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17 mars 2025

Une histoire silencieuse Alexandra Boilard-Lefebvre Éditions La Peuplade

Une histoire silencieuse

Alexandre Boilard-Lefebvre

Éditions La Peuplade

Ce serait comme cette image d’un collier de perles qui tombe perle après perle sur un sol glacé.

Un bruit sourd, celui d’une histoire silencieuse, véritable et tragique.

Thérèse Lefebvre-Larin, décédée trop tôt, trop vite.

Un mystère à l’instar d’une déclaration de guerre aux survivants.

L’énigme aux ailes brisées qui a foudroyé cette jeune femme de vingt-sept ans.

Mariée et maman de trois jeunes enfants, dont le père de la narratrice principale et autrice, Alexandra Boilard-Lefebvre.

Émouvant, humble, pudique, les miscellanées lèvent le voile, subrepticement, avec patience et volonté.

Le pouvoir de rassembler l’épars. Dans cette orée où Thérèse devient rémanence, mémoire et lutte pour la vérité.

Alexandra, sa petite-fille, prend en main sa haute capacité d’écriture, digne et d’une beauté telle, que l’on imagine son doigt glisser sur la photo de sa grand-mère.

Ce visage presque puéril, angélique, doux et enivré d’espérance.

La photo emblématique, d’elle en mariée, la robe, une azalée blanche, le jour d’épiphanie, et déjà le regard qui frôle le crépuscule en advenir.

Alexandra enquête, fouille les tiroirs emblématiques, les malles pleines de voix, de dires, et avance pas à pas. Elle cherche dans les généalogies, les habitus, les souvenirs.

La litanie s’élève dans une langue québécoise, authentique. Un poème murmuré par d’aucuns. Ici, Thérèse devient grandiose et survivante pour un temps infini, autrement.

Savoir, comprendre cette prise à haute dose de barbituriques. Jamais le mot suicide ne sera prononcé. Cette mort est un tabou, une tache indélébile sur les consciences.

Elle, le syndrome de Bovarysme. La fulgurance d’un court instant de marée-basse.

Le quotidien d’une femme au foyer, dans cette ère des housewives, silencieuse, effacée, dans l’incandescence d’une quête coloriée de grâce et de joie.

Nul n’ose dire. Alexandra interroge les siens, comble les absences. Recolle l’enveloppe mémorielle. Dérange le temps des non-dits, tenace et si aimante pour sa grand-mère.

Un poème-litanie, le panthéon de la survivance. On ressent les paysages d’une époque en mimétisme avec les êtres. Sans rien d’autre pour combler l’espace où les détresses étaient cachées. Thérèse et ses mythes et ses gouffres, ses manques et ses désirs.

Rassembler les preuves, non de ce geste mais du pourquoi. L’histoire cousue de culpabilité. L’obsession d’une repentance. Un portrait sublime, le doute qui reste un négatif encore, une fleur qui n’apaise pas les regards.

Les paroles qui éclatent comme des bulles, dont il faut précipiter les sons avant qu’elles ne meurent, elles aussi.

Ce chapelet de lumière rédemptrice, cette myriade de témoignages à l’instar d’une fenêtre qui s’ouvre par grand vent.

Thérèse est un symbole. Celui d’une époque où la dépression était enfouie comme une mauvaise herbe. Un pardon impossible à soi-même. Une maladie hors de contrôle car non estimable.

Thérèse, peut-être également une amante éprise d’illusions.

L’incandescence d’une histoire d’amour comme un diamant caché dans l’armoire des oublis.

« Je suis sûre que dans le couple

ça a été très difficile

a s’ennuyait

a s’ennuyait beaucoup

Thérèse

a s’ennuyait

c’tait une fille de famille

familiale

Pis là

elle était isolée là-bas. »

La pureté des photos dévoilées par des allégories, des caresses, des pans sociologiques.

Ce livre est un hommage pour une grand-mère. « Une histoire silencieuse » dont la solitude est celle qui a pris la main en premier de Thérèse. Reformuler ce qui fut par la grâce d’un livre fronton, éperdument pétri de liens générationnels.

Publié par les majeures Éditions La Peuplade.

E. L.

 

 

 

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