Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert Franck Gérard Éditions du Jasmin
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Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert
Franck Gérard
Éditions du Jasmin
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Engagé, sombre et émouvant, « Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert » est fébrile et de haute précision.
Un roman nécessaire qui acte l’Histoire des hommes, la furie des guerres.
Dans une langue inventive, brillante et douce, on ressent la main de l’écrivain sur le front pâle de son livre en mutation.
Comme si l’exutoire d’écriture avait pour premier but de panser les rêves blessés.
Le désenchantement du monde dans un ressac de mots poétiques et sensibles d’une rare beauté.
Ici, nous sommes à hauteur d’enfant. Omanda a neuf ans et son ami Jassim dans cette même orée, et dans ce même village : Hashaba. Le Soudan pour toile de fond. Le Darfour qui plus est.
Avant de franchir la trame fondamentale, prendre soin de la préface de Jérôme Tubiana, chercheur, spécialiste du Soudan.
« Dès ses débuts en 2023, la nouvelle guerre civile soudanaise est devenue la principale crise de déplacement au monde. 10 millions de Soudanais ont été déplacés, dont plus de 1,5 million de réfugiés qui ont quitté le pays. »
Tout commence en 1998 dans la Province nord du Darfour. Le peuple Zaghawa, entre les poussières chaudes, les larmes brûlantes des ténacités et la concorde d’un village d’entraide et de soutien. Une famille, celle d’Omanda.
Une case traditionnelle en briques, une vie vulnérable mais profondément solidaire.
Tous, sont dans l’empreinte des valeurs et d’une éducation merveilleusement dépliée.
Un père, éleveur de chèvres, jusqu’au jour où les Janjawids massacrent les habitants du village, brûlent les cases et kidnappent les mères et les filles, les fillettes et leurs cris jusqu’au bout d’une douleur incommensurable.
Ce sera le sort funeste d’Hawa, la petite sœur d’Omanda.
Le roman glisse dans une teneur géopolitique.
Franck Gérard connaît toute l’idiosyncrasie, les habitus, les langues et les vertiges et les polyphonies de ces peuples, du Soudan, au Tchad à la Libye, de l’Afrique, au Proche-Orient, et à l’Asie.
Omanda est le fronton de ce récit avec Jassim, les deux seuls rescapés du village englouti par la haine.
Ils nous guident dans une crise humanitaire, l’exil et tous les diktats sociologiques et profondément humains.
Franck Gérard est un veilleur, un homme qui délivre ici, cette double vie qui l’habite, celle de la transmission et du devoir de parole. Pour ne pas oublier.
Archéologue et passionné d’Histoire contemporaine, voyageur spéculatif, qui rassemble l’épars pour dire toutes les vérités.
Ouvrir les yeux de notre contemporanéité égoïste et mal aimante.
L’autre versant du monde si mal mené, en proie aux dictatures, aux horreurs et aux crimes contre l’humanité. Les oppressions et les soumissions, les lynchages des consciences éclairées.
Ce livre immensément lucide et altruiste est la proclamation des droits de l’humanité.
Dans les périples de survie, Omanda est un symbole, celui des migrants.
Universel, « Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert » est une parabole. Les hommes, femmes, et enfants, Géricault, qui ne peuvent transformer une épreuve si ce n’est qu’en quittant leur pays natal.
Omanda et Jassim, qui ne peuvent subvertir ce qui advient.
D’un pays à l’autre, entre les passeurs, les hommes de bonne volonté, les humanitaires, jusqu’aux camps de fortune.
Comment s’émanciper lorsque la haine tue l’amour ?
« L’homme est un loup pour l’homme », selon Thomas Hobbes, ici, tout prend sens.
La jacinthe serait-elle donc l’emblème de la pureté et de la vulnérabilité ?
Des injustices de notre monde, entre l’ombre et la lumière, un monde de dualité.
Où seules les jacinthes pavloviennes et gracieuses sont le regain de la paix et des sources à flanc d’altruisme et d’équité.
Une jacinthe meurt dans le désert, une allégorie si juste. L’adversité faite homme.
D’une immense générosité, ce roman qui perce les orages, nos indifférences est un futur film sur grand écran.
Tant sa transhumance est celle de tous. Tant son visage est mémoriel.
L’apothéose d’un roman vénérable et humaniste, aux mille fresques d’endurance.
Omanda qui fuit encore et encore. Jusqu’où ?
Un adage : « Regarde d’où tu viens, et alors tu ne pourras te perdre. »
La fraternité excelle dans ce roman en fraude de sérénité et d’égalité.
Franck Gérard sait tout des épopées humaines et solidaires.
Ici, une leçon de vie et de loyauté. Le filigrane d’honneur.
La force d’un enfant, Omanda qui est devenu un vieil homme avant de franchir le seuil de la belle enfance.
Un livre d’une grande force évocatrice.
Omanda, le périple jusqu’au point de lumière. Peut-être.
Une déclaration d’amour pour le prochain.
Le pays natal de la douleur.
Un premier roman qui dépasse largement ses grands frères.
Une fierté éditoriale.
Si vous voyez un jour certain, Omanda, dites-le-moi.
L’îlot intérieur de la bonté, ce sera alors lui.
Publié par les majeures Éditions du Jasmin.
E. L.
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