Islande Jim Krusoe traduit de l'anglais (États-Unis) par Guillaume Mélère Éditions Monts Métallifères
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Islande
Jim Krusoe
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Guillaume Mélère
Éditions Monts Métallifères
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Magistral, « Islande » de Jim Krusoe est l’apothéose d’un style littéraire d’une grande richesse.
Un pas de côté qui devient subrepticement l’horizon.
La création dans son summum, enchantée et profonde.
Absolue, elle est réconfortante d’intelligence.
Viscéral, poignant, entre les rires et les larmes, l’héroïsme d’un récit atypique, qui interpelle nos regards.
Le sommet inconditionnel d’un chef-d’œuvre, devenu un grand classique.
« Islande » pourrait être un conte, une fable, un mythe.
Un hymne devenu, pétri de tendresse et de l’exaltante présence au monde.
Ses tragédies révèlent la translucidité des vulnérabilités.
Paul, le narrateur, est gravement malade, en survie.
Il doit recevoir une greffe d’organe.
Et là, s’élève la première partie du roman dans un souffle métaphysique, philosophie et quasi fantastique.
Nous sommes en plongée dans une psyché qui détourne le plausible.
Dans les fantasmes, les peurs, où les images apaisent le drame de la finitude.
Paul doit choisir un organe qui flotte parmi d’autres dans une piscine emblématique.
Celui-ci doit le sauver et pas un autre.
Les allégories du hasard, l’heure des choix, la métaphore des fragilités.
Ici, nous sommes dans les tréfonds des doutes et plus encore dans une scène presque fantomatique. Celle de la dérision également.
Tant les anamorphoses flottent dans une sidération, organes des sens et d’un langage pittoresque.
Paul va rencontrer Emily. Cette jeune femme gère les malades, apaise les angoisses.
On imagine "L'écume des jours" et ces livres qui bercent différemment les douleurs dans un onirisme presque abstrait. C’est une impression étrange et belle à la fois, apaisante, malgré le compte à rebours lancé.
Qu’est-ce la maladie ? Est-elle évitable et comment ?
Ce livre est une métaphore superbe et délicate. Il est sentimental au possible et d’une profonde connaissance de l’humain.
Les images déformées, à peine inimaginables, et allouées à saisir la plus belle des histoires d’amour.
L’écriture est d’ombrages et de merveilles. La farandole de clochards célestes, de clowns au nez rouge. Des êtres qui jonglent avec l’adversité. Vaincre toujours, tel serait l’adage.
« De 16h10 à 17h30 environ, j’ai pensé au degré de salinité de l’eau de la piscine, à la manière dont elle séchait sur la peau d’Emily, comme si elle était passée sous un vaporisateur de poudre de diamant mêlée de vernis Valspar. J’ai pensé au bout des doigts et des orteils d’Emily, tout fripés d’êtres restés si longtemps dans l’eau, qui ressemblaient à des visages de bébés endormis. »
Ils ont sur un manège qui tourne à l’envers. Emily qui est attentive aux malades, magnanime et libre, mais elle hésite au grand plongeon avec Paul.
Ce dernier vit seul. Mélancolique, voire romantique, solitaire, il se sait malade et proche de la mort. Mais affronte sa maladie, comme si l’auteur désignait par cette dernière tous les fléaux de l’homme. Un compte à rebours qui le happe.
Il va partir en Islande, « une semaine à peine avec Léo. »
Emily ne répond pas au téléphone, il pense cette dernière vers d’autres horizons et pourtant !
Sur un coup de tête, ce voyage en Islande va devenir le contre-poids de ses rêves.
L’échappée initiatique. Une traversée du miroir et sa rémission mentale.
Emily manque à l’appel. Emily le hante, mais il sait plonger en apnée, partir pour mieux revenir.
L’Islande est une protagoniste à part entière.
Hostile, sauvage, belle et surprenante, le double cornélien des recensements de Paul. De ce qu’il éprouve dans sa vie.
Le récit est scindé en plusieurs mouvements, accords, et degrés.
L’enlacement des sentiments et des paysages. Jim Krusoe convoque Greta dans cette trame somptueuse et compatissante. Taire Greta. Si gémellaire d’Emily dans les immensités et les marginalités stupéfiantes et irradiantes.
« Islande », la plus belle sonorité des existences dans un réel inventé.
Et c’est ici, le privilège de lire Jim Krusoe. La posture souveraine, « Islande » tremblant d’authenticité. La conscience aiguë qui déploie ses lames de fond, les quêtes et les espoirs.
Ce roman surdoué est la révélation des dualités. L’ombre et la lumière, l’allégorie des complexités de l’âme humaine. Une ode à l’instant.
La temporalité d’une œuvre d’avant-garde.
Son côté cynique, vertueux est une ode à la philosophie, celle que l’on suit par grands vents, sans similitude avec le prochain.
On est toujours seul dans l’heure des choix et des appartenances.
C’est un livre vivifiant, une fierté éditoriale.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Guillaume Mélère.
Pour la première fois édité en français par les majeures Éditions Monts Métallifères, et c’est une grand chance pour les lecteurs.
E. L.
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