Malu à contre-courant Clarence Angles Sabin Éditions Le Nouvel Attila
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Malu à contre-courant
Clarence Angles Sabin
Éditions Le Nouvel Attila
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Solaire, pastoral, « Malu à contre-vent » est une fresque où la nature détient la pièce maîtresse.
La vie en plein cœur d’une terre presque animale qui est une sonorité d’excellence.
L’ardeur d’un titre signifiant qui contre les vents contraires.
« Les chênes du Bosquet étaient robustes et fermes, capables de résister aux caprices du vent d’autan. Ils n’étaient pas faits pour les temps secs et chauds. »
Malu est une petite fille qui grandit bien trop vite, de par les aléas qui entourent son cercle familial.
Elle vit avec son père et sa grand-mère paternelle dans une ferme. Un huis clos qui semble le microcosme du cycle de la vie.
L’Aveyron est l’épicentre de cette trame olympienne et tirée au cordeau.
Entre les forces et les fragilités, s’épanche la ferveur de la ténacité.
Les paysages mobiles, dont le réchauffement climatique bouscule les normalités.
Les vulnérabilités qui pénètrent jusqu’aux cœur des hommes.
Malu est mature. Elle compense le manque abyssal de sa mère disparue lorsqu’elle n’était qu’un bébé.
La nostalgie d’une voix égarée, année après année.
Elle a des rites, des secrets, des intimités qui coopèrent face à la rusticité de cette famille qui résiste envers et contre tout.
Trois collines ornent leurs regards. Entre la mélancolie et l’apaisement, le mimétisme d’évocation.
La colline d’Estela où les brebis paissent et déambulent. Mais où meurent les petits agneaux, premières cibles des mécanismes implacables, entre les épidémies, les coulées de boue.
Les vulnérabilités des saisons qui ne sont plus constantes mais le reflet critique du monde.
Malu va au collège. Elle n’est jamais tranquille, tant, elle porte les douleurs cachées des siens.
Une grand-mère aimante, dans le rôle d’une mère, sait tout de la fillette.
Sauf son passage dans l’ère d’une femme, où Malu cache ce sang qu’elle ignore.
La grand-mère est désorientée. Les prémices d’une perte de mémoire qui va envahir l’espace jusqu’à fissurer les murs de la ferme.
Malu qui enfante un cimetière pour ses agneaux morts. Loin dans le vaste d’une colline Géricault. Un épi de blé avec un nom dessus pour vaincre l’adversité.
Un antidote à la disparition.
Malu marche à contre-courant. Dans ses tragédies, elle est le pilier, celle qui fait la différence. Elle puise des forces dans ce combat.
Maintenir sa grand-mère encore pour un instant, dans les entrelacs d’un quotidien dont elle ne veut pas perdre la main.
Son père mutique, aux lourdes tâches, revient dans l’ombre du crépuscule.
Éreinté, il balaye la maisonnée des yeux. Il aime profondément son enfant. Il fait tout pour contrer le vent, le manque d’une mère pour Malu.
Il observe les vibrations, parle peu à son enfant, mais les gestuelles compensent et elles sont des vents chauds qui rassurent la fillette.
Malu œuvre toujours pour la stabilité de son espace.
Les non-dits prégnants, et Sola le chien, qui, lui aussi devient un danger pour les agneaux.
« Malu voulait prendre la terre à pleines mains et la tordre dans tous les sens comme un linge à essorer. »
« Sa grand-mère avait quitter la trinité fondatrice, passé – présent – futur, pour une ligne confuse et irrégulière de brides de fiction et de réalité. »
« Malu à contre-vent » est un microcosme quasi charnel.
Dans cette puissance où Clarence Angles Sabin peint une histoire-sienne.
Un premier roman qui dépasse largement ses grands frères.
L’écriture réaliste, picturale, transmet l’humanisme régionaliste.
L’impulsion d’une enfant qui s’éveille trop vite face aux histoires des grandes personnes.
L’organe même du langage vital, où se lie, ici, un dialecte de chair et d’esprit.
Une littérature du ciel et de la terre.
Là où vibre l’immensité des résistances.
Publié par les majeures Éditions Le Nouvel Attila.
E. L.
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