Brefs tressaillements dans la horde Jean-Pierre Cescosse Éditions de L'Arbre Vengeur
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Brefs tressaillements dans la horde
Jean-Pierre Cescosse
Éditions de L'Arbre Vengeur
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Un lâcher de crayons de couleur !
Pétillant et judicieux, « Brefs tressaillements dans la horde » est le livre que tous les éditeurs (trices) devraient lire.
D’aucuns se reconnaîtront, d’autres trouveront des leviers et reviendront avec délice et liberté dans une authenticité exemplaire.
Ici, le charme d’un roman atypique qui redonne du courage dans cette horde où il faut jouer des coudes ou observer les piles immenses de livres dans les librairies.
Se dire alors qu’un éditeur aux ailes usées en l’occurrence ici, Victor Allier fait de la résistance.
Ce dernier est le portrait d’un passionné de littérature. Au summum de sa carrière éditoriale.
Affûté aux diktats, à l’idiosyncrasie, plus rien ne l’étonne. Il reste égal à lui-même, au libre-arbitre avéré.
L’éclaircie dans le sombre de ce macrocosme où l’effet de mode, les ventes plus que la raison détournent l’éthique et la personnalité d’une ligne éditoriale.
« Par paresse ou réflexe, il arrive à Victor Allier de céder aux visions désabusées d’à peu peu près tout, sans croire vraiment à son propre désabusement. »
« Fortune » le nom de la maison d’édition, un antre où Victor Allier lucide l’incite à ne pas faillir.
La vocation souveraine, on ressent un homme d’assise, convaincu et en pleine conscience de cette tyrannie qui l’entoure au-delà des murs de son habitacle.
Il recontacte Alexandre Lacrède, un auteur aux moult succès.
La plume affûtée, brillant mais flegmatique et indolent pour écrire un roman.
Ce dernier prend son temps, trop.
Victor Allier ressent pour ce dernier une certaine amitié.
« Ce qui le liait à lui demeurait vivace. L’estime et le besoin de le propulser au-delà de ce que ses faibles capacités d’autopromotion et sa nonchalance laissaient penser. »
Victor Allier est le profil type d’un éditeur de la vieille école. On admire sa constance, sa liberté d’action, son intelligence qui fait briller son bureau qui semble poussiéreux.
Le monde éditorial est dépeint dans toute son exactitude.
Ce roman aux arborescences sociologiques et littéraires est un lever de voile et un outil.
Il montre l’exemple, dans une traversée de cette horde où le mimétisme est trop la mise.
Ce livre est un pilier pour les futurs éditeurs (trices).
On aime que « Fortune » refuse encore les envois par mail.
Le papier peint jauni. Malgré tout, il faut que Victor Allier se conforme à quelques exigences pour survivre dans ce monde tellement féroce.
L’efficacité commerciale, l’évidence d’avoir sous la main un texte de grande valeur morale et d’écriture.
On aime la résistance intime et ce rituel pavlovien, lorsque chaque lundi, il affiche une citation sur son panneau en liège.
« Il y a une vérité qui attend au bout de chaque phrase, et l’écrivain apprend à la reconnaître quand il y arrive enfin. Il y a un niveau où cette vérité est le balancement de la phrase, le mouvement et l’immobilité, mais tout au fond c’est l’intégrité de l’écrivain quand il s’harmonise avec le langage. »
Tiré de Mao II de Don DeLillo.
« Il y avait des choses bien qui se vendaient et des choses pas bien qui partaient comme des petits pains. Il n’y avait pas de règle. Pas de recette. »
Aexandre Lacrède ne donne que peu de nouvelles. Indifférent au sort de ses livres. Timide ou pudique, en décalage avec ses comparses. L’effacement après la création.
Le symbole puissant et humble d’une modestie de grandeur.
« Brefs tressaillements dans la horde » est le macrocosme de l’Édition dans toute son authenticité.
Victor Allier est réaliste. Il se sait peut-être original dans sa façon d’être.
Mais sa dignité l’éloigne de l’aliénation, des injonctions et des oukases.
Il serait donc cet hédoniste, voire un Diogène posé et sage. Même si cette dernière image détourne le courant philosophique. Libre, immensément libre.
Sa paix intérieure est un bref tressaillement . Les faisceaux lumineux qui effacent les points virgules de trop.
« Les crises d’inertie laissent place à des périodes de frénésie. Il s’est toujours connu ainsi, du plus loin que remontent ses souvenirs de lui-même.
Victor Allier est un homme d’altérité.
De loin un veilleur sur les majuscules.
La mise au monde d’un livre, est pour lui un acte d’humanité et politique.
Un bref tressaillement , la disciple mentale, une révolte douce et spéculative.
Une bataille dans une société où le livre devient l’expression même d’une maison d’édition.
Cette horde où l’humanité prend place. Jean-Pierre Cescosse rend hommage à ce milieu où trop souvent le bruissement des pages est le bruit de notre société.
« L’envie de lire, un besoin physique des mots écrits. »
« TOUT ÊTRE HUMAIN EST UN ANCIEN ENFANT. »
Ce roman, est la toile du jour, la littérature en apogée.
Engagé, d’une veille d’intelligence rare, c’est de loin le livre qui honore un métier de passion. ÉDITEUR.
Publié par les majeures Éditions de l’Arbre Vengeur.
E. L.
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