Le jour des corneilles Jean-François Beauchemin Éditions Québec-Amérique
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Le jour des corneilles
Jean-François Beauchemin
Éditions Québec-Amérique
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L’écriture est à la première place, magistrale, atypique, dans cette orée ténébreuse et poétique à souhait.
« Le jour des corneilles » serait un conte, ce genre de roman inimaginable dans le jour présent et pourtant.
Le huis-clos où cohabite la réalité dure de la maltraitance.
L’inventivité stylistique est une gageure.
Dévorant, dans un univers en pleine campagne, dans le repli sauvage, est ce que le vivant a de plus cruel, de plus sidérant.
« Le jour des corneilles » est dans cette rigueur de constance.
Sombre et profond, il attise dans une ambiance syntaxiquement originale, belle par sa singularité, une histoire des filiations des plus tristes, d’un père et d’un fils en pleine autarcie physique et mentale.
Ce père dans une animalité éprouvée, régressive, violente, cache son fils aux yeux de tous.
Le village sait pour l’homme, ce qui fut de son histoire douloureuse, et les conséquences qui font de ce père, un homme cruel, désabusé et solitaire.
Les expériences de survie seront pour ce jeune narrateur qui parle à Monsieur le juge, durant ce récit d’ensevelissement, le seul moyen de manger, de survivre, dans cette grotte mentale en furie.
« Le jour des corneilles » est vertigineux dans son pouvoir où prolifère le malheur.
Ce père qui élève seul son fils, sans argent, avec pour nourriture des bêtes broyées et dévorées presque crues. L’image dans son summum d’aliénation. Sa femme décédée dès la venue au monde de ce poulbot qui n’aura jamais d’identité, ni de nom.
Un homme rustique, en proie à ses propres démons. Une cabane pour antre, sans caresses, ni paroles, ni aucun regard qui perce le bois de ce lieu des naufrages intérieurs.
Le père, victime de ses folies assassines, torturé, absolument nihiliste.
Chaque jour est une blessure, une main qui frappe. Jusqu’aux punitions les plus sadiques. Pourquoi autant de haine ?
« Qui sait ce que père, lui, devant notre feu, méditait et se retenait de dire ? »
« Père me confiait ainsi souventes fois mission d’aller chasser de mes flèches toute bête à la chair utile à notre pitance du soir. »
Les questions existentielles qui heurtent cet enfant grandissant dans ces landes lugubres.
« Tel était mon dire : Père, toi qui vécus, dis-moi: sous cieux et sur terre, qui sommes-nous véritablement ? Oui, quelque sorte de bête est donc l’humanité ? »
« Le jour des corneilles », les myriades fantomatiques, bruits de voix dans le puits des intériorités destructrices. Et pourtant, ce récit paru en 2005, est dans l’intemporalité. Une référence littéraire, tant, chacun (e), trouvera sa correspondance.
La confrontation avec la normalité. Entre le monde et cette fable pétrie d’émotions, d’amour pour ce père malgré le TOUT, ce tout qui dérange et dévore le droit de vivre.
Anonyme, presque apatride, ce fils Géricault, piégé entre son intelligence innée, la présence de sa mère en lui et l’horreur qui cerne chacun des battements de son cœur.
L’exil dans cette lignée des généalogies englouties.
« Lorsque le soleil était bien enfoncé à ponant, il m’arrivait, quand il s’essayait à traduire le ciel et son ornement d’étoiles, de questionner père sur la destinée.
Car père était un lecteur d’astres et, par même occasion, déchiffreur des avenirs inscrits en eux. »
On ne sort pas indemne d’une telle envergure littéraire.
Stupéfiant, seul au monde, ce livre des épopées des détresses, est pourtant inondé de lumière, de signes et de sens.
C’est en cela qu’il est devenu ce classique de pouvoir.
« J’incline à croire qu’il me fallait, pour mieux vivre, entrevoir la destination des choses. »
Jean-François Beauchemin est un auteur à suivre des yeux. Publié par les majeures Éditions Québec-Amérique.
E. L.
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