Des beaux jours qu'à ton front j'ai lus Céline Lapertot
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Des beaux jours qu'à ton front j'ai lus
Céline Lapertot
Éditions Viviane Hamy
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Une biographie aux nombreuses fenêtres.
Le pays natal de Marceline Desbordes-Valmore en apothéose.
Ici, tout est relief, paysages intérieurs, regain, jachère.
Les couleurs-poèmes comme un battement de cœur.
Des pans entiers d’une haute littérature.
Un travail de recherches perfectionniste, affûté et riche de révélations.
L’immense pouvoir d’écriture de Céline Lapertot qui dresse ici, le portrait magnifique d’une artiste, poétesse, comédienne, éprise de l’amour et résistante avec elle-même.
« Quand on a pas souffert on ne sait rien encore. On ne veut confier son cœur qu’à l’avenir. »
Marceline Desbordes-Valmore est née à Douai le 20 juin 1786. Elle est décédée à Paris le 23 juillet 1859.
Loin d’une vie ordinaire, elle était un poème à ciel ouvert. Ce dernier, un exutoire sublime, un baume sur ses blessures.
Triste ou gaie, manichéenne, toujours en proie aux aléas d’un siècle transpercé par deux révolutions. Surnommée « Notre Dame des pleurs », tant de décès dans sa vie, dont ceux de ses cinq enfants. Un seul lui survivra : Hyppolyte.
Partie avec sa mère en Guadeloupe à l’âge de quinze ans. Elle laissera son frère et sa sœur aimée. Pourquoi ce choix d’une mère ? Elle seule, dans cette aventure, la quête d’argent et de réussite pour sa mère. Les larmes ne changeront rien. Le voyage est son premier déchirement. Les trois M : « Misère. Mendicité. Miséricorde. »
Elles vont rejoindre une île torturée, en prise avec la rébellion contre les colonisateurs.
Elles trouveront le cousin lointain assassiné. Le rendez-vous manqué.
Ce sera le début de l’horreur et de loin le levier pour cette jeune fille qui reviendra en France, seule, sa mère décédée d’une maladie.
Marceline durant sa vie déambule, elle habite de nombreuses villes, au gré de ses expériences, de ses attaches affectives. Entre les drames, la plume rédemptrice dévore son quotidien. Écrire pour se sauver. Écrire les souffrances, les regrets, les amants et ses amours.
« Apprendre pour toujours que la confiance n’exclut pas le contrôle. » « Le triomphe de la légitimité. »
Sa fierté noble trace les lettres. Refuse les soumissions, comédienne à la voix douce, elle sera toujours dans cette ferveur de vivre, malgré ses mélancolies, ses deux premiers enfants naturels, fauchés en plein vol.
Les hommes auront peur de ses vulnérabilités. De ses prises de risque. Elle, si unique, dans un siècle en pleine mutation. Entre la faim et la débrouillardise, les amants à l’instar de passions bien trop furtives.
« J’avais vécu la dépendance à l’autre, la désillusion des vies parfaites, des trajectoires feutrées. Un peu de pain ne pouvait pas me tuer. » « Je lui intimais l’ordre d’être méfiant. Je lui intimais mes faiblesses d’autrefois. »
Endurante, elle trouvera avec Prosper Valmore, le calme après la tempête. Aura un amant adoré : « Henri de Latouche », le père d’Ondine. Cette petite fille dont Prosper ignorera toujours cette face cachée.
De L’Odéon à Paris, jusqu’à La Monnaie en Belgique, l’itinérance en pleine lumière.
De villes en villes, de larmes en larmes, mais toujours combattante et cette femme sublime admirée des plus grands. Qui de Balzac, Victor Hugo, elle sera célébrée et respectée et vénérée comme une des plus grandes poétesses. Dans notre contemporanéité, elle est un maillon indispensable, une référence dans le champ des littératures inconditionnelles.
«Je sais quand je suis personne
Pour danser sur toutes
Les plaines du monde
Je voudrais être utile
Au dernier cri
De ton chagrin. »
Lire ce grand livre d’une richesse infinie est de loin la plus grande chance de côtoyer en vérité cette grande dame.
« Tout s’éteint-il comme l’aurore
Des beaux jours qu’à ton front j’ai lus ? »
« Tu es née plusieurs fois
Et tu comptes plusieurs vies. »
Il est encore l’heure de relire cette biographie. De revenir marcher dans l’ombre d’une poétesse illustre et tourmentée.
Un livre estimable qui donne des frissons.
Publié par les majeures Éditions Viviane Hamy.
E. L.