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17 décembre 2024

Monsieur Édouard déraille Jean-Claude Berutti Éditions Le Réalgar

Monsieur Édouard déraille

Jean-Claude Berutti

Éditions Le Réalgar

Riche d’émotions, le prestige d’une lecture qui brille dans la nuit.

« Monsieur Édouard déraille » est le piédestal.

Ce genre de livre qui résiste dans le temps.

On se souviendra toujours de cet homme singulier, tant ses confidences sont les alliées des expériences de la vie-même.

L’âge certifié d’un homme qui a tant à nous apprendre.

Mené d’une main de maître, filmique, des scènes au ralenti qui figent nos émois. Tout retenir.

L’écriture tirée au cordeau, si douée qu’elle n’a pas besoin de rajouter d’autres couleurs, d’autres sentiments.

Ici, le macrocosme d’une vie, celle d’un vieil homme qui écrit son journal.

Sans pathos, ce qui fut de ses jours. Le manque de son frère, Aimé.

Il voudrait enrober cet exutoire dans un puits de lumière. En faire un véritable livre.

Le chevet de ses jours, son territoire, la subtile vérité mise au jour sans rien omettre.

Il va fortuitement rencontrer un jeune homme lors d’une représentation théâtrale. Observer la gestuelle, sa posture, sa transmutation dans son texte, en l’occurrence : « L’Âne Culotte » de Bosco.

Jean vit avec Catherine. Une femme mûre, beaucoup plus âgée que lui.

Qu’importe ! Elle le comble de caresses, de sentences. Il est entre deux rives. Il a quelque peu le syndrome de Peter Pan.

Elle était sa professeur de français.

On ressent dans ce couple en décalage cornélien, un déséquilibre.

Catherine n’a de cesse de remettre les aiguilles à l’heure.

Elle n’est pas volubile ni inconstante.

Bien trop mature pour Jean, qui côté ville travaille dans la téléphonie.

Monsieur Édouard va demander à Jean de lire son journal, le broder de ses confidences.

Il est malin, intuitif, il va éveiller la curiosité de Jean, le rendre dépendant du journal.

Sans même qu’il le sache, Jean va s’émanciper. Le lien générationnel est spéculatif.

Bâtir pierre après pierre, dans une humanité éclatante, dans la fusion même d’une relation qui va devenir pour Jean, régénératrice.

On aime le parcours de vie chahutée, atypique de Monsieur Édouard.

Ses amours et ses folies, ses paysages intérieurs.

On ressent un sentiment d’attachement pour lui, un peu à l’instar de Monsieur Kakuro Ozu dans « L’élégance du hérisson ».

Déraille-t-il ? Rien n’est moins sûr. Ici, tout est habile, aérien, et empreint de magnétisme.

Dans la prestance d’une conscience qui se dévoile avec panache et lucidité.

Le frôlement d’une pudeur. S’arrêter avant d’en dire trop.

L’économie des dires à l’instar d’un sacre. Le quotidien d’un vieil homme qui tisse des liens avec un plus jeune. L’espoir des survivances en quelque sorte.

Il lève le voile sur une intrigue magistrale et dévorante d’amour et de maîtresses-femmes.

Ici, rayonne le macrocosme intergénérationnel. Chacun puise en l’autre sans lutte, avec cette simplicité innée. La connivence certifiée.

« Monsieur Édouard déraille » est l’apothéose du liant. Les mémoires à l’instar des résurgences. Les réconciliations envers lui-même. Jean puise la sonorité de ce privilège d’apprendre d’un vieil homme l’ardeur même d’un nouveau point d’appui pour lui-même.

C’est en cela que ce magnifique roman de Jean-Claude Berutti est une marelle entre ciel et terre. La fulgurance d’un livre qui ouvre et donne la réponse et dont les scènes pourraient se muer au grand jour.

J’aurai aimé rencontrer en vérité, même un seul instant, Monsieur Édouard. Écouter la douceur de sa voix, sentir son humour, ressentir ses manques et ses regrets. Cet homme qui a la mer au fond des yeux. C’est un livre aux mille attaches d’amour. La complicité entre deux êtres, la trace indélébile. La prodigalité.

À noter une couverture picturale de toute beauté de Jörg Hermle.

Publié par les majeures Éditions Le Réalgar.

 

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