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13 septembre 2025

la mangue et le paillon Anne-Christine Tinel Éditions Elyzad

La mangue et le papillon

Anne-Christine Tinel

Éditions Elyzad

Délicat, tout en pudeur, « La mangue et le papillon » est irradiant de tendresse et fragile.

On s’attache d’emblée à la petite Claire.

Lunaire et affectueuse, cette enfant habite en Lozère avec ses parents.

La venue au monde de ses frères jumeaux plonge la famille dans un déséquilibre d’organisation familiale et un surmenage pour la maman.

Pour combler cette charge mentale et physique, ils vont accueillir Lucie.

Une jeune fille grandissante qui va aider cette famille aimante mais naïve.

La Lozère devient l’épicentre d’un fléau sociétal.

Lucie est solaire, vive, et recueille la douceur de Claire et des jumeaux.

Entre un cerceau de lumière et de bonté, la joie de l’enfance et la spontanéité de l’innocence.

« La main de Lucie va et vient, de la palette au visage de l’enfant. »

« Claire s’émerveille : comment Lucie, la main de Lucie, a-t-elle trouvé cela, cette réalité, que le visage de Claire en vérité est ce papillon ? »

La trame subrepticement, d’une voix calme, celle de Anne-Christine Tinel, démonte les diktats d’un paternalisme postcolonial.

Michel Debré en 1963 créé la structure Bumidon.

Afin de faire venir en métropole plus de deux mille jeunes mineurs jusqu’en 1984.

Combler le déficit démographique de la Creuse et de la Lozère et des régions en manque de jeunesse.

Le transfert forcé des ultramarins par la voie hypocrite de la démagogie.

Ils seraient donc tous accueillis les bras grands ouverts et considérés comme un enfant de la famille.

Sauf, que jamais cela ne se passera ainsi.

La trahison au summum et ces enfants sont des petites mains et pour aider dans les fermes et pour soulager certaines familles de leurs tâches.

Claire s’attache à Julie.

Sa sœur de cœur, une marelle entre ciel et terre, l’apothéose de l’inné et de l’acquis.

On ressent une amitié liane, les bordures de draps frais, la pureté de l’innocence.

Ce qu’une enfance révèle sans le choix des grandes personnes.

Mais Julie ne trouve pas sa place dans cette Lozère qui élève les idiosyncrasies d’un racisme.

« Transports d’ivresses, chants de négresses. Hurlent et ricanent les méchantes. »

« Le mot a pourfendu le monde en deux blocs distincts. »

« Dans ce nouveau monde, Claire et Lucie sont séparées, rejetées de part et d’autre d’une brèche. »

« Claire apprend que Lucie est noire. »

« Mais dans la maison Lucie est là depuis toujours. Familière, la peau ne pose pas question. »

Jusqu’au jour où Julie disparaît.

Une nouvelle solitude qui s’annonce pour Claire, la tristesse pour complicité et le manque de Julie est un abîme sans fond.

Sa disparition est un tabou. Ses parents taisent la cause et la honte ploie leurs fronts.

Le vide abyssal et indubitable pour ce papillon qui a perdu ses ailes.

La pluie charrie les couleurs, Julie, la mangue sucrée et voluptueuse, le soleil est devenu le silence.

La spontanéité des sentiments n’est plus. Pourquoi ? Que s’est-il passé ?

Ses parents ont été dupé par le gouvernement. Le miroir aux alouettes. Mais, ici, ce sont des enfants, des êtres humains et pas des esclaves ni des enfants voués au labeur des métropolitains.

Ils ont certes accueilli cette enfant, mais ils sont rentrés dans ce système honteux qui a traumatisé des vies pour toujours.

Claire va sombrer. Un parapluie gorgé de larmes.

Son innocence va agonir et elle n’aura de cesse de chercher Claire toute sa vie.

Jusqu’au jour où.

Julie, la jeune fille de Saint André de la Réunion et de toutes les îles. Symbole d’une dépossession de l’enfance. Un prénom, un numéro de matricule, attribués par la DDASS.

Au cœur de ce récit magnanime, finement politique, la mise en abîme des dégâts collatéraux.

Cette famille est le reflet de tant d’autres.

Entre les faillites d’une société et les taches d’ombre sur les consciences.

L’ignominie qui creuse ses sillons.

Aurez-t-on déplacé des petits de la métropole ?

Ici rayonne la rédemption, la quête pour retrouver Julie coûte que coûte.

La prodigalité d’une œuvre nécessaire, qui donne la main à la mangue et au papillon.

L’infusion d’une littérature engagée.

Publié par les majeures Éditions Elyzad.

E. L.

 

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