Nous étions là Artur Dron Traduit de l'ukrainien par Nikol Dziub Éditions Bleu & Jaune
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Nous étions là
Artur Dron
Traduit de l'ukrainien par Nicol Dziub
Éditions Bleu & Jaune
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« Nous étions là » et subrepticement, « Moins tu utiliseras le mot « guerre »
plus on croira
à tes poèmes. »
Artur Dron a 22 ans. C’est un soldat, qui écrit des poèmes dans l’espace du silence.
Lorsque la noirceur se fait pâle.
Faire taire avec force l’instant présent.
Promulguer le poème à l’instar d’un cri dans le sombre de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Si jeune dans l’immensité du mal.
Le manque des siens, la vulnérabilité d’une jeunesse prise en tenailles.
La tragédie dans la virtuosité verbale d’un poème d’urgence absolue.
Les miscellanées sont des larmes et la peur.
Le mot qui passe la main à l’espoir. Au plus profond du battement de cœur de ses frères et sœurs d’armes.
Dans une langue triste, d’oralité absolue, et sans inventivité, puisqu’ici c’est le réel, la guerre en face, en pleine torpeur.
Les blessés et les morts, l’hiver et ses arbres figés, l’écriture fait sens.
Elle accroche la bonté d’une plume, les rémanences pour l’infini.
« Tu vas devenir à présent un homme de pierre,
un homme solide, et ferme, et un peu abîmé. »
Mémoriels, dans une survivance extrême, les entrelacs transforment l’épreuve.
En fraude de pacification, de paix, de douceur, l’enfant épistolaire dont les missives gonflent les poches des manteaux lourds de pluie.
L’illusion n’est plus. La boue stigmatise leurs noms, et lui, le poète, rassemble l’épars.
Vainqueur de la mort, victime du monde.
« Je me rappelle ce jour
où tu nous as parlé de ta mère, de votre ferme.
Et de cet être spécial qui est tien,
que tu retrouveras toujours,
aussi loin que tu partes.
N’est-ce-pas cela la Patrie ? »
« Lorsque nous enlevons nos gilets pare-balles,
nos casques, nos cabans, nos vestes et nos gants,
et que nous ressemblons à des enfants,
et parfois j’ai l’impression
que tu es quelque part dans la pièce à côté.
Une femme du village
hèle
son enfant : « Fils ! »
Et tous,
nous tournons la tête. »
Ces poèmes font tomber la neige. Les mains gercées, mère et fils, fils et père, fille et mère, père et fille.
Combien d’enfants sous les balles ?
Accrocher les dessins d’enfants et se sentir au chaud pour un instant encore.
« Ne nous laissons pas intimider par des kalachnikovs.
Où sommes-nous ?
Chez nous. »
Camarades, la fraternité qui ferme les yeux de l’ami, du combattant.
Enfants dans les plaines qui saignent.
Ces poèmes, noria d’oiseaux sombres.
Les petits mots d’enfants, lucioles et caresses, interludes entre deux poèmes, entre deux frappes ennemies.
Artur Dron, si jeune, dont l’amour de la langue maternelle, éclaire son pays d’une littérature universelle.
Il conte sa famille, l’Holodomor.
« Elle savait ce que c’était d’élever ses enfants seule. »
« Pourquoi avons-nous besoin de poésie ?
Pour ne pas nous sentir seuls. »
« En tout cas, je sais à présent avec certitude que, sans ces lettres d’enfants, je n’aurais pas pu parler comme je l’ai fait dans ce livre. »
«Nous étions là », déjà traduit en plusieurs langues européennes est le premier livre d’Artur Dron publié en France.
Traduit à la perfection de l’Ukrainien par Nikol Dziub.
Un edelweiss sur les plaines en souffrance.
Publié par les majeures Éditions Bleu & Jaune.
E. L.
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