Jérôme, tout au bord Clotilde Escalle Éditions Fables fertiles
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Jérôme tout au bord
Clotilde Escalle
Éditions Fables fertiles
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Le voilà dans la ressourcerie, loin du bruit du monde.
Le printemps est vraiment là.
Dans la beauté de l’écriture, où l’on retient toute la grâce d’un récit qui peut se lire à haute voix.
Laisser venir ce chant littéraire qui élève les senteurs et cette chance rare de fusionner avec « Jérôme, tout au bord », aux mille fresques d’empathie.
Le privilège d’une lecture qui vaut toutes les heures de plein soleil et les vénérables sources d’un plein été.
Jérôme Veulin est ici. À la campagne, dans cette orée qui bouleverse son passé de parisien.
Sa mère est morte. Le voilà seul. Mais le roman n’est pas sur le fil du pathos. Plutôt dans le rythme d’un manège qui tourne à l’envers. Entre mirages et folies douces, tragédies et joies glorieuses. Ce charme qui enserre la trame dont on retient les images, les gestes lents, la poésie et le déroulé de sa vie. Dans cette ère des petits riens. Il recommence le cycle. Sa mère est auprès de lui, parfois plus.
Il faisait du théâtre, en vérité et en lui. « Technicien chez E.D.F. Mais ça ne compte pas. »
Il appelle son bégonia, Gontran. Habille ses jours dans cette ressourcerie, l’Alcazar.
Sa solitude est pastorale, sa seule fraternité, celle qui lui permet de respirer. Il est toujours dans les questionnements existentialistes.
« Pourquoi ce fatras, la durée embarrassée d’une histoire trop courte ? Jérôme Veulin. Pourquoi pas Aristote ? Un serpent ? De l’eau de source ? »
« Maman, je suis prêt à reprendre l’histoire là où tu veux. »
On aime cette litanie, les sons et les chuchotements qui sont des feux follets, des réverbères dans le sombre des doutes. Les allégories et les signaux de Clotilde Escalle.
« Hermione, Andromaque, Phèdre, des pierres posées sur scène. »
Il promène son géranium sur son porte-bagage.
« Ou son bégonia, ça dépend des saisons. »
Le corps élancé, clochard céleste, prêt à pédaler au plus près de ses pensées.
« Et des pierres, témoins d’ici-bas. Et un peu de terre argileuse, qu’il mange le matin pour se désenvoûter des territoires nocturnes et des créatures qui le visitent. »
« Jérôme, tout au bord », les vertigineuses philosophies altières.
« Il écrit une carte postale à Constant. L’invite à venir prendre un café. Ils bavarderont, sortiront de l’ornière, joueront au rebord des idées. »
Mère et fils, fils et mère, l’authenticité souveraine, cette connivence-nid.
« Elle dit pampa pour faire rêver son fils.
J’ai des souvenirs de marelles tracées à la chaux, lui dit-il. La chaux brûle les mains.
Ton paradis de marelle est inaccessible, mon petit.
Tout comme le tien.
Ils se font un devoir de se dire la vérité. »
« Des grues crient au passage le son guttural d’autrefois. »
Jérôme, habité par les hantés, Artaud, van Gogh… L’épiphanie, une jachère fleurie, la sonorité d’apothéose. Ici, le bréviaire d’un recommencement, autrement.
« - Tu n’as rien vu à Hiroshima, mon amour, a-t-il le courage ou l’indécence de murmurer.
Il le dit avec tristesse, car évidemment il ne sera pas l’amour d’Hiroshima. »
Ce serait comme la pleine lune qui ne ment pas. Les personnages qui gravitent dans cette myriade profondément humaine, sont la métaphore des dunes en plein vent, des bougies d’anniversaires, les grandes importances, et les fragilités qui se figent dans la ressourcerie, en désir d’adoption.
Cercle de feu, des funambules sur le fil d’un livre de pouvoir, spéculatif, honorable. La magie d’une réalité dont la paix est juste.
« Il ramasse désormais de la couleur dans les champs et au bord des fossés. Des tournesols et des chardons. »
« Roule dans les gisants de Henner et les révolutions de Delacroix, la forêt de Courbet.
Le mari déplace les collines, le fils lèche la maison comme un gâteau du dimanche. »
Cueillir le privilège du renom sans ce bruit fracassant de notre monde.
Haut les cœurs !
Après l’inoubliable « Toute seule », Quidam éditeur, Clotilde Escalle offre avec « Jérôme, tout au bord », la pure joie de prendre des forces.
Pétri d’humanité, un edelweiss à flanc de rocher. Une référence éditoriale. Un chef-d'œuvre intemporel.
Publié par les majeures Éditions Fables fertiles.
E. L.
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