La fabrique du vide" Guillaume Lafond Éditions Intervalles
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La fabrique du vide
Guillaume Lafond
Éditions Intervalles
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« La fabrique du vide » est un texte très juste sur les armures dont on se cuirasse et qui finissent par nous étouffer.
Contemporain, au plus proche de nos propres tourments, ce roman est pétri d’émotions.
Paul Revel est l’épicentre de cette histoire existentielle.
C’est un homme brisé. Sa compagne est décédée. Il marche de long en large dans les murailles de ses pensées.
Dans cette impossibilité de revenir parmi les vivants.
Il est dans le vertige des faux-semblants.
Cacher sa détresse dans une vie superficielle, dans l’industrie du luxe et de ses diktats.
« Du vivant de son épouse, Paul n’aurait pas exercé une telle activité ; aujourd’hui il gère l’indignité de ses partenaires sans affect. La mort de son unique amour a réformé ses valeurs, dans la superficialité des choses il a trouvé une énergie vitale et une jouissance désinvolte. »
Les campagnes publicitaires, les bulles de champagne, dans une réfraction personnelle. La mondanité et ses logiques de zébrures à même son cœur.
Jusqu’au jour où il sauve une jeune femme qui voulait se jeter dans le vide.
« Son visage est tourné vers Paul mais ses yeux ne le regardent pas. Ils sont ailleurs, dans la tragédie qui l’a conduite ici. »
Paul s’affaisse. Le front commun des souffrances. La transmutation du vide.
Paul est dans le coma.
Cette scène est un emblème. La psyché d’un homme dont les quelques heures d’absence mentale sont la chute d’Icare.
Paola une amie de toujours sait tout des vastes abîmes de Paul.
« Tu me dois soixante ans. »
Paul se relève, s’agite, déploie ses ailes, tel l’albatros, il est encore autre.
Un masque, un homme brisé qui cache son jeu et qui a contrario n’a aucun état d’âme face à son travail.
Un métier dans le clair-obscur. L’impulsion de frôler les lignes jaunes, répondre aux caprices des stars. Le luxe est un palais de verre.
« La fabrique du vide » est la noria des tragédies humaines.
Une trame dont la double lecture en italique sont les sèves, le végétal, le samouraï qui est un homme de paix et de quête intérieure.
Le blanc et le noir, le visible et l’invisible.
Tous les chapitres dont les entêtes sont une double entrée, à l’instar d’un guide des intériorités.
Une transposition qui élève ce récit dans une symbolique de renaissance.
Subtil et profond, la force pure d’une initiation en advenir.
Virtuose de délicatesse, « La fabrique du vide » est tremblant de sentiments.
Sous ses écorces, le drame d’une disparition qui n’en finit pas. Un amour dans les limbes.
Les conséquences qui en résultent et l’écriture de Guillaume Lafond qui dédie la chair de ce livre dévoran de justesse à Paul Revel.
L’incontestable sommet d’une littérature où rayonne l’évidence et le vestige d’un homme en veille qui s’élève dans l’authenticité même de sa vie.
« Une apothéose de couleurs qui fut aussi brève que la fleur du cerisier. »
Renaître à soi-même tel le Phénix, dans l’éclat de « La fabrique du vide » est la traduction des possibles et des forces intérieures.
Le privilège d’une lecture salvatrice.
Après « La Correction » et « La Colère selon M. » Guillaume Lafond signe un roman avec une fleur de sakura sur son épaule. Et c’est bien.
Publié par les majeures Éditions Intervalles.
E. L.
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