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11 juin 2025

Le poids d'un oiseau en vol Dana Grigorcea Traduit par Élisabeth Landes Les Argonautes éditeur

Le poids d'un oiseau en vol

Dana Grigorcea

Traduit de l'allemand par Élisabeth Landes

 Les Argonautes éditeur

« Le poids d’un oiseau en vol », tel le colibri, voluptueux et aérien.

Ce roman irradiant et aux lisières des beautés créatrices est un turn-over.

Un livre de crête qui encense l’art dans une forme littéraire romanesque et filmique.

Ici, alternent deux époques, l’une en 1926 et l’autre dans notre contemporanéité.

De Paris à New-York, une galerie d’art pour fil rouge, mais bien plus que cela s’élève les questionnements face à l’art dans toute son idiosyncrasie.

« Qu’est ce l’art véritable ? »

À partir de quels critères un objet en bronze peut-il être considéré comme une œuvre ?

« En cette époque extravagante de grande agitation et d’essoufflement permanent, je découvre un luxe nouveau : ne pas se laisser bousculer, consigna-t-il dans son carnet de notes, qu’il remet ensuite dans la poche de sa veste. »

Constantin Avis est un sculpteur. Un artiste ésotérique, quelque peu lunaire.

Sans doute et de loin deux images sont en lui. « La terre est bleue comme une orange » et de loin l’emblème du mouton dans la caisse dessinée par Antoine de Saint Exupéry.

Son oiseau c’est de l’art. Seul le regard laisse l’imaginaire se répandre en vérité.

Il est cet oiseau, le vol créateur, l’envergure d’un Diogène. Libre, immensément libre.

Le roman bascule dans une satire. Dans un côté également burlesque et dans un même tempo, nous découvrons un début de siècle où le progrès et la culture prennent une nouvelle place. Ce versant romanesque pourrait être en noir et blanc.

Mais Constantin Avis va vite comprendre que les trois douaniers qui l’obligent à New York à ouvrir la caisse qui contient l’oiseau va être sa première confrontation avec la perception de l’art par autrui.

Les trois douaniers sont un symbole. Ils se moquent et Constantin Avis sidéré et vexé va intenté un procès pour faire reconnaître cet oiseau emblématique comme une œuvre d’art.

Il y a un côté burlesque dans cette toile de maître. Dana Grigorcea avance les dés, réajuste les scènes. Tout ne se passe pas comme Avis le voudrait en Amérique.

Tout est trépidant et dans un même tempo, ce récit est doté de signaux.

Dora dans l’autre versant est en Italie, dans un antre paradisiaque. Avec son jeune fils Loris et son employée qui veille sur l’enfant, Macédoine.

Solaire, les dialectes langagiers, elle a ce côté exotique, un peu volubile.

C’est une nounou atypique. Dora Marcu dévore la vie. Elle est ici, dans un espace d’écriture mais pas que. Écrire Constantin Avis, redorer son image et rendre justice.

Cette deuxième partie du roman est dans un lyrisme de la quête.

Constantin Avis est la matière de ce roman et de celui de Dora.

Ils sont gémellaires, particulièrement dévorés d’aventures, d’amants (es) et de la même passion artistique.

Constantin Avis est le panoramique de l’art dans son summum.

Il est dans cette intégrité des réhabilitations.

Le sujet : « Qu’est-ce-que l’art ? Et la réponse sera : ton art, Constantin ! Ton art à toi, c’est de l’art ! »

Cet objet du plaisir, de l’arrogance libre, un vol en transmutation.

« Le poids d’un oiseau en vol » est la dualité. Le blanc et le noir, la chance de côtoyer dans la plume de Dana Giorgorcea deux époques qui s’assemblent avec une galerie de personnages vertigineux et atypiques.

La méticulosité créatrice.

C’est un roman perfectible qui délivre ses défis de vérité.

Il y a dans le filigrane, le visage de Brancusi.

La philosophie rayonnante, les grandes importances, et surtout Constantin Avis dont le tout se façonne par lui et par ses doutes.

Sa fierté, sa dignité, et le regard d’un public qu’il veut changer.

Tel l’adage de Robert Filliou : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. »

La proclamation d’une littérature vivifiante. Moderne, subtil, l’envol.

Traduit de l’allemand par Élisabeth Landes. Après le merveilleux « Ceux qui ne meurent jamais », « Le poids d’un oiseau en vol » est la consécration. Publié par les majeures Éditions Les Argonautes éditeur.

E. L.

 

 

 

 

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