Alors toi aussi Futhi Ntshingila Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Estelle Flory Éditions Tropismes
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Alors toi aussi
Futhi Ntshingila
Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Estelle Flory
Éditions Tropismes
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La fulgurance d’un roman avec vue sur le remord. Le poids lourd d’un passé qui trouble le jour présent. Ce serait à l’instar d’un huis-clos.
Dans une prison mentale où les souvenirs, les actes et les conséquences enclenchent le verrou.
L’alacrité du repentir, les mains agrippées sur le drap froissé, trop lourd, pour ce vieil homme de quatre vingt ans qui ose le passage de la parole salvatrice. Hans Van Rooyen, Madama, Zoulou, pour le nommer, un seul homme et pourtant l’emblème de tant et de tant d’autres faux-frères et traîtres. Il est au bout de sa vie. Dans une maison de repos, choyé et bercé en tant qu’humain. Épicentre des confidences, lieu où tout peut advenir, même le secret lourd sur la conscience.
Ce serait alors, une quête pour le pardon, un appel à l’aide. Les mots prononcés sur sa propre barbarie. Lui, le monstre sanguinaire qui a commis des atrocités sur les siens et ses ennemis noirs, dans le même pays celui de l’Afrique du Sud.
Le gouvernement de l’apartheid, il était ici. Arrogant et sans état d’âme, un policier blanc, un chien loup féroce, tueur jusqu’au paroxysme de l’horreur.
Un pays ployé sous les affres colonialistes, néerlandaises puis britanniques. Des Boers et Afrikaners, ici, le pain quotidien est de violence et de haine.
Lui, qui assassinait comme l’on cueille une fleur. La normalité d’un meurtre. Ses mains rouges encore d’un sang invisible à l’œil nu. Il est dans le repli du repos, et conte à Zoe, sa soignante, tous les crimes et les atrocités, l’exutoire, les confessions dans les bordures de sa nuit à jamais. Zoe raccroche les paroles aux siennes. Elle, la dualité, le blanc sur le noir de Hans Van Rooyen, fille de militants de combat pour la liberté.
Elle chasse les cauchemars de cet homme recroquevillé, qui ferait presque pitié. Elle nomme ses sœurs, les femmes, les souffrances, viols, et les fragilités encore. Le récit choral est triste et poignant, et pourtant la lumière perce au travers des persiennes. Le passage-gué qui soulage et apaise les consciences. On entend le murmure du glas de ces deux êtres égarés dans leurs passés et dans la projection du jour même.
« Ne commence pas avec moi, vieil homme, parce que si je craque maintenant, je ne sais pas si je pourrai m’arrêter ! On se met tous les deux à rire et pleurer en même temps, ce truc moche que je n’ai jamais compris jusqu’ici, et c’est à la fois bon et lourd. Zoe s’agenouille près de mon lit et on sanglote ensemble. C’est une libération dont je ne savais pas avoir besoin et quelque chose que je n’ai jamais fait en quatre vingt ans d’existence. »
« Elle avait voulu que Zoe grandisse à Pietermarizburg et l’avait envoyée en pension à l’école privée Wykeham Collegiate. Elle voulait que sa fille bénéficie d’une éducation solide et saine dans un environnement idyllique et à taille humaine plutôt que dans une grande ville au rythme effréné comme Johannesburg. »
« Alors toi aussi » est comme la pleine lune qui ne ment pas. Le poids de l’Histoire sur des lignes immensément intimes et vastes comme le colonialisme qui n’en finit pas de par le monde. Il y a tant à étreindre, tant à dire.
Futhi Ntshingila prouve que l’humain est perfectible. La beauté douloureuse d’une Afrique du Sud qui a du mal avec les siens.
Zoe radiante et sublime d’empathie, la radicalité de l’accueil d’une parole rédemptrice et douce. Dans la lucidité de l’écoute, elle ne juge pas.
Deux êtres opposés dans le déroulé du destin, et tout change, tout devient possible dans une humanité d’une beauté indicible. Celle des intériorités.
Ce roman-fronton lève le voile sur les turbulences guerrières, racistes et implacables.
Le testament personnel d’Hans Van Rooyen est l’Histoire des hommes dans la proclamation du pardon.
« Alors toi aussi », après « Enrage contre la mort de la lumière », est l’avancée dans le renom. L’inestimable littérature engagée et nécessaire.
Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Flory. Publié par les majeures Éditions Tropismes.
E. L.