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L'élégancedeslivres
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4 novembre 2024

Flots François Salvaing Éditions de l'Arbre vengeur

« Si l’on n’osa pas tsunami, c’est que Saint-Éliacin n’est situé sur aucun littoral, et que l’eau de mer au moins lui fut épargnée. »

« Flots », un texte crépusculaire, magnétique, de François Salvaing qui happe et donne à réfléchir.

Dans le même tempo que cette tempête qui s’élève, devenue ouragan et plus encore.

Le style en connivence avec ce qu’un fleuve charrie de contradictions, d’avertissements.

Dans une forme métaphysique, où l’être n’est plus lui-même.

Mais le flux qui tourbillonne, gonfle et arrime les regrets, les vulnérabilités, les non-dits et les faux-semblants. À l’instar d’une transmutation, d’un état d’esprit en mutation.

Ce livre est régénérant, d’une force inestimable.

Le narrateur conte l’évènement. Ce cataclysme implacable, de boue et d’écume. Un courant à la vitesse d’un cheval au galop et plus encore.

Une pluie diluvienne qui s’abat et le village perd connaissance.

L’espérance morte. Mais l’homme est devenu autre. Langage et épiphanie et les turbulences arriment les nostalgies et ce qui aurait pu être autre de ses jours avec sa mère, juste morte. Ses derniers mots dans ce soupir d’une transmission en éveil par le pouvoir de ce fleuve qui conte, aboie, et crie.

La fin de vie de sa maman, ce qui reste de cet après avec sa femme, lorsque le prodige de l’enfance refait surface et prend toute l’amplitude de ce temps bousculé et dont l’écho lui brouille la vue.

Faut-il cette montée des eaux, la conscience aiguë de la finitude pour voir resurgir les visions d’un antan si près de lui encore ?

Les furieuses vagues, les remous, lui sur le toit de la maison avec sa femme, dans une posture quasi mystique.

Le récit n’est pas de mots ni d’encre. Mais dans cette invisibilité des exceptionnelles rémanences.

Comme un contre-chant, un peu comme un homme devenu fleuve lui-même.

Jusqu’au regard en plongée sur le cercueil de sa mère, flottant sur les eaux, Gange ou Jourdain, où tout simplement un fleuve matrice et renaissance.

Le récit efface les présences humaines. Lames qui percent et jettent l’homme dans le fleuve. Dériver enfin avec sa mère. Le cercueil devenu limbes. La pluie sacrée dans une dimension surnaturelle où perce la lumière intérieure.

Dans ce hors temps et hors espace, la mère somme son fils. Lui, enserre le bois comme un livre de salut et vogue avec lui.

Résonances et processions paraboliques.

« Flots » est l’apothéose devenue. Comment décrire ce qui échappe à la normalité ?

L’amour plus fort que la mort et ce récit dérive vers l’innommable.

Cette mère qui devient subrepticement le macrocosme d’un fleuve métaphorique.

La parole confluence des trois torrents qui se rejoignent pour frapper plus fort et annoncer ce qui va advenir de la mère et de son enfant redevenu.

Plus que cela encore, le formidable pouvoir d’une trame qui devient universelle.

Et rend hommage aux migrations englouties, au Radeau de Géricault. L’emblème des faillites humanistes.

« Flots » est une allégorie merveilleuse d’une force initiatique inouïe.

Un roman-monde essentialiste, la mère, mer, fleuve et matrice. Ici, un fils œuvre pour l’ultime. L’hymne aux filiations gagnantes.

Publié par les majeures Éditions de l’Arbre vengeur.

E. L.

 

 

 

 

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