La Branche argentine Carole Zalberg Éditions Le Soir Venu
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La Branche argentine
Carole Zalberg
Éditions Le Soir Venu
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« Qui sait si elle n’avait pas entendu, enfant, évoquer cette aïeule et le lieu de son exil ?
Qui sait si cette bribe n’avait pas suffi à émettre un signal, du fond de sa mémoire ? »
«La Branche argentine » est une quête existentielle.
L’heure de rassembler l’épars.
Le 7 octobre, le jour d’un pogrom, dont on n’oubliera jamais les cris et les larmes, les meurtres et l’innocence crucifiée.
Ce récit générationnel est l’arborescence d’une famille, celle de la narratrice, Marie, dont on devine des similitudes avec Carole Zalberg.
Marie reçoit par Bruno son cousin, une photographie jaunie, solennelle.
Le portrait « d’une large fratrie – celle de leurs ancêtres polonais venus plus tard se réfugier en France. »
Un visage entouré de jaune, celui de Rouja.
Marie apprend que cette dernière avait une fille Ella, partie en Argentine en 1942, fuir la haine et les oppressions parce que juive et vulnérable.
Marie est bousculée, fébrile et n’aura de cesse de renouer les mailles et les liens.
Le récit se déploie en plusieurs narrations. Marie, la soixantaine, écrivaine, vivant à Paris, dans notre contemporanéité.
Ella en 1942 et plus loin encore, et le journal de Marie en italique, dont on aime la ferveur.
Les cartographies mémorielles, assignées à l’exil.
Les migrations, noria d’oiseaux noirs. Le refuge pour contrer les persécutions, les peurs.
L’Argentine, terre d’accueil, où Ella pose pied. Seule. Son mari n’était pas présent à l’heure du départ.
Disparu, effacé. Où ? Jamais on ne saura.
« Le dernier hurlement des sirènes a sonné comme un glas. Et l’absence de son époux vient s’ajouter à tous les autres dans le ventre d’Ella. »
« La Branche argentine » est universel. Tant il arrime le poids de notre monde.
L’humanité de Marie est le filigrane de ce récit pétri de pudeur.
Carole Zalberg sait tout des grandes histoires de notre monde.
C’est une épopée dont l’écho est intime, délicat et respectueux.
Marie qui foule cette terre argentine, vaste et rebelle à la fois. Sauvage et grandiose, musicale et ensoleillée.
L’Histoire de l’humanité se répète inlassablement.
La dictature militaire de 1976 a anéanti la jeunesse, les subversifs, les juifs, et les jeunes filles et mères. Les filatures et les tortures. Combien d’enfants arrachés des bras de leurs mères à la naissance ?
Les disparus et cette place de Mai mythique où encore aujourd’hui, les mères viennent dans une vague pavlovienne quêter leurs enfants disparus.
Marie est en posture d’une renaissance intérieure.
Ella, puis Amélia, « notre cousine d’Argentine vers qui je m’apprête à m’envoler. »
L’écriture ici est un champ d’honneur, l’aube nouvelle.
« Est-elle inépuisable, la capacité à faire d’un lieu nouveau son chez soi ? »
Marie questionne Jo, son père. Elle veut savoir, comprendre.
"Depuis la révélation argentine, Marie habite le passé de Jo."
"Tandis que mon père, lui, s'en défait chaque jour davantage. Tout le traverse. Rien ne s'attarde. Quand j'essaie de me représenter ses pensées, je vois des nuages."
Sa mémoire défaillante, Jo devient flou. Marie retient entre ses mains en coquilles, les paroles de son père. Cette paternité qui se meurt immanquablement et dont les racines sont l’allégorie de l’Histoire et d’une famille cosmopolite.
Le lien, un paysage de beauté, une lande et la vaste Patagonie à l’instar d’une symbole de l’immortalité.
Marie tisse, rassemble, collecte et redore les visages de ses aïeux.
Entre le monde et elle, l’Argentine devient une métaphore.
Ici, le vent fait bouger les feuilles de cette canopée littéraire douce et rédemptrice. Jamais accusatrice des maux de nos siècles. Compatissante et humble, une clairière de lumière.
On ressent cette magnanimité qui effleure les pages. Et c’est beau tout ce qui s’élève entre les êtres de ce récit.
Une branche où soudainement une nichée d’oiseaux chantent la gloire d’un livre qui donne la réponse.
Le haut du ciel.
Publié par les majeures Éditions Le Soir Venu.
E. L.
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