L'issue fatale des blessures d'athlétisme Milica Vuckovic traduit du serbe par Chloé Billon Éditions Bleu et Jaune
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L'issue fatale des blessures d'athlétisme
Milica Vuckovic
Traduit du serbe par Chloé Billon
Éditions Bleu et Jaune
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L’exploit d’un roman de haute contemporanéité.
Poignant, vif, déchirant, d’une maîtrise tirée au cordeau.
Il est l’incarnation d’un drame latent qui se déroule sous nos yeux.
Sans pathos, avec cette intelligence rare, sans artifices, avec virtuosité, « L’issue fatale des blessures d’athlétisme » est une mise en abîme psychologique, précise, spectrale, sans distance, d’une démonstration des emprises toxiques et mentales.
L’histoire se déroule en Serbie. Mais, elle pourrait être dans chaque pays, sans bordures ni frontières.
La banalité du mal, ce qui se cache dans le repli des normalités.
Dans l’ombre crépusculaire, où, insidieusement les implacables cruautés, les prégnances démoniaques, vont tout bousculer.
Sous le voile des fausses apparences, les douleurs assassines, les plus basses lâchetés d’une masculinité dérangée et violente.
Eva est la narratrice de sa propre histoire de vie. Le « je » prend place, à l’instar d’un reflet dans la glace de ses jours. Eva est une jeune femme battante, travailleuse sans relâche, un BTS en poche, un emploi pour le principal opérateur téléphonique mobile de Železnik. Elle tombe amoureuse de Tomislav. La famille de ce dernier la rejette. Trop lisse, trop pauvre, trop simple, pas assez intellectuelle et d’une catégorie sociale à mille mille d’eux : des médecins.
Qu’importe ! Eva et Tomislav vont vivre ensemble. Avoir un petit garçon Mario.
« J’étais indépendante et j’étais bien. » « Je n’ai jamais été de ces femmes qui rêvent d’êtres mères. Ça m’est venu d’un coup, comme une rage de dents. »
Mais Eva étouffe. Elle n’est pas prête pour regarder les paysages sans étonnements. Elle est engluée dans un quotidien où seules, les tâches domestiques sont pour elle. Elle ressent une mélancolie innommable. Trop de charges mentales, elle part avec l’enfant.
Elle revient chez ses parents avec Mario. Dort dans sa chambre d’enfant, « comme si elle avait redoublé dix classes. »
Ce temps d’un retour est une respiration, une course de fond, l’athlétisme dans sa plus belle envergure. Avant le saut à la perche parabolique, qui va advenir immanquablement. Où Eva deviendra une proie. Il faut attendre. Poursuivre son écoute, surveiller ses regards et ses épaules qui vont s’affaisser.
Ce roman est un cercle. Eva est à l’intérieur. Elle est le Rocher de Sisyphe, le Radeau de la Méduse de Géricault. Ses épreuves sont des points de côté.
Viktor arrive. Viktor est habile, machiavélique, sous ses faux airs, se cache le plus vil et le plus sournois des hommes. Il est un emblème, une caricature, le portrait robot du pire à venir.
Elle ne le sait pas, ne sait rien de lui. Elle est un buvard entre deux pages qu’il va refermer avec virulence.
Viktor est machiavélique, sadique, bipolaire, et peu à peu, Viktor sort ses griffes. La relation est malsaine, d’ombre et de lumière, de haut et de bas. Eva est sous emprise.
Elle accepte, se soumet, elle arrondie les angles. Accepte les pardons après les furies de Viktor qui, pour faire l’avocat du diable, est torturé, en mal-être, de par son enfance, où sa mère le maltraitait.
Eva est le bouc-émissaire. Eva qui pleure, saigne, cache ses bleus. Les pleurs de Viktor comme des lamentations venues d’outre-tombe, qui s'excuse et implore le pardon.
Cette relation dont on réfute les violences, dont on comprend alors toute la symbolique du titre de ce récit, est un cri dans la nuit noire. Les blessures d’athlétisme, la fatalité insurmontable. Comme un contre pied au métier du père d’Eva, professeur d’EPS.
Ici, le règne d’une trame époustouflante de réalisme. Une compétition en direct à la vie à la mort.
« C’était dans les histoires de grand-mère que j’étais la plus belle. »
« Je ne dis pas le « Danube » à dessein, parce que le Danube n’est le Danube que là où il est à moi. »
Ce livre est la démonstration des mécanismes implacables d’un pervers narcissique. La perte de soi-même, de sa propre estime, les faillites des résistances. Eva est un emblème. Celui de toutes, un jour peut-être. On est happé par la force fascinante de ce roman d’urgence absolue.
C’est un manifeste efficace. Un livre qui hurle pour elle, elles.
D’une puissance vitale, d’une justesse extrême, il est le fronton d’une littérature nécessaire et bénéfique.
"Apprendre à toujours se méfier" à l’instar de Prosper Mérimée, tel est l’adage de ce roman filmique. Un huis-clos émotionnel de haute voltige.
Traduit à merveille par Chloé Billon. Doté du prix Vital du meilleur roman publié en langue serbe, il a également été finaliste du prix NIN, comparé au prix Goncourt en France, et du prix Beogradski Pobednik de Belgrade pour le meilleur roman. C’est le premier roman publié en France de Milica Vuckovic par les majeures Éditions Bleu et Jaune.
E. L.