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23 mars 2025

Au pieu Selim-a Atallah Chettaoui Éditions La Contre Allée

Au pieu

Selim-a Atallah Chettaoui

Éditions La Contre Allée

« Au pieu » est un poème-livre, arche et de loin un macrocosme sublime et attachant.

On ressent la proximité, comme si les mots étaient théâtralisés, juste dans la pièce à côté.

La connivence absolue dans cette contemporanéité qui élève les psychologies, les sociologies, les draps plissés ou soyeux, encore chauds ou glacés.

« Rire court

aboiement sans joie

sombre dans la

mer de scroll. »

Que faire du matin qui s’élève. La lumière à l’instar d’un avertissement face aux désirs interrompus.

Elle est ici, Salim-a Atallah Chettaoui. Divine et rebelle face aux aspérités des heures pleines dans un pieu résolument spéculatif.

L’heure est au symbole. Les contraintes dévorent le fuseau horaire. Rester statique, recroquevillée, Diogène ou sirène, femme au présent qui sait. Dès le pied mis à terre, que les résistances feront la guerre aux angoisses, aux peurs d’un monde en accéléré qui dévore tout.

« Corps prostré

place de la grève

cesse toute activité

c’est pas aujourd’hui, qu’on participe au PIB. »

Le corps en alerte, les sens, langage sensuel, la main qui retient, langoureuse et douce, le revers de l’anorexie charnelle.

« Au pieu », le labyrinthe intérieur, refuser les diktats du saut du lit. La peur des dangers du dehors, scroller, et s’enfoncer dans les laves.

Les révolutions intérieures, le magma en puissance dix.

« Ça aide un peu de faire tenir

la flamme dans sa tête. »

« Au pieu », les myriades qui sont une affaire sérieuse dans le langage commun.

Dédier au nom des solitudes matinales, en plein confinement des pensées, dans l’aurore ou dans le crépuscule, où le jour a filé « Au pieu  ».

« L’air passe par les trous de paille. »

Le lit, le décorum de la vie, où tremblent les larmes, où s’activent les fantasmes.

Bondir à pas de géant hors du pieu. Un pied de nez face aux adversités.

Mais l’heure est plus grave que cela.

« Tremble névrose

on nettoie les states

les couches déposées tendrement

par l’amour étouffant. »

La dépendance au refuge, lit-clairière, lit qui consent aux mutations intérieures.

Qui, du corps ou des philosophies qui ouvrent la fenêtre en grand ?

Un appel d’air sur la conscience.

Engagé, politique, « Boum boum basse basse / préfecture de la cité / boum boum basse basse / le titre a encore expiré. »

« Au pieu » est un livre bleu-nuit. La partition des insomnies, des paresses, des chaînes mentales. Mais, où tout est possible encore.

Il faut lire ce livre en grand, dans un pieu ou dans le vaste du ciel.

« Au pieu », emblématique et l’ultime soutien aux faillites des cœurs et des espérances.

Sans aller jusqu’au nihilisme, dans cette rive où le corps se sublime d’expressions intimes.

Un manifeste efficace. Un antidote subversif.

Un livre à offrir sans modération et à relire à voix haute.

À noter une magnifique couverture de Renaud Buénerd.

Et une troisième de couverture dont le lit se dévore avec délectation.

Publié par les majeures Éditions La Contre Allée.

E. L.

 

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