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13 juillet 2025

La mère des palmiers Nasim Marashi Traduit du persan (Iran) par Julie Duvigneau Éditions Zulma

La mère des palmiers

Nasim Marashi

Traduit du persan (Iran) par Julie Duvigneau

Éditions Zulma

 

« La mère des palmiers » est un chant désespéré, magnifiquement bien écrit.

Une ode à la quête, aux résurgences.

Bouleversant de profondeur, de délicatesse, intime et fervent.

La mélopée iranienne s’élève.

Elle ouvre le passage entre les brumes et le ciel gris.

La maternité en immersion fait saillir ce qui ne peut sombrer.

Le pouvoir d’une littérature qui, dans l’oracle des entendements est intense, fulgurante et touchante.

Dans cette capacité intrinsèque de dévoiler une famille écorchée vive par les affres intestines.

L’emblème même de l’Iran dans l’ère de la guerre du Golfe.

Si proche encore, des ineffables douleurs actuelles, de par le monde.

Elle est ici. La mère. La mère des palmiers, mère épiphanie, Naval, sublime et anéantie.

La maison en ruines.

Les enfants meurent sous les bombes.

Les pères dans l’obscurité, tombent dans les poussières apocalyptiques.

Naval ploie sous l’envol des corbeaux noirs. Son fils Chahran, chute et coule. Linceul rouge.

Les polyphonies tour à tour remontent le temps ou activent le présent. Signifiantes et authentiques, presque charnelles. L’Iran dresse sa toile, et se déchire sous le vent des torpeurs, des disparus, et des traces indélébiles.

Rassoul et Naval ont deux fillettes, Amal et Anisse. Mais Naval dérive dans cette solitude d’un deuil qui collabore avec l’abîme.

Rassoul est digne, courageux et amoureux fou de Naval.

Il puise dans ses efforts, le seul but de relever Naval. De réhabiliter son corps dans l’espace et de refaire battre son cœur.

Le crépuscule et tout ce gris qui happe cette mère, radeau de Géricault.

L’écriture est l’explosion de la vérité. Une fiction qui semble universelle. La douceur d’une plume poétique qui frôle les regards.

Pudique et intime, la trame est d’hiver et d’amour.

Dans une narration dont Nasim Marashi, iranienne, dévoile la persévérance d’un père aimant, loyal et intègre.

Les fureurs en lui, qui deviendront un jour certain, le temps du pardon.

La choralité encercle les cycles des années.

Rassoul et Naval content.

« Si nous avons un garçon, tu ne diras plus qu’il n’y a pas d’hommes, se réjouit-il en mangeant. J’en suis sûr. Tu ne diras plus qu’il faut qu’on quitte cette ville. Tu redeviendras comme avant la guerre. Comme à cette époque. Tu prendras soin de toi, de moi, des filles. Tu vas te remettre complètement. »

« Chaque jour, quand elle était seule avec Amal dans cette maison neuve, s’habituant à ses murs, elle se demandait comment la blessure de Chahran n’avait pas mis Rassoul par terre. Elle n’avait pas compris comment Rassoul était revenu à la vie si facilement, comment il continuait à avancer et à s’éloigner d’elle. »

Naval met au monde l’enfant d’après. Un fils, siamois, de Chahran.

Mais Naval le rejette. Elle se terre, se flétrie. Elle meurt peu à peu, sous le poids d’un remord silencieux et tenace qui la dévore de l’intérieur.

Répudiée par Rassoul, lui, l’homme sans possibilité du mal. Naval, pourtant est la lumière.

Celle qui croit au pouvoir du premier cri de l’enfant au monde.

Elle part, loin et pour toujours. Dans les marécages, dans un lieu où seules les femmes ont le droit d’y être. Un endroit où le refuge est l’alliage des femmes.

Il va avec Mahziar, aller à Dar-ot-Tale’e retrouver sa femme pour lui présenter leur fils grandissant.

Lui devenu vieux, les dents perdus, l’arrêt sur image.

Quêter la repentance et lui ouvrir la fenêtre sur la vue de la vie sans elle.

Rassembler l’épars, regarder Naval si âgée, si meurtrie.

Mais Naval sur son île matrice entre les marais et l’hostilité de ses regrets, fécondante d’intériorité, vieillie et recroquevillée, veille sur les palmiers.

Femme au milieu d’autres, la féminité qui scelle l’exutoire.

Seize années dans ce déroulé triste et théologal. Le plein de ce livre matrice.

Valeureux et sans emportement, tout est au ralenti.

Pour laisser les attaches sentimentales reprendre la main.

« Et ça fait six ans que cette femme s’occupe comme une mère de ces palmiers brûlés. C’est comme ça qu’elle passe ses journées. Elle vient s’asseoir, leur parle, les habille, les dorlote. Regarde-la. Les palmiers sont revenus à la vie. Ils reverdissent. »

« N’importe quel enfant est plus important qu’une palmeraie. Naval est ta femme, c’est à toi de décider pour elle. Peu importe depuis combien d’années tu ne l’as pas vue, c’est encore à toi de décider. »

Les miscellanées sont virtuoses et spéculatives.

On reste dans les profondeurs de ce livre dont l’héroïsme est le cœur des mères.

« Les palmiers avaient fait pour elle, ce qu’il n’aurait jamais réussi à faire. »

« Dans ce village, il n’y a que Naval qui ait des enfants vivants. Les femmes disent que c’est à cause de ça qu’elle fait du bien aux palmiers. »

Ici, tout est symbole et grandiose.

Traduit du persan (Iran) par Julie Duvigneau.

Publié par les majeures Éditions Zulma.

E. L.

 

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