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L'élégancedeslivres
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4 octobre 2025

Rêve d'une pomme acide Justine Arnal Quidam éditeur

Rêve d'une pomme acide

Justine Arnal

Éditions Quidam éditeur

Crépusculaire, d’une exquise écriture, « Rêve d’une pomme acide » est une mise en abîme d’une famille, dont les faiblesses sont des tragédies humaines.

Un microcosme dont le seul lieu est sans paysages, vues sur le monde.

Mais, sur un père Éric Richard et sa femme Élisabeth Witz.

Trois filles, litanies, l’étudiante, la lycéenne et l’écolière.

Un cercle où déambulent les disparités, les non-dits, les manichéennes convictions et paroles.

Ce kaléidoscope de haute contemporanéité n’est pas une fable.

« Élisabeth regarde la nuit tomber sur le jardin. »

Le bovarysme en ses regards mélancoliques.

Ses larmes sont des orages sans éclairs.

Une domesticité où l’on perçoit d’emblée des feuilles mortes sur son cœur.

Effacée, soumise, sous le joug d’un patriarcat des plus dominants, qui fait trembler les murs.

Son mari est égocentrique, anti-héros, qui ne trouvait qu’un œuf de Pâques lorsque ses frères en trouvaient dix.

Avachi dans le canapé, le son à fond, lui seul à la main sur la télévision.

Ce soir, c’est match et le silence enrobe les femmes de la maison.

Le premier signal d’une pomme acide.

« Cela fait vingt ans qu’elle vit avec cet homme-là. »

« Tant de choses lui donnent un haut le cœur. Elle aurait aimé que le goût des amants ne s’étiole pas. »

Les fillettes gravitent dans ce quotidien gris et terne.

Elles s’adaptent avec les angles, dans une maisonnée bancale, où la psychologie est une pièce maîtresse.

Un univers où l’on se love entre l’Alsace et la Lorraine.

Les larmes et une pharmacopée à outrance pour les femmes, et tout ce qui relève de l’argent pour les hommes.

Le poids d’une catégorie sociale dont la mentalité est ici finement réaliste et peinte avec délicatesse.

Le père qui compte tout, les chiffres armures, faussaire de ses complexes.

L’acidité de son cœur de pierre, de ses moult reproches et brimades envers Élisabeth.

La narration bascule, la voix de l’aînée prend place. On aime d’emblée ce corps à corps, soit avec l’Alsace soit avec la Lorraine.

Une grand-mère dans les deux départements.

« Chacun était assigné à choisir son camp entre les deux. »

« L’une et l’autre ne supportaient pas d’être quittées. » « En Alsace, les larmes réchauffaient la cuisine et les chambres.

« Un draïm vum e süüre Äpfel ! Et rêve d’une pomme acide. »

Les sortilèges à l’instar d’une main chaude sur un cœur brûlant.

Le récit est le déroulé des conséquences qui avancent en silence, subrepticement.

Cette voix, de la plus grande, qui pèle la pomme de l’existence.

Une enfant passée, la métamorphose siamoise avec ses deux sœurs dont elle croque à pleines dents le sucré.

Plusieurs générations gravitent dans ce livre au ralenti.

L’enfance par-dessus bord, Élisabeth à contre-courant dans sa disparition soudaine. Le néant devenu pour les fillettes.

L’écho d’un récit aux volets fermés. Des vies éteintes que nous frôlons nous-mêmes sans même le savoir.

« Les hirondelles de retour trissent et stridulent, pourquoi y a-t-il toujours quelqu’un pour défaire le nid des absents ? »

Le portrait d’une famille consignée dans des mécanismes implacables, où le rêve d’une pomme acide est « un fol espoir – faire revenir ce qui ne se domestique en aucun cas, en aucun lieu, à aucun prix : l’amour. »

« On redécouvre sans cesse ce que l’on sait. La vérité ne se capitalise pas. »

La prose envoûtante de Justine Arnal dresse un tableau où les courants forts des psychologies humaines transpercent jusqu’à l’idée même des possibles.

Un chef-d’œuvre d’une rare élégance.

Et rêve d’une pomme sucrée.

Publié par les majeures Éditions Quidam éditeur.

E. L.

 

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