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18 août 2025

Trois noyaux d'abricot Patrice Guirao Éditions Au vent des îles

Trois noyaux d'abricot

Patrice Guirao

Éditions Au vent des îles

Dans une langue pudique et honorable, à hauteur d’enfant, « Trois noyaux d’abricot » est pétri de sincérité.

Un cerceau de lumière, la crainte orageuse, dans une douceur de ton exquise.

Patrice Guirao, est un auteur aux multiples romans.

Il a grandit à Mascara en Algérie.

Ce roman personnel, intime et attachant lui appartient.

Il nous offre ici, un déroulé de ses jours dans une fiction au plus près de la réalité, tant algérienne que familiale.

Il tisse une épopée qui parlera à beaucoup dans les prémices d’un soubresaut pour l’indépendance.

Ce roman est viscéralement sociologique et détient l’allégorie des noyaux d’abricot.

Sauveur Solin, qui joue avec, tels des osselets, telles des billes.

La simplicité tisse cette toile enfantine et d’apprentissage de la vie.

La dualité où s’emmêlent l’empathie pour les siens et l’Algérie.

Ses parents, ses amis, et le cercle où il s’émerveille de chaque instant.

Dans le cœur même de ce récit, envoûtant et mobile, une litanie : « J’ai cinq ans, j’ai six ans, j’ai sept ans, j’ai huit ans. »

Les trois noyaux d’abricot, plus qu’une image de saveur, sont ce qui lui reste dans les mains, lorsque les matins troubles, bouleverseront les amitiés.

Les filatures, et la peur, les bombes et les trahisons.

L’ami d’hier dont il faut se méfier. Les non-dits, et pourtant, ses parents fraternisent avec leurs amis arabes et ne cèdent rien aux évènements implacables.

Les plus sûrs, comme eux, qui sont dans la fragilité d’une résistance intérieure.

Comment Sauveur peut-il grandir entre les rires et les frayeurs et les histoires des grandes personnes ?

« J’ai cinq ans, j’ai six ans, j’ai sept ans, j’ai huit ans et c’est la guerre. »

Le narrateur écrit depuis la France. C’est l’enfant qui parle.

Les allers et le retour où le roman prend ses bases dans une maturité révélée.

Paris s’élève, Sauveur déraciné en proie au racisme latent. Plus français, pas arabe et méprisé.

Le soleil s’efface dans le passage d’un autre temps.

« Quand j’habitais le village arabe, tous mes copains étaient des arabes : Tafa, Amar, Ouzouf, et Chaïla. Mais je ne le savais pas. Avec eux, je jouais au calicot, et au cerceau. »

On aime son professeur, M. Tourangeau, le double cornélien de M. Keating du « Cercle des poètes disparus ». Lui, qui en Algérie lui fait réciter « La Rose » de Federico Garcia Lorca.

« Vous comprendrez plus tard ce que le poète dit dans ce texte. »

La transmission, l’hymne qui fraternise, « en mémoire d’Adrien ». « Chaque fois que vous verrez une rose, chaque fois qu’on vous parlera du poète Federico Garcia Lorca, chaque fois que cette poésie vous reviendra en mémoire. »

Ce petit être qui virevolte, qui bat des ailes et qui plonge dans les affres des inconsidérations. Dans cette altérité aussi, d’une enfance qui se construit dans les plus belles valeurs.

Il est d’ubiquité.

Le récit a une double lecture de haute importance.

Cette dernière commence dans le chapitre un, en italique et cette phrase deviendra une tragédie en pages finales. Elle progresse au fur et à mesure des chapitres. Et somme le final de ce livre grandiose et essentiel.

Ce récit  reste en veille après le point final. C’est ici, toute sa force et son pouvoir spéculatif.

La proclamation d’une enfance prise en otage dans une guerre qui fait battre son petit cœur d’oisillon.

Engagé, d’été et d’hiver, « trois noyaux d’abricot » est le pouvoir d’une littérature qui fait écho dans notre contemporanéité.

En lice pour le prix Hors Concours des éditions indépendantes.

Publié par les majeures Éditions Au vent des îles.

E. L.

 

 

 

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