Emma au jardin Matthieu Corpataux Éditions La Contre Allée
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Emma au jardin
Matthieu Corpataux
Éditions La Contre Allée
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« Emma au jardin » est la généalogie universelle.
Une jachère fleurie, une litanie vivifiante.
Un récit en vers, la pleine lumière entre les herbes sauvages et les fondations de son antre.
La révélation d’un jardin où Emma est l’honneur d’une humaine journée.
Le fil de laine se déroule subrepticement.
Il encercle l’espace où Emma seule devenue, vieillissante, gravite.
On aime imaginer cette mère, grand-mère confiture, berceuse et rides sur le front.
Dans l’ère des petits riens, dans son lieu de vie, où tout ce qui fut, revient, d’une autre façon.
« Être l’éclat d’un réel, que les années n’ont pas déformé ni la silhouette ni les rituels. »
Les gestes plus lents, le dos courbé un peu plus, Emma semble nôtre.
Sa vie défile, les instants figés, ici, prennent l’apparence d’un macrocosme où le triomphe de résister dans cette solitude devenue est la marche altière du temps.
Matthieu Corpataux consigne et rend hommage à Emma.
L’essentialisme jusqu’en ses habitudes qui sont des manies visibles et intimes.
Dans cette orée intrinsèque, où l’on ressent une tendresse infinie pour les miscellanées qui s’élèvent.
« C’est le jour du marché. Il pleut. Elle met un sac plastique sur sa tête. Elle accorde le sac à ses habits. Bleu myrtille, blanc papier, vert kiwi. »
La ferveur cardinale, son autobiographie est une tasse de lait chaud pleine de secrets.
« Elle travaillait sans relâche, pour un métier sans salaire. Ménage-repas sans sel. Coud-repasse sans saveur. »
« Le diable-diabète a emporté Léon. La solitude dans le frôlement du crépuscule, le sucre la chagrine. »
Emma dans son Alcazar, un jardin-monde, digne et conciliant.
« Avant d’aller au lit, avec un thé citron. Le citron, c’est pour rendre la peine moins acide. »
Vénérable, à pas feutrés, dans un quotidien qui ressemble à la belle humanité, à la simplicité, aux gloires des objets et images qui lui rappellent Léon.
Une femme d’exception, absolument authentique.
« Léon lisait le journal au lit. Le papier et Emma se froissaient. Ce n’est pas le lieu disait-elle. Pour le reste du monde. »
Du bleu au fond des yeux, « elle porte des fleurs d’oranger. En parfum et en robes. »
Dans la lente explosion des silences , Emma collecte les résurgences.
Elle semble si familière, l’aïeule sur la ligne de crête d’une décennie où, ici, Emma nous invite.
Les rappels pavloviens, dans le déclin de ses jours.
« dans son jardin-État. Elle a nommé le bourdon. Ministre de la mélancolie. Et les rhododendrons. À la diplomatie. »
Des biscuits dans une boîte en fer blanc, l’allégorie des complicités altières.
Recevoir encore, être celle qui communie à la vie, son passé d’amour pour Léon.
On pleure ici, dans les rais de lumière de son tablier bien trop repassé, trop seul.
Des biscuits proustiens pour les petits-enfants dont elle connaît les battements de cœur, les sourires et les numéros de téléphone par cœur.
« Chaque soir, de puis la véranda. En écoutant les hirondelles. Emma regarde son jardin et se dit tout bas, c’est quand même joli. »
« Emma aurait pu tout aussi bien s’appeler Andrea, Denise, Francine. »
Cet éloge dont la poésie est un requiem est pétri de douceur et de bienveillance.
Un havre où l’aube advient. Et c’est beau.
Publié par les majeures Éditions La Contre Allée.
E. L.
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