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25 juin 2024

Presque jamais autrement Maria Matios Traduit de l'ukrainien par Nikol Dziub Éditions Bleu et Jaune

Presque jamais autrement

Maria Matios

Traduit de l'ukrainien par Nikol Dziub

Éditions Bleu & Jaune

« Presque jamais autrement » est le basculement de la vie-même. Une fresque puissante, terriblement humaine, sans lyrisme, quasi d’animalité.

Ici, c’est l’épreuve existentielle. Le poids de l’Histoire dans le tout début du vingtième siècle. L’affront des coutumes, les déchirures entre frères, la loi de l’homme qui prime dans les Carpates ukrainiennes, où les montagnes impriment l’hostilité ou la ferveur sentimentale, l’amour ou la haine.

Ce serait à l’instar d’un livre en noir et blanc, filmique au possible, tant les arrêts sur image sont signifiants. Implacable, mais empreint de rémanence, tant, cette mise en abîme est l’exigence d’une littérature de vertige.

Le pouvoir d’une trame de justesse et d’observation, de faits et de conséquences.

Le poids insidieux des habitus et des implacables cruautés.

C’est l’intensité qui dévore ce grand livre qui s’efface immanquablement et cède la place aux protagonistes.

Tempétueux, hypnotique, presque jamais autrement, traces indélébiles extrêmes, inoubliables et rudes. On ressent d’emblée la mort qui plane, les liens à la vie à la mort, les attaches endurantes, des ventres qui enfantent le désespoir. Les gestes à l’instar du linge frais battu par grand vent. Les visages cinglés de haine ou de désespoir. Les destinées éloignées des effigies des cartes postales montagneuses au creux des mémoires.

Les Carpates, ici, sont le microcosme d’un peuple ployé sous les affres aux mille traductions dévorantes. Les croisées des chemins, regards baissés, règlements de compte, coups bas, mais la beauté est dans le furtif des possibilités. Et c’est ici, le règne de cette épopée manichéenne.

« Convoque les enfants pour demain, Femme, ordonna Kyrylo à Vassylyna après avoir dîné silencieusement et dit le Notre Père. »

Plusieurs familles ornent ce récit palpitant, de chair et d’esprit. Le point central est celui de la famille Tcheviouk, et les quatre fils. Le patriarche Kyrylo, autoritaire, fourbe, dirige la maisonnée d’une main de fer.

Le tremblant de ce grand livre est l’exactitude même, de ce qui fut d’une période condamnée dans ses épreuves. Vivre ce qui ne peut être montrer en plein soleil. Les armoires familiales fermées au grand jour, à double tour.

Fils des guerres, filles des malheurs, le poids lourd des secrets, amours assassines, adultères, vengeances et trahisons. Les forêts mentales abattues à coup de hache, presque jamais autrement. 

« J’aurais pu dire non à Varvartchouck quand il a dit que nous devions tuer Dmytryk à cause de Petrounia...Mais je ne l’ai pas fait. Parce que je revenais de la guerre. J’avais ma propre colère à l’époque. Ici, à gauche. Du côté du cœur. Et Varvartchouck avait la sienne. »

« C’était ainsi. Chaque homme était sauvage à sa manière. »

« Et sur le seuil de la grange se tenait son petit chat, son petit minet, son unique enfant . »

« Pourquoi une jeune fille aurait-elle dû contempler ces collines sans jamais jusqu’à sa mort ? »

Solaire, la sonorité et l’ardeur d’un titre signifiant. Ce serait comme un conte, une histoire empruntée, magique et intranquille, douloureuse et inoubliable. Le don de Maria Matios, qui délivre et interroge les fascinantes et lancinantes fatalités. Écrire la terre et les hommes et les voies de traverse qui font d’un pas, le miracle de ce livre magnétique.

Incontournable, une référence inconditionnelle, la littérature européenne en apogée, « Presque jamais autrement » est une fierté éditoriale. Traduit à la perfection par Nikol Dziub, publié par les majeures Éditions Bleu & Jaune.

E. L.

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