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9 mars 2025

Carnet de Londres Lorenza Mazzetti Traduit de l'italien par Lise Chapuis Éditions La Baconnière

Carnet de Londres

Lorenza Mazzetti

Traduit de l'italien par Lise Chapuis

Éditions La Baconnière

L’intemporalité d’une œuvre inestimable et apprenante, « Carnet de Londres » est une immersion en Angleterre, à Londres dans l’après-guerre.

Un lever de voile sur le cinéma d’avant-garde.

L’orée de l’indépendance, et bien au-delà, la vocation, la ténacité de Lorenza Mazzetti.

La narration vertigineuse, témoigne et honore d’une voix volontaire, passionnée, l’expérience des luttes pour s’affirmer.

Ce temps pour elle où la passion était synonyme de libre-arbitre.

Lorenza Mazzetti devient un symbole. Meurtrie dans sa chair, sa tante et ses cousins assassinés dans le massacre de Rignano. Lorenza Mazzetti n’a jamais connue sa mère, morte, juste après la naissance des jumelles. Elles auront été fusion, gémellaires et siamoises.

Choyées toutes les deux par des mains aimantes. Mais, elle restera toujours dans cette gravité des vulnérabilités. Elle est ici, à Londres. Les études en orée, perspicace, zélée, elle pénètre la Slade School of Fine Art. Elle se bat contre les diktats, demande à parler au directeur, et sera élève de cette prestigieuse école, grâce à son tempérament et son refus d’échouer si près du but.

On aime la fraîcheur de ses dires. Ses rencontres et ses amours, un peu, beaucoup, jamais passionnément.

Ce récit qui pénètre les arcades en noir et blanc d’une période où tout pouvait enfin commencer dans l’évidence des volontés.

Elle aura souvent faim. La débrouillardise et son génie de résistance, ses souffrances enfouies, sont une arme de combat intérieur. Un levier éminent et franc.

Et c’est de loin, sa plus belle excellence. Le jour où elle emprunte en cachette à l’université, du matériel pour filmer. Puis lorsqu’elle achète de quoi produire son premier film en signant les factures au nom de l’université, elle sait les risques. Mais sa discipline d’une passion renforce son audace. C’est ici le point fort, celui qui plonge notre regard vers ce champs des possibles. Elle va créer une double lecture de « La Métamorphose » de Kafka : son idole. Le don inné, elle s’accommode d’un moindre lieu. Convoque ses amis, des élèves, des gens croisés en pleine rue. Et c’est le succès. Le directeur ne l’enverra pas en prison.

Avec le cinéaste Lindsay Anderson, Karel Reisz et Tony Richardson, ils propulsent en 1956 le Free Cinéma. La création grâce à l’union et à la connivence et aux partages des mêmes pensées et désirs.

L’éthique chevillée dans cette voluptueuse et sublime indépendance artistique.

« Carnet de Londres » est doté de photographies. On aime ce reportage d’une vie à ciel ouvert. Son beau visage gracieux, juvénile et déjà si affirmé par un caractère sans lâcher prise.

Cette artiste si torturée intérieurement par sa propre histoire de vie. Par l’autre aussi, la grande Histoire qui hante cette réalisatrice féministe, absolument divine.

Son aura démultiplié par ses projets qui prennent sens et vie.

Le cinéma anglais est le fronton de ce récit personnel et salutaire. L’effusion savoureuse de rassembler face à la caméra la marche du monde.

Lorenza Mazzetti, dont la posture profondément humaine est l’exemplarité.

Écrivaine, peintre, réaliste, elle était aussi militante et fraternelle.

Dévorée d’amour pour l’humanité, le passant, les couleurs, et Kafka.

Une femme artiste dans l’absolu de l’Art.

Ce livre édité par les Éditions La Baconnière et traduit de l’italien par Lise Chapuis, est un levier pour faire connaissance avec une artiste singulière et emblématique.

Lorenza Mazzetti, par son pouvoir de création et sa ténacité a fait de la démocratisation de la culture, son devoir de survie pour elle et l’humanité. Le cinéma dans une approche nouvelle, presque révolutionnaire et politique.

Lire « Carnet de Londres » est une force pour demain.

E. L.

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