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22 septembre 2025

Tiens ta langue Matthew Tétreault Traduit par Luba Markovskaia Éditions La Peuplade

Tiens ta langue

Matthew Tétreault

Traduit de l'anglais par Luba Markovskaia

Éditions La Peuplade

« La première fois que j’ai aperçu la cabane d’Alfred, elle ressemblait à un lever de soleil. »

 

« Tiens ta langue », d’une force inégalée, dans la vibration même d’une littérature supérieure.

Le renom prend place. Le seul livre dont l’effusion Babel est une contrée fabuleuse et exhaustive.

On aime l’épopée, sa densité intègre, comme un roman terminal qui retient à lui seul, le panoramique langagier.

On sait l’heure haute et signifiante.

Ici, rayonnent les cœurs simples, les vrais gens.

L’authenticité d’une écriture toute en beauté et d’une humanité exemplaire.

Saint-Anne-des-Chênes, dans la province canadienne Manitoba, lève son voile dans l’orée d’une identité collective.

Un territoire dont l’intégrité arrime une trame loyale.

Entre les forêts et les lacs , les prairies, une terre singulière, où gravitent un peuple dont la langue unique est une cartographie des plus résistantes.

« Tiens ta langue », « En fin de compte les mennonites ont décidé que l’accès au chemin de fer n’en valait pas la peine et ont construit l’usine ailleurs. »

Les migrations altières qui ont scellé ce langage mitchif, franglais, le métissage dans les syllabes d’honneur. Ne rien lâcher.

Quand bien même les Sœurs qui frottaient les bouches des enfants avec du savon . La ténacité jusqu’à la sédition intérieure.

« Non. Tu sais quoi ? C’est pour ça que les gens partent, qu’y s’arrêtent de se parler, c’est pour ça qu’on perd toute notre français pis notre culture pis... »

« Quand il arrivait qu’on lui demande d’où il venait, p’pa répondait qu’il était canadien-français. »

Dans le bleu du ciel de cette épopée filmique, sociologique, gravite une famille et des personnages secondaires.

Un arrière-plan dont le décorum est toute la géopolitique d’un lieu à la prégnance morale et exemplaire.

Alfred, le grand-oncle vient de faire un AVC. Mourant, chacun se rend à son chevet.

Plus qu’un oncle, l’ultime symbole d’une mythologie. L’emblème du dernier détenteur d’une langue métissée qui ne peut mourir.

Richard, le petit-neveu devine l’heure des généalogies.

Alfred était unique dans ses paroles belles et signifiantes.

« Menoncle, mon père chuchotait. »

Richard cherche et assigne le vecteur de cette famille.

L’arborescence, Alfred qui vivait dans une cabane spartiate, seul, sur un terrain qui ne lui appartenait pas.

La main mise et d’un homme et du Canada sur une ethnie autochtone dans ses multiples tragédies.

« Puis elle m’a dépeint l’image d’un monde où il n’y aurait pas de guerre, de racisme, de pauvreté et de colonialisme. »

« C’est toujours la même bullshit, tout le temps. Les mêmes fucking hommes blancs qui pensent tout savoir. »

Matthew Tétreault excelle dans cette épiphanie verbale.

Richard, le point d’ancrage de cette fresque. Lui, qui aime Becky, son amoureuse partie à la ville, pour poursuivre ses études.

Lui, un travailleur manuel, qui vide les fosses septiques.

Qu’importe ! Bien au-delà, ils sont les Roméo et Juliette, le mitchif et le français, un couple dans l’évocation d’une identité, entre les violences coloniales, les blessures latentes, des existences anonymes et une culture rabaissée.

Un chant désespéré dont ils ne perdront coûte que coûte, jamais, le requiem des sons d’un métissage lumineux et poignant.

« Sans lâcher des yeux le feu p’pa a pris la parole. Dans l’temps y fallait cacher nos livres à l’école. »

Alfred, le regain d’une langue. Un homme magnanime, dont la fraternité est l’étymologie de cette généalogie métisse.

Filmique, grandiose de sens et d’esprit, le bréviaire d’un peuple d’apothéose.

« Tiens ta langue » le pouvoir d’une littérature rédemptrice.

Traduit à la perfection de l’anglais par Luba Markovskaia. Tant le récit est de corps et de chair, de pouvoir et d’immortalité.

L’incarnation d’une œuvre militante et d’exception.

Publié par les majeures Éditions La Peuplade.

E. L.

 

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