À la fin de l'été Magdalena Blaževic Traduit du croate par Chloé Billon Éditions Bleu & Jaune
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À la fin de l'été
Magdalena Blaževic
Traduit du croate par Chloé Billon
Éditions Bleu & Jaune
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Émouvant, la beauté douloureuse, une litanie pure, irrésistible, absolue.
Blé fauché, le crépuscule d’une trame belle à couper le souffle.
« À la fin de l’été », la guerre frappe à la porte de la Bosnie, où plus rien ne sera comme avant.
Le rythme pavlovien des saisons est rompu. Une petite fille conte. Les siens, sa main dans celle de sa grand-mère. La douceur de l’innocence, l’exaltante connaissance de son village natal. Sa fraîcheur enfantine, d’une voix ourlée, étonnante de pureté, dans cette orée, à l’instar d’un linge frais claquant au vent. L’herbe où elle court est le cerceau d’une jeunesse heureuse. Jusqu’au jour où…
Ivana, l’enfance fusillée, un bol renversé, le lait chaud déversé, le carrelage frappé de pas malsains.
« À la fin de l’été », Ivana nous convoque. « Si vous vous retournez, vous constaterez que le village est déserté. »
« Blanc drapeau de soie ondulant dans la brise. »
« Le soir, maman sort la literie des entrailles du canapé. La tonne de plumes est une neige sèche et bruissante dans les champs. »
L’écriture de Magdalena Blaževic sont des siècles et des siècles d’une langue en instantané. La puissance toute d’acuité. Ce premier roman encercle l’espace de grandeur. Ivana cueille ce privilège de paroles douloureuses, en boucles, bonds de cabri. La virginale petite lumière qui inonde ce grand livre de sa courte vie. Atteindre le dépassement des ombres. Ne rien lâcher de cette fillette qu’on aime de toutes nos forces.
Les entrelacs poétiques, les images et les couleurs, les gestes craquants de bonté.
Les généalogies d’amour. Ce macrocosme où son grand frère est son arche, le veilleur et son dieu. Son point d’ancrage et le berceau de tendresse. Une famille aimante, soudée, et cette maman qui va craindre à jamais le sombre des nuits.
Il y a les maisons abandonnées, la fureur d’un orage infini et assourdissant. La faim et les exemplaires résiliences. Faire beaucoup avec presque rien. Se contenter d’un rai de lumière dans les persiennes.
« Dans les maisons abandonnées et détruites, tout est à prendre. »
Ivana nous invite au cœur de sa vie, de sa petite existence, quatorze printemps.
« Asseyez-vous et reposez-vous dans le vieux fauteuil au bord de la rivière. »
Elle et son amie Dunja, les calligraphies entre l’espoir, et les éclairs dans le sombre des turbulences. Les jours de pluie, les feux de joie et de tristesse.
La trame est sève, splendide, entre l’exaltation et les douleurs infinies.
Désespérée et heureuse dans le chant sacré à l’instar de la voix du Brun, ce jeune garçon qui éveille en elle un centimètre de plus de croissance.
« La voix du Brun résonne dans le noir. Un morceau de sucre fond dans ma bouche.La nuit s’illumine d’étincelles. »
Le solstice d’été approche la véhémence d’un drame.
« Dunja dit que c’est comme ça que nous aussi, un jour, on se séparera de nos amoureux. On portera des manteaux noirs pour avoir l’air de veuves, et on essuiera nos larmes avec des mouchoirs soigneusement repassés. »
Les chapitres ont des myriades de soupirs, d’amitiés, de tendresse et de pain partagé.
Tout ce que la vie donne et va reprendre de l’autre main.
« J’agite la main, et elle disparaît dans les cheveux de maman. Miroite de reflets vert néon et bleus. La goutte de sueur à la racine des cheveux est de l’eau glacée du puits. »
Ce tissage fusionnel où résiste l’ampleur d’un sentiment d’une épopée universelle et Ivana qui va dans un chuchotement pudique faire tomber le voile noir.
« Sous les cris et la pluie de feu, les pétales de roses trop ouvertes de mémé tombent dans l’herbe, où ils fanent instantanément. Entendez-vous le bruit sourd des corps qui s’effondrent sur la route poussiéreuse ? »
«J’ai été touchée par une étincelle. »
Petite étoile ensanglantée, œuvre qui acclame la liberté. La virginale aurore, Ivan, sa capacité d’une observation d’un monde vulnérable. La Bosnie-Herzégovine en proie aux corbeaux noirs. Le village ravagé par l’incommensurable.
« À la fin de l’été », universel, un hymne pacifique, dans une langue où, « ne dites rien, ici, les sons les plus infimes se transforment en écho. » « L’été le sait-il ? »
Le pommier sauvage se courbe, le vent de l’automne pousse la brume du désespoir. Ici, entendez-vous cette voix d’une jeune fille tuée, et ce frère qui porte ce petit corps inanimé, une colombe aux ailes brisées.
Magdalena Blaževic dépeint l’âme des siens, des nôtres. Une fresque si pure dans cette délicatesse ourlée de sentiments. Les hérédités des lâchetés humaines, la mélancolie qui achève les natalités. Le fleuve des horreurs d’un drame, une flèche en plein cœur.
L’exutoire dans un récit pudique et qui honore cette petite Ivana. Quatorze printemps.
La traduction de Chloé Billon est la sonorité de cette fin d’été. Superbe, gémellaire, irradiante de complicité.
« Je suis grande et je souris. »
Ce premier roman qui surpasse l’apothéose a reçu plusieurs prix littéraires et la consécration d’une autrice insurpassable.
L’excellence !
La littérature européenne en apogée. Publié par les majeures Éditions Bleu & Jaune.
E. L.
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