La rivière Laura Vinogradova Traduit du letton par Louise de Brisson Publié par les majeures Éditions Bleu & jaune
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La rivière
Laura Vinogradova
Traduit du letton par Louise de Brisson
Éditions Bleu & Jaune
La pierre angulaire d’une littérature européenne superbement dépliée.
« La rivière » écrit par Laura Vinogradova, tisse la langue d’un pays, la Lettonie, dans une splendeur émouvante.
Tout ici, est signe et sens.
Fondamental, bouleversant de sentiments, de gestes lents.
L’épreuve de la vie même qui touche au cœur.
« La rivière », allégorie initiatique, aux multiples possibilités. Le reflet d’être au monde dans l’instant même où l’affluent hypnotise les émois.
C’est ici le filigrane de ce récit profondément humain, sensible, aux vertus existentielles.
Consolante, sans férocité, la rivière laisse venir à elle, les aveux, les quêtes, les larmes et soupirs.
Tant ce récit est proche et touche le lecteur, presque peau à peau.
C’est un drame qui s’élève. Ruta est l’épicentre de cette histoire plausible, contemporaine, intense et triste.
Dina est la grande sœur. Elle rend visite à Ruta "qui a tout" . « Dina n’arrive pas à s’en sortir ».
Elle est secrète, en bataille avec elle-même. Pas envieuse, mais dans cette orée d’une lucidité où sa solitude et le manque d’elle-même et de s’épanouir, la rend songeuse et mélancolique.
Ruta est mariée avec Stefans. L’antre de dentelles, de confort et d’une chaleur rayonnante.
Ruta écrit, elle est traductrice. Sa sœur est son propre rythme, qui la consolide, la conforte au lien. Sœurs presque siamoises, de connivence depuis l’enfance. Les petites mains lianes dans le manque d’une mère mal aimante. Elles sont une marelle entre ciel et terre. Les bordures d’un pays dont on ressent les approches inestimables et intimes.
Ce même soir, Ruta ne raccompagne pas Dina. Elle veut écrire. Elle laisse partir seule, sa sœur.
Et là, Dina se fait kidnapper par trois hommes. Nous ressentons d’emblée le poids d’un pays ciblé de malfaçons politiques.
Dina est le bouc-émissaire. Dina va disparaître. Où ?
Ruta vacille, culpabilise. Elle ressent le doute, la peur, le manque viscéral.
Elles, élevées sans leur père. Ce méconnu dont leur mère décriait tout le mal possible.
Tout remonte à la surface. Ruta part. Elle aussi. Sans son mari. Seule. La voie de traverse, pénétrer un lieu virginal d’elle (es) et de sa vie.
La maison de son père décédé, à l’instar d’une ligne généalogique à découvrir.
Dina au fond d’elle-même, le réel amour, son double cornélien.
Comment franchir le seuil du deuil dans cette incertitude. Dina est-elle vivante ou morte ?
Ce mystère qui attise les incertitudes. La puissance des questionnements gonfle les flots de la rivière, face à sa fenêtre. L’angoisse métaphysique douloureusement force et courant.
«Ma chère sœur
...La vieille maison est faite de fissures… Mais il n’y a personne. Jamais. Je suis seule, moi et la rivière. Moi en rivière. Je t’aime grande sœur ! »
La trame souveraine, spéculative entraîne les torpeurs de l’âme humaine. La tragédie de ne pas savoir pour Dina.
Rita ouvre les malles symboliques . Apprend de son père, l’éthique cachée. Cet altruisme cher aux discrets, aux effacés. Sa voisine Mathilde veille sur Ruta. Comprend l’énigme cachée dans le tremblement d’une tasse de café. Les liens se tissent et s’entrecroisent, et répondent à l’appel silencieux.
Mathilde et ses deux jeunes enfants, mère solo, protégée par son frère, Kristofs.
Ici, s’ouvre la rivière et ses entendements. La majestueuse gémellité qui fait chanter la rivière.
Ruta, va-t-elle vaincre ses souffrances ?
Le rituel des baignades dans cette rivière qui proclame l’immense secours.
« La rivière aussi, c’est la maison. Pour moi. C’est comme ça que je m’y sens.
- La rivière, c’est le chemin vers la mer, ajoute Kristofs. »
L’immensité salvatrice.
« la rivière » est un roman de complétude. Tant Ruta est le symbole des repentirs et des empathies. Ses lettres d’amour pour sa grande sœur, exutoire bercé de dignité.
Dans cette justesse épistolaire, rivière exhaustive, la ferveur d’une écriture qui s’abandonne à la vivacité d’une rivière. Allégorie de Dina et d’un pays qu’on aime serrer dans nos bras.
« La rivière » est l’ardeur de l’apothéose. Un hymne à la renaissance et aux réconciliations vénérables.
« La rivière est la grande sœur de mon désespoir. »
Traduit du letton par Louise de Brisson. Ce livre d’une grande beauté sentimentale a été sélectionné pour le Prix annuel de littérature lettone et a obtenu le Prix de littérature de l’Union européenne en 2021.
Publié pour la première fois en France par les majeures Éditions Bleu & Jaune.
E. L.