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22 juin 2025

À la bouche Séverine Danflous Éditions Marest éditeur

À la bouche

Séverine Danflous

Éditions Marest éditeur

« Nous survivrons à nos légendes. »

« On m’avait appris la peur des hommes, des ogres, des forêts et des loups. »

 

« À la bouche », dans un clair-obscur que les ombres tourmentent immanquablement,

le sentiment extraordinaire de lire un texte unique.

L’écriture virtuose de Séverine Danflous arpente l’orée légendaire.

Hors du temps et de l’espace, la narration fait saillir la duplicité de l’âme humaine.

Le conte, dans cette immensité de la geste maternelle et les cruautés riches d’allégories.

Stupéfiante de réalisme, d’images, la signature  d'une fable de l’entre monde.

On ressent une atmosphère charnelle et sensuelle qui œuvre dans la trame.

Seuls, trois personnages, dans un hymne choral, encerclent de qui va advenir entre les passations, les hérédités, qui vibrent dans une animalité exacerbée.

Une légende née depuis des millénaires et que l’on peut transposer dans notre contemporanéité.

« Fille des eaux deviendra mère. »

« À la bouche », cousue, femme soumise sous les plis sombres de l’homme.

Elle nomme la première cette cabane dans les bois, le roi chasseur, celui qui l’installe dans une chambre.

« Il m’enseigne comment évoluer au gré de sa conception de la géographie. »

« Il habite une maison qui fuit »

Être sans poésie, ténébreux, dominant dans une bestialité assumée.

La transgression, « il coud ma bouche à la sienne. »

« Sagesse, Vérité, Raison, me sont lancées à la face tel un crachat aux contours de caresse. »

« Il se dit maître et possesseur de la nature. Il affirme pouvoir la dompter. Me dompter. »

L’oracle maternel, dans une lucidité conquise, sans réfraction. Louve devenue.

Les voûtes légendaires sont des résonances, qui affluent dans cette procession d’un style qui pourvoit à la magnificence. Jumelle de plume de Sylvie Germain.

Ici, toute l’idiosyncrasie des intimités, des emprises.

L’amour avide de symboles et de sens.

Les folies, femme coquille, plume ensanglantée.

La féminité cadenassée.

« Je ne vois plus ni mirages ni dommages. »

Lui, guette, avide, jour après jour, resserre l’étreinte, ploie les branches.

Homme dont le muscle féroce détourne l’onirisme.

« le propriétaire des lieux n’est pas ce qu’il prétend être. »

Elle met au monde l’enfant. Un garçon.

« Il naît enfermé dans une chrysalide, une gangue, une coquille d’œuf. Je cajole son duvet translucide. »

Mère ogresse, le mythe de Jonas, qui avale son fils. Le maintient entre sa chair et les ténèbres.

Elle sait le danger. Les désirs verrouillés, cette maternité jonchée de feuilles mortes trempées.

« C’est un homme qui a peur et veut nous garder près de lui. C’est qu’il a froid. Il est nu, ce roi. »

Elle s’enfuit, se terre, l’enfant avec elle. Dans une cabane-grotte, habitacle, sa petite boule de poils dans les rais d’une lumière qui déjoue des peurs assassines.

Des contes chuchotés. La transmission orale, apprendre à se méfier.

Pour contrer les chaînes.

« Je lui apprends à traverser la peur du soir. »

Les prudences et les caresses entre les explosions sombres et le confinement mental.

Se méfier des branches qui craquent dans ce bois parabolique.

Cet enfant qui possède les louanges et l’instinct des bêtes.

La matrice Alcazar, la poésie brute qui touche en plein cœur.

L’humanité étranglée dans les griffes d’une sauvagerie rebelle et castratrice.

« Le maître va fouiller, chercher, dévorer la forêt. »

Retrouver son fils, le happer.

« Une sauvage à peine domestiquée reste sauvage, dans la clameur des nuits brunes. »

Dans cette polyphonie où la voix sombre de l’homme rustre, surplombe l’inachevé.

« Ai-je trop demandé à son corps ? L’ai-je trop partagé ? »

« Elle était pas prête à accepter le prix d’un amour mal payé. »

Au sortir de l’enfance, l’enfant œuvre au tableau final.

Les litanies bleues, d’une fable sublime et déchirante.

« Elle aimait bien les sortilèges maman. »

« Papa veut que je raisonne comme les grandes personnes, moi je dis que les histoires à la bouche sont les seules vraies leçons. »

La grandeur d’une légende hypnotique et fondamentale.

L’œuvre achevée en apothéose.

Publié par les majeures Éditions Marest éditeur.

E. L.

 

 

 

 

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