Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
L'élégancedeslivres
Publicité
3 septembre 2025

Gagner sa mort Griselda Gambaro Traduit de l'espagnol (Argentine) par Laure Bataillon Éditions Monts Métallifères

Gagner sa mort

Griselda Gambaro

Traduit de l'espagnol (Argentine) par Laure Bataillon

Éditions Monts Métallifères

 

Une œuvre majeure, immanquable.

« Gagner sa mort », publié en 1976 par les éditions Daniel Divinsky et censuré par la dictature militaire argentine en 1977, est réédité par les éditions Monts Métallifères.

C’est une chance inouïe, tant ce grand texte politique, caustique, est riche d’enseignements,

tant analytique, sociologique, que psychologique.

Cledy est l’épicentre de cette satire menée d’une main de maître.

Orpheline devenue, à quinze ans, suite à l’accident mortel de ses parents.

Elle bascule dans une autre vie, en une seconde, le temps d’avant s’arrête.

Elle est recueillie dans un orphelinat emblématique. Candide et apeurée, virginale, une brebis jetée en pâture au milieu des loups.

Ainsi commence son assujettissement.

« Ça commence déjà ici, dans le choix, gagner durement notre mort, ne laisser personne la suspendre au-dessus de notre tête comme une vengeance irréversible. »

L’écriture est l’organe même de cette langue, tellement révolutionnaire.

Poétique, fine et absolument dans l’ère de Diogène.

Habile et en pleine conscience, d’être également une arme, un moyen de contrer la répression mentale jusqu’au boutisme.

Griselda Gambaro est en posture de combat et elle dresse ses protagonistes en ordre de marche.

Cette critique acerbe du régime dictatorial est une plongée dans un microcosme.

Cledy est une caricature.

« Le grand dortoir avait mille-cinq-cents places. Le fil des jours tiré vers la misère et le désamour. »

« Les faits sont simples mais les raisons sont compliquées. Ce qui pouvait passer pour de la simple négligence, de la malveillance ou de la cruauté, avaient coûté des peines infinies. »

Que dire de ces petits poulbots abandonnés par l’orphelinat même sur les traverses des rails, au tréfonds des ruelles, la faim au ventre et la mort certaine, l’agonie de l’espérance.

L’amour n’est jamais dans ce livre tant les corbeaux noirs volent sur les pages et agrippent la liberté.

Mariée jeune à Horacio, le jeune couple est dans le basculement de la normalité.

Griselda Gambaro est dans un rythme absolument nihiliste.

Cledy est la confusion de l’ordre établi. Le bouc-émissaire, et l’image d’une Argentine qui meurt sous le joug des tortures mentales et physiques.

Son mari, incestueux avec sa propre mère. Cledy prise en tenailles par le père d’Horacio.

Broyée par le système patriarcal. L’allégorie de la junte militaire. Elle est une poupée de chiffon, maltraitée.

Alors que le cercle qui gravite autour d’elle n’aurait dû être que d’amour.

En exacerbant ses personnages, Griselda Gambaro somme la logique totalitaire.

Cledy est une victime. Ses bourreaux sont dans la complexité d’une trame subversive, absolument remarquable.

« Le plus pénible c’est d’avoir une mort trop grande qui ne tienne pas tout entière dans le corps. »

Ce manifeste est l’injonction de la résistance.

Abusée, battue, humiliée, elle est face aux extrémismes. L’impossibilité de refaire surface, tant la mécanique implacable dévore le prisme naturel.

La lecture est crissante, malgré la poésie de ton, et sublime de signaux.

Griselda Gambaro condamne son héroïne.

Le féminisme est un outil, qui, dans les lignes, cherche sa place.

C’est en cela qu’il est le muscle et la chair de ce livre dont la fiction à mille mille de toute rationalité est un honneur pour les opprimés.

Ce livre étrangle les tétanies intérieures.

Cledy qui veut gagner sa mort, à l’instar d’un escompte hyperbolique du futur.

« Je ne veux pas. Trop de mort. Ni pas assez non plus. Juste ce qu’il faut. Pour ma vie sur la terre »

Ce pamphlet est le raisonnement par l’absurde.

Ce conte féministe, virulent et vital, est la force littéraire.

À noter en pages finales, le Rapport de censure et le Décret 1101/77.

Ce livre est une référence pour les étudiants (es) en littérature.

L’étudier et en faire un mémoire. Apprendre par cette grande dame, l’envergure du courage.

Lire ses œuvres et prendre des forces.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Laure Bataillon.

Ce livre est une fierté éditoriale.

E. L.

 

 

 

 

 

 

Publicité
Commentaires
L'élégancedeslivres
Publicité
Archives
Publicité
Publicité