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20 mars 2025

Le silence des salines Philippe Cuisset Éditions Anfortas

Le silence des salines

Philippe Cuisset

Éditions Anfortas

« Le silence des salines » est un lever de voile sur le terrible pogrom survenu le 16 et 17 août 1893 à Aigues-Mortes sous le soleil accablant de la Camargue.

Un massacre xénophobe et raciste.

Les exactions ont perduré toute la nuit du 17 et ce, malgré l’arrivée tardive de la garde policière.

Le levage de sel est ensanglanté. Les marais-salants sont le reflet d’une France qui a faim et où les droits sociaux n’existent pas encore. D’aucuns se déplacent de lieu en lieu, l’errance selon quelques pièces à grappiller au coude à coude.

Les Camelles, des tas de sel de 7 à 8 mètres de haut, un travail laborieux.

Mais les immigrés italiens récoltent eux aussi le sel à la tâche. Vite, et le rendement fort attise les jalousies, mais pas que.

Règnent des relents d’antisémitisme comme en témoigne dans cette même période, l’affaire Dreyfus à la fin du XIX e siècle.

Selon l’État, il y a parmi les ouvriers italiens, une dizaine de morts, seulement le chiffre est faux, ils sont environ 150 immigrés tués et des centaines de blessés.

L’affaire est jugée à Angoulême en décembre 1893.

L’acquittement général est prononcé.

Philippe Buffard témoigne à la barre :

« J’ai pris mon fusil pour défendre la patrie, car voilà cinq ou six ans que les italiens nous enlèvent notre pain, ils travaillent et nous restons sans rien faire. »

Le récit est vif, engagé et une double lecture dans notre contemporanéité s’élève.

Fragments après fragments. Nous suivons des yeux un jeune homme, étudiant en Histoire qui désire faire son mémoire sur ce pogrom d’une extrême violence.

Il désire remettre d’équerre les faits. Seulement Florian Rossi se voit refusé ce thème de recherches par ses pairs. Et pour cause : ne pas remuer le passé. C’est un sujet sensible.

Trop délicat, rien ne sert d’attiser les fantômes et cette page d’Histoire méprisable.

Néanmoins, Florian est hanta par cette période et abandonnera ses études.

Il est en proie à une quête existentielle. Le roman est dans cette ferveur humaniste et finement politique. On sent que Philippe Cuisset est impliqué et s’honore au devoir de vérité.

Il ne juge pas.

Florian va faire de la boxe dans son temps devenu bien trop libre. Les images le foudroient. Il cogne contre l’adversité et ce silence des salines.

L’exutoire et certainement la meilleure façon de se confronter à ses propres doutes.

Son amour pour Julie, rencontrée dans ses déambulations en pleine nature, fera de lui, un autre homme.

Une jeune femme qui s’occupe de chevaux et qui deviendra au fil des semaines sa confidente et son alliée.

« Le silence des salines » est sensible et l’écriture tirée au cordeau par Philippe Cuisset renforce la trame précieuse et rédemptrice.

« Apprendre à toujours se méfier », tel l’adage de Prosper Mérimée.

Un récit valeureux qui rend hommage aux êtres torturés par l’antisémitisme.

Ne plus jamais se taire.

Publié par les Éditions Anfortas.

E. L.

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