Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
L'élégancedeslivres
Publicité
25 novembre 2025

Le Ministère des rêves Momtchil Milanov Traduit du bulgare par Marie Vrinat Éditions Les Argonautes

Le Ministère des rêves

Momtchil Milanov

Traduit du bulgare par Marie Vrinat

Éditions Les Argonautes

« Ce n’est là qu’un rêve, on ne peut guère que rêver sur des temps pas si lointains. » S. Weil.

 

La littérature européenne en apogée.

Entre la gravité et l’onirisme « Le Ministère des rêves » est d’une force rare.

D’une grande puissance évocatrice, la splendeur d’une fable riche de signaux.

Dans un style où les narrations enclenchent une fiction finement politique et philosophique.

« Le Ministère des rêves » est une allégorie à hauteur d’enfant.

Le jeune Stern junior, huit ans, est la voix majeure de ce roman inégalé.

« Les rêves ne sont pas là pour qu’on les raconte, mais pour qu’on les vive. »

Ce jeune garçon est fils unique. Il vit à Graystadt en Bulgarie. Une ville imaginaire entre les brumes et l’intensité des visions qui donne l’unique repère.

Tout est transposé dans une langue unique. Stern junior nomme Bourlandie, la Bulgarie.

Un pays sombre où les alertes intimes sont concentrationnaires.

L’Europe, Milleeurope, où les formes deviennent floues à l’instar d’un monde imprévisible et tempétueux.

Il vit avec sa mère, effacée, « Maman Kristina, comme il l’appelait lorsqu’il était petit ».

Artiste, lunaire, qui porte en elle l’oppression de ses états d’âme.

Un père diplomate qui travaille pour le gouvernement.

Absent, trop, aux secrets lourds. Dans une manichéenne posture. Voir et ne rien dire. Ne pas craindre le danger, pas encore.

La dualité entre le refuge familial et les griffes d’un État qui enserre la population dans ses griffes.

Un loup noir qui avance dans la nuit. La chape des peurs. Un joug insidieux.

Babadzou la grand-mère qui habite avec eux et qui est encore une mère pour sa fille si transparente. La pain pour la faim et l’eau pour la soif, l’épicentre des équilibres affectifs.

Au cœur de cette parabole riche d’affabulation, les chaussures disparaissent.

Pas une maison qui ne soit pas concernée. Cette métaphore dont Momtchil Milanov détient les clefs est sournoise. Une alarme dans le silence hivernal de l’incommensurable.

Les bicéphales, des cafards, des hommes en gris, dirigés d’une main de fer par le mystérieux baron Noulde, déambulent dans les rues.

Surveillent chaque recoin, et faits et gestes.

Entre les filatures, ils kidnappent les rêves. Le droit de penser.

Les disparitions jamais nommées. Un malaise dont la population comprend que le ciel de Graystadt dessine un danger.

Ici, un conte qui recense les dictatures mentales.

L’intemporel prend place. Le petit Stern junior au cœur de ses solitudes trop criantes, rêve.

Ses illusions sont vitales. Il comprend qu’il est mêlé au corps des éléments où se déploie la noirceur des tragédies, des censures et des privations de liberté.

Ce petit si malmené à l’école, vif, intuitif, lucide et mature est subversif sans même le savoir.

« Avant Badadzou m’emmenait à l’école et venait me chercher. Elle restait devant la clôture et m’attendait. Ah bon. Ça a dû être difficile au début. Ah ça oui, pensa-t-il sans le dire. L’ennemi ne doit pas connaître nos points faibles. »

Le Ministère des rêves dévoile son vrai visage dans le sombre de la nuit.

Le baron Noulde est un emblème machiavélique du mal en l’homme.

Un immense ballon dirigeable s’installe dans le ciel, la nuit.

Une surveillance malaisante, où les lucioles libres sont avalées.

Le totalitarisme, et son père piégé, bouc-émissaire d’un despote.

On ressent un basculement.

Une trame qui va être le point d’honneur aux luttes mentales.

Le mystérieux baron Noulde, le maître des bicéphales, le paradigme des mondes concentrationnaires.

Surdoué, le récit traverse le miroir de l’intemporalité.

Le jeune Stern est transmué dans son imaginaire.

Dans un entre monde où règne l’anthropomorphisme. Les vives rives initiatiques, les psychologies fines et lumineuses.

Un conte où le fantasme détourne l’arrogance des vils et le fatal manque d’imagination. La résistance prend place.

Un Tramway qui vole dans les cieux. La métaphore qui redore l’espoir.

Un voyage dans l’espace-temps, loin des doctrines arbitraires qui avalent les rêves.

Ce premier roman est le pouvoir suprême de la littérature.

Ce conte parabolique, essentiel, universel, est une ode d’immanence vitale.

Un enfant, porte-flambeau des forces du possible.

Ici, la pleine conscience qu’il reste toujours en soi, les fécondités des résistances.

« Le Ministère des rêves » dans une double lecture est le sommet littéraire.

Momtchil Milanov qui a travaillé au ministère des Affaires étrangères à Sofia,

actuellement juriste adjoint

à la Cour internationale de Justice à La Haye, a reçu le prestigieux prix Plume du meilleur premier roman en 2022.

Politique, cette magnifique fable est un chef d’œuvre marquant.

« Avant j’avais peur mais à présent, je sais qu’il se passe des choses plus terrifiantes quand il fait clair. »

Traduit avec l’instant parfait, du bulgare par Marie Vrinat qui a reçu le prix Mallarmé 2024, le prix de traduction du Pen Club français en 2023 et le prix de traduction Étienne Dolet en 2021.

Publié par les majeures Éditions Les Argonautes.

E. L.

 

 

 

Publicité
Commentaires
L'élégancedeslivres
Publicité
Archives
Publicité
Publicité