Blanc contre noir Danuké Kalinauskaité Traduit du lituanien par Miglé Dulskyté Éditions Bleu & Jaune
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Blanc contre noir
Danuké Kalinauskaité
Traduit du lituanien par Miglé Dulskyté
Éditions Bleu & Jaune
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« Un jour, elle est venue me voir, l’air préoccupé, échevelée, son portefeuille ouvert, et m’a proposé de l’argent – c’étaient encore des litas à l’époque : « Si tu m’aimes encore un peu, rachète-moi un morceau de mémoire. »
Un tissage fascinant. « Blanc contre noir », la dualité.
Un chef-d’œuvre qui entrelace les liens générationnels et nous rapproche du secret.
Danuké Kalinauskaité est lituanienne et œuvre aux sonorités prodigieuses.
L’heure de l’aurore où tout commence, autrement.
Dalia, une jeune femme émigrée à Londres, travaille comme femme de ménage.
Elle reçoit « une lettre tombée du ciel ».Un message découpé dans un journal : « Décès au Luxembourg… Famille recherchée.
C’était envoyé depuis Vilnius. Par un anonyme. »
Dalia est sidérée et apprend par un cabinet à Vilnius, que c’est une personne âgée. Monsieur X.
Le roman prend place. Dalia retourne en Lituanie au chevet de sa mère.
Remonter le fil du temps. Rassembler l’épars.
L’épreuve titanesque, le rocher de Sisyphe.
Qu’importe ! Dalia va vivre autrement dans cette orée essentialiste.
Apprendre des siens, les disparus, mais plus encore.
« C’est ainsi qu’avec maman, nous avons entrepris notre voyage à travers la famille et le temps. »
Sa maman est dans cet endroit de vide et d’absence, la perte de la vie subrepticement. Un voile noir d’invisibilité recouvre ses pensées, ses souvenirs.
Les traces effacées, son aura endormie.
Dalia est dans l’intensité du moment. Elle écoute sa mère, ne lâche rien.
Elle renforce peu à peu, le point d’appui d’une lucidité qui glisse vers le néant.
« Il existe des endroits plus beaux, mais je n’ai pu te faire venir qu’ici. »
Dalia collecte, rassemble, note et retient.
Les pans de l’Histoire, deux siècles à traverser, remonter à la source.
La dignité de l’instant, où sa mère fait saillir le passé, les anciens, la rudesse d’un temps gris et bien trop long. La Lituanie traversée par des orages, les exils d’une famille. Une marelle entre ciel et terre.
Les archives familiales et plus loin encore ; « Je me souviens », d’une maman qui glisse vers la sénilité.
Plus que l’urgence de la transmission, ici, « Blanc contre noir », est un hymne à la mère.
Faire le deuil du vivant, la transparence à l’instar d’une marée-basse silencieuse.
Ses mots sont les plis des souvenirs. Un papier cadeau qui se froisse peu à peu.
Il reste souvent l’effusion lente des rémanences.
« Les Russes chassaient les Polonais et diluaient les Lituaniens, les Polonais détestaient aussi bien les Lituaniens que les Russes, et de ces derniers, nous en avions une peur bleue. »
Le roman est perfectible, dans le sombre de l’Histoire, il devient métaphorique.
Des notes douces effacent le noir, l’humour parfois, comme des rayons de lumière dans le cœur d’une écriture surdouée et aimante.
Mais les hommes en noir jaillissent. Vautours d’un totalitarisme, les guerres, les oppressions, les persécutions faites aux juifs, aux peuples sans montagnes, ni rives libres, ni fleurs dans les pensées.
Ici, les polyphonies noires et blanches quêtent la rédemption.
Les paroles salvatrices, neige immaculée, détournent les drames par la grâce du mot arraché, venue de très loin. Caché dans les murailles des silences d’une mère qui se meurt doucement. Une feuille noire et blanche qui tombe sur le sol des soupirs.
Mémoriel, ce grand livre écarquille la grande Histoire de notre monde.
L’amour immense, théologal, d’une fille pour sa maman devenue le Radeau de la Méduse de Géricault.
Le naufrage d’une mémoire dont les eaux gonflent la finitude.
Apprendre de ma matrice mère, le mot demain.
La transmission avant l’heure où tout s’efface immanquablement.
« N’oublie pas, ma fille. »
Alors advient la grâce d’une œuvre magistrale. La parole vraie. Le liant.
Dire encore une fois : « Si tu m’aimes encore un peu, rachète-moi un morceau de mémoire. »
Un livre qui donne des forces et de l’espoir.
Livre élu le plus créatif de l’année 2023 en Lituanie, finaliste du Prix du livre de l’année, et déjà traduit en plusieurs langues.
Dans la collection « Fiction Europe » et traduit à merveille du lituanien par Miglé Dulskyté.
À noter : des notes en fin de pages. Publié par les majeures Éditions Bleu & Jaune.
E. L.
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