans cette Corrèze emblématique et magnétique, Johanna, Franck, Vincent et Christophe le narrateur. En plein été, celui de 1987 dans l’orée d’un changement de cap, celui du lycée. Il fait beau. Dans cette chaleur d’insouciance. L’heure est aux confidences, aux craintes des séparations proches. Ils profitent des langueurs estivales. Déambulent en pleine nature, font du vélo et savent l’heure de l’escompte hyperbolique du futur. On ressent les ferveurs d’une camaraderie liante et vénérable.

Un jour certain, dans un de leurs périples, ils s’égarent à la nuit tombée en gravissant une colline. Un lieu édénique s’élève en apogée. « L’eau qui somnolait reflétait la silhouette des arbres, et au milieu le bleu du ciel se confondait avec la couleur plus sombre des flots, donnant à l’ensemble un ton délicat et fragile, qui pouvait frémir à la moindre brise. Nous dévorions le site des yeux. »

Ils sont ici, dans cet espace vierge, un entre-monde où ils imaginent déjà un antre tenu secret, rien que pour eux. Mais ce lieu n’est pas inhabité. Ici, vit l’Indien, dans une cabane en bois à flanc de rocher. Un homme connu du village, comme marginal, solitaire, reclus à La Thoreau David. Il va leur proposer un marché. Venir se baigner autant de fois qu’ils le veulent au Puy perdu dans l’étang, à condition de ne rien dire aux autres. Comme un privilège, une invitation au silence, au secret et à la force intrinsèque d’un lieu magnétique et salvateur. Mais peut-être aussi L’Indien a t-il besoin de la jeunesse autour de lui, un moyen exutoire de compenser les douleurs de sa vie.

« Je tournais la tête vers les rochers plats pour effacer une larme récalcitrante et je le vis, l’Indien. Il était là, assis sur un des quatre monolithes couchés. Un naufragé. »

« La bande aux yeux marron » va se lier avec l’Indien. Apprendre de lui, de sa sagesse et de ses secrets, de sa maturité et de ses passions littéraires. On ressent un homme qui fédère ce récit. On l’aime et on désire connaître le son de sa voix, un peu à l’instar de Kakuro Ozu dans l’Élégance du hérisson.

Dans l’autre versant, deux amis et collègues vont braquer des convoyeurs de fonds. Adrénaline fois mille, un tsunami qui enfle. Crescendo, entre les meurtres et la fuite, ils se parlent, se devinent liés par l’irrévocable. On ressent un fragment sociétal, finement politique et engagé. Ils doutent, mais ne peuvent revenir dans le passé. Ils regrettent ce temps de labeur et de sueur et d’exploitation. Mais c’est trop tard pour « Les Tueurs au losange. » De fil en aiguille, ils arrivent en Corrèze. Que va-t-il se passer ?

Comment ces deux récits vont s’entrecroiser ?

Ce roman est la coexistence de l’ombre et de la lumière. Profondément humain, il a cette obsession cardinale d’élever la beauté des rencontres, les fiançailles des cœurs, les apprentissages de la vie et les initiations adolescentes. Les sonorités des gravités sont des chants d’oiseaux. Ce tissage fascinant est de haute voltige, tant il donne la parole aux cheminements intérieurs, au chaos fait homme aussi, parfois. Les liens sont des rais de lumière en pleine clairière. « Où reposent nos ombres » est une fresque sombre et merveilleuse. Publié par les majeures éditions Le Mot et le Reste.

Posté par Evlyne-Leraut à 19:33 - Commentaires [1] - Permalien [#]

07 novembre 2022

Dans les règles de l'art Makis Malafékas Traduit par Nicolas Pallier Éditions Asphalte

Dans les règles de l'art - Makis Malafékas - Babelio

Dans les règles de l'art

Makis Malafékas

Traduit du grec par Nicolas Pallier

Éditions Asphalte

En librairie

Dans les règles de l'art - Makis Malafékas - Babelio

Merci beaucoup aux éditions Asphalte pour l'envoi de ce prodigieux roman noir.

Dans les règles de l'art - Makis Malafékas - Babelio

Mon avis :

Je crois qu’au-delà de l’illusion qui prétend que lorsque la vie devient profondément incohérente, le roman est là pour la réparer.

Paco Ignacio Taibo, Nous revenons comme des ombres.

« Moi, l’art contemporain, je n’y connaissais rien. »

L’incipit donne le ton. Sociétal, trépidant, « Dans les règles de l’art » est un roman serré comme un café fort, viril et profondément engagé .

Sous ses faux airs d’un polar sombre, endiablé, ce récit lève le voile sur les diktats de l’art dans son summum. Ce qui se cache comme poussières sous le tapis. Les turbulences, petites et grandes combines, l’effet domino et bien au-delà des protagonistes qui vont mener un train d’enfer à Mikahalis Krokos, le narrateur.

L’histoire se situe à Athènes. Dans le plein été de 2017, Mikhalis Krokos est au cœur de cette ville caniculaire pour le lancement de son roman. Rien ne va se passer comme prévu. Dans un même tempo, s’élève dans cette ville férue d’art, une grande exposition internationale d’art contemporain : La Documenta.

Mikhalis est pris en tenaille. Son amie, Christina est mêlée au vol d’un tableau emblématique. Elle lui demande son aide. Dans une ambiance criblée d’adrénaline, de sueur et de tumultes, il va enquêter. Se prendre les pieds dans le tapis tel le complexe de l’Albatros. Entre fêtes orgiaques, prises de risques, le puzzle s’assemble immanquablement. Mais le piège se referme. Il va se heurter à une quasi mafia. L’idiosyncrasie d’Athènes sous un couvert et de torpeurs, de quartiers chics ((Hydra) et des ruelles gorgées de soleil, de pauvreté. L’art est un masque.

On ressent une narration filmique, dont on imagine les scènes sur grand écran. Tout est en mouvement et démontré. La sociologie est dévoilée en apogée et les habitus d’un monde particulier sont dépeints en grandeur nature.

Ce roman est un lever de voile sur l’outrance et l’arrogance du marché de l’art. Le blanchiment d’argent en apothéose. Le tableau volé est une parabole, le point d’appui. C’est lui qui a la place majeure, tant sa disparition est lourde de conséquences.

Ce roman politique, urbain, habile et surdoué démonte un à un les carcans de la cruauté de la Documenta. Parabole d’une exposition d’art contemporain dont Makis Malafékas perce les toiles à coup de cutter pour démontrer que le loup se cache dans la bergerie.

Sous des décors lisses, des invitations glorieuses et des petites sacoches bien fines et brillantes, se dissimule l’argent sale, les corruptions et les pires truands.

Magnétique, profondément intelligent, « Dans les règles de l’art » est hypnotique et brûlant. Merveilleusement déplié, il est une invitation en Grèce dans ses travers les plus troubles.

Traduit à la perfection du grec par Nicolas Pallier, publié par les majeures éditions Asphalte.

Posté par Evlyne-Leraut à 18:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]