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25 février 2026

Doubar et autres récits du Goulag Avec le récit Deux procureurs Gueorgui Demidov Traduit du russe par Antonio Garcia, Alexandra Gaillard et Colette Stoïanov Préface par Luba Jurgenson Postface par Valentina Demidova Éditions des Syrtes

Doubar et autres récits du Goulag

Avec le récit Deux procureurs qui a inspiré le film de Sergei Loznitsa

Gueorgui Demidov

Traduit du russe par Antonio Garcia, Alexandra Gaillard et Colette Stoïanov 

Préface par Luba Jurgenson

Postface par Valentina Demidova 

Éditions des Syrtes

 

"Doubar et autres récits du Goulag est la pierre angulaire d'une littérature vénérable et mémorielle.

Avec le récit "Deux procureurs" qui a inspiré le film de Sergei Loznitsa en sélection officielle pour le Festival de Cannes 2025.

La préface par Luba Jurgenson dresse le portrait d'un homme aux moult facettes.

"Demidov le phénix" 

"Demidov fut arrêté en 1938, victime des répressions qui s'abattaient sur l'Institut ukrainien physico-technique de Kharkov.

Après le départ pour Moscou du savant Lev Landau, dont il était l'élève."

La Kolyma est une région historique de l'Extrême-Orient russe. Un désert de glace au nord-est de la Russie.

L'allégorie des effroyables heures de l'Histoire soviétique.

Explicite, un  lever de voile sur un homme torturé, fissuré," mais dont le devoir de charité était d'écrire pour les siens. Où l'hiver dure douze mois, tout le reste c'est l'été."

Commencer l'épreuve des enfermements.

Gueorgui Demidov rassemble l'épars. Le Goulag dans toute son idiosyncrasie. Le porte-flambeau d'une écriture qui scelle ce qui fut.

Témoin, à la barre de l'humanité, lui-même assigné aux oppressions mentales.

"Doubar" ce récit magnifique et si triste, dont le symbole brasse la terre à mains nues.

"Car nous n'étions pas dans un des camps les plus terribles, ces " laminoirs" du Dalstroï, mais dans un de ceux qui étaient rattachés à une exploitation agricole ou à une pêcherie.

Le rêve pour des centaines de milliers de bagnards de la Kolyma qui trimaient à la mine, dans des conditions de vie et de travail à peu près semblables à celles des esclaves phéniciens."

Les miscellanées suivantes :

"Le peintre Bacille et son chef d'oeuvre"

"En rentrant à la station,  j'ai bien sûr repensé à ce peintre  étonnant mais surtout à cette oeuvre, son testament après une vie de martyr."

Lire ce chef-d'œuvre, subvertir les drames et les humiliations. La faim, la fatigue, les injustices. La dignité de résister aux désastres d'un régime politique totalitaire et qui assassine son peuple.

Le camp de Galagannykh, où les femmes, les vieillards et les invalides sont assignés comme des permanents.

S'oublier dans le sommeil. On ressent une narration innée, celle de l'auteur et ce "je" qui côtoie ce qu'il a vécu en vérité.

Le Goulag, la finitude et  les souffrances.

L'effroi des murmures , creuser une tombe à mains nues pour l'enfant mort né.

"Ses lèvres s'étirent en un sourire de béatitude instinctive.'

"Mais moi malgré le froid, je restais longtemps à regarder  le petit corps sans vie, que j'avais posé sur la neige."

Ce récit silencieux, pastoral, initiatique est rédempteur.

"La possibilité d'extérioriser ainsi son chagrin n'est accordée qu'aux plus favorisés, dont le malheur n'est après tout qu'un épisode , et non un état permanent."

Entre la réalité lugubre et ce moment où l'enfant donne l'axe de la pureté.

"Deux procureurs" 

Ce long texte qui hurle de désespoir. La démonstration d'une ubiquité. Deux procureurs, l'ombre et la lumière.

"On savait bien, au parquet, ce que venait faire tous les jours un représentant de NKVD local, porteur d'une sacoche bourrée. Ce sac contenait la ration journalière des mandats d'arrêt préalablement remplis."

Kornev, jeune diplômé de l'Institut de droit exige de visiter Stepanovitch Stepniak, un prisonnier politique, très âgé, battu et faible.

Ce dernier lui remet un pli secret écrit avec une allumette et du sang.

Kornev est le double cornélien de l'auteur.

Ce récit au réalisme historique, psychologique et politique, vif, oppressant et dont la trame élève l'idiosyncrasie du totalitarisme stanilien.

Kornev a foi en sa vocation. Sa droiture est un levier. Il va bousculer les diktats, les consignes. Sa confiance aveugle dans sa hiérarchie va le projeter contre un mur de haine et de vengeance.

Non pas faire un excès de zèle mais oeuvrer pour le bien des détenus politiques qui sont torturés, soumis aux sévices et à l'enfermement et au délitement douloureux de la liberté.

Filmique, au ralenti, "Deux procureurs" est la dualité entre le bien et le mal.

Kornev qui sera arrêté "plus de vie au ventre".

Un intellectuel, un homme debout qui voulait clamer au procureur général, les brimades, les tortures, les disparitions,.

Dans un Goulag métaphorique, tant les camps étaient tous, du pain moisi donné aux chiens.

Le crépitement de la douleur, de la folie, "Deux procureurs" honore la morale .

L'allégorie de l'homme dans sa plus perfide méchanceté.

Le Goulag est le microcosme qui hurle et broie des vies.

Gueorgui Demidov oeuvre pour la justice et l'humanité.

Ce livre fascinant de justesse est nécessaire. C'est un séisme mental. Ne jamais oublier.

N'oublions pas l'adage de Hobbes : " L'Homme est un loup pour l'homme."

Prendre soin de la Postface de Valentina Demidova qui rend hommage à son illustre père qui écrivait quinze ou seize heures par jour devant sa machine à écrire. Collecter les faits, les cris et les larmes, les morts et les lâchetés des puissants.

Un homme symbolique de tant d'autres. Jetés en pâture par la dictature stalinienne.

Ce livre phénoménal mérite le respect , le silence entre les lignes . Les ombres tourmentent les existences courbées, les yeux baissés sous les flux de pénibilité.

La dimension de ces récits est une référence. Un devoir de mémoire à lire à voix haute.

La littérature russe en apogée.

Une fierté éditoriale.

Magnifiquement triste.

Publié par les majeures Éditions des Syrtes.

E.L.

 

 

 

 

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