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28 mai 2025

Soleil rouge Johanne Lykke Holm Traduit du suédois par Catherine Renaud Éditions La Peuplade

Soleil rouge

Johanne Lykke Holm

Traduit du suédois par Catherine Renaud

Éditions La Peuplade

L’éternité d’un livre au talent rare.

La beauté sidérante d’une écriture incroyablement vivante, celle de Johanne Lykke Holm.

Un chef-d’œuvre dont chacune des phrases est le génie.

Un ralenti d’apothéose, filmique, qui tisse les gestuelles, les regards, les attitudes altières.

Ce qui va advenir d’une trame dont la puissance vitale, douce comme de la soie, est la grâce même.

Au premier plan « Soleil rouge ». Cette couleur charnelle et chaude, dont on retrouve au fil des pages les assonances.

India est la fécondité de ce roman indépassable.

Posée, voluptueuse dans ses postures. Magnétique et virtuose d’amour pour Kallas, son compagnon.

Ils sont dans un même diapason des valeurs. Dans une lumière naturelle, où tout semble dans la majesté des simplicités.

Ils se parlent à l’instar d’une cascade qui dévale la montagne et dont l’écho suffit à l’union.

On ressent une plénitude sentimentale. Le roman est alors doré de lettres majuscules.

On voudrait retenir pour nous cette osmose, prendre part de cette part de soleil.

Ils ne veulent pas d’enfants. Non par insurrection ni lâcheté, mais par bienveillance envers l’enfant qui ne saura rien du monde. Ce qui fut de l’avant et qui fait peur. Ne pas reproduire l’héritage, laisser la beauté seule du désir dans le pli des draps. Ils sont dans le dépassement d’eux-mêmes, dans une magnanimité exemplaire.

« C’est un bel homme qui ne ressemble à aucun autre, à la fois éthéré comme un dieu et complètement lié à la terre, l’homme le plus terrestre qu’elle connaisse, un souverain chaleureux.

« Elle sait que leur bonheur est du genre introverti, qui transforme chaque chose en signes éclairant le monde d’un point de vue particulier. »

On ressent la mer qui va et vient. Un décorum pourtant à l’instar des énoncés des grandes importances.

Ils vont aller en villégiature au bord de la mer chez leurs amis de toujours, Lafayette et Desma.

Les inépuisables journées estivales, entre langueur et le panoramique des amitiés-lianes.

Kallas et Lafayette se connaissent depuis longtemps.

Delmas et India, deux complices dans l’extrême ordre des connivences.

Des confidences dans les plis d’une chaleur extrême, soleil rouge.

Litanie, et le ciel qui renverse ses pavloviennes complétudes.

Sur le sable, au plus proche d’une illusion, trois enfants seuls, sans parents.

Le symbole des perditions. Des petits êtres Géricault. Le symbole rouge des faillites parentales.

Dans le bruissement des dunes, où le rouge ploie ses métaphores.

La nuit va tomber. Ils sont des coquillages, point fixe sans attaches.

Desma va les accueillir chez elle. Mais India prend la main sur cette opportunité d’être une mère par procuration, même pour un court instant.

Et là, le récit plonge entre le rouge et le cœur, la raison et la crainte.

L’exploration de la maternité et l’étymologie de l’amour maternel.

Alexander le plus âgé est un poulbot tombé du nid. Deux frères plus petits, Domenico et Grimaldi. Des faux prénoms, des petits égarés, loin des intenses mères aimantes.

India joue juste. « Elle entrouvre la porte. Les garçons sont aussi réels que la veille au soir… Tout est doux et les enfants se déplacent à travers le jardin comme des gros insectes magnifiques. »

Un incendie enfle dans les lointaines montagnes. Incontrôlable, rouge-sang, la fureur désespérée, avaleuse des paysages.

« Le feu est visible dedans. Ils marchent ensemble vers la maison. Derrière eux, les montagnes sont rouges. »

Kallas et India quittent la maison avec les trois enfants.

Le danger est vif et le feu est un serpent rouge qui rampe et dévore tout sur son passage.

Ils sont une famille éphémère, des parents floutés dans le crépuscule rouge et dévorant.

Pour quelques jours encore, India profite de cet escompte. Elle soutient les regards enfantins. La tendresse digne d’une hospitalité absolue.

Mère adoptive, qui doit rendre des comptes à la justice. Retrouver les parents, même si.

La maltraitance, les mères indignes et furieuses, les déchéances malgré les maisons blanches et bourgeoises.

On aime retenir le plus grand, le sans-famille, Alexander, celui qui deviendra sans doute le rouge fondu dans les aberrations administratives.

Sommes-nous nos choix ?

« Elle contemple le soleil d’un rouge mûr. » « On ne peut pas remplacer de vrais enfants par des enfants imaginés, déclare-t-elle. »

L’altitude d’un roman qui œuvre en générosité. Pétri d’instinct maternel, un hymne bordé de rouge, où s’entrelacent trois petits poucets.

Un grand classique aux ramifications superbes. 

Traduit à la perfection du suédois par Catherine Renaud. Publié par les majeures Éditions La Peuplade.

E. L.

 

 

 

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