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L'élégancedeslivres
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14 février 2026

Le zoo, une sortie. J.A Tyler traduit par Stéphane Vanderhaeghe Éditions Quidam éditeur hane Vanderhaeghe Éditions Quidam éditeur

Le Zoo, une sortie 

J.A. Tyler

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Stéphane Vanderhaeghe 

Éditions Quidam éditeur 

'En premier c'est les lions. Mon papa et ma maman me traînent là-bas jusqu' à la grille, jusqu'au barreau où je pose mes mains."

Ainsi l'incipit ouvre la grille de " Le zoo, une sortie"

Délicat et pétri d'enfance, la beauté douloureuse.

Jonah, un petit garçon, fils unique, nous convie à marcher dans son ombre.

Un petit narrateur qui élève ce texte superbe et émouvant, d'une voix douce.

Il délivre une scène animalière, l'une après l'autre, ingénu et observateur. 

Ses parents auprès de lui. Mais il n'a pas pied. Il décroche ses réflexions du zoo.

Pourtant ce lieu est synonyme de lâcher-prise, de joie et de détente.

Les animaux, le tigre, les zèbres, un tamia...

Dont l'enfant perçoit ce qui marque ses jours, ne cicatrice pas.

Le silence opaque d'une famille qui marche sur des œufs.

Son père a un coeur de pierre. Sec comme du bois mort. Il ignore la tendresse. 

Vulgaire et méprisable, toxique. Toujours prêt à faire du mal, sans même le vouloir.

Il est ainsi, l'anti héros de cet ouvrage vivant, qui vibre, cogne.

Jonah cherche le contre-poids au creux du cou de sa maman qui sent bon les cookies.

Elle accueille son enfant à l'instar d'un puits de lumière.

Souffrante elle aussi de ce manque de normalité, de sérénité.

Son mari, lui parle mal. Acide et malaisant, il semble tellement naturel dans ses méchancetés, qu'on le déteste d'emblée.

Le roman se dédouble, mute.

Nous affrontons les lames de fond d'une famille dysfonctionnelle.

"Je fais presque à chaque fois ce qu'ils me demandent de faire.

J'écoute tout le temps. J'arrête pas de les écouter."

"L'eau dans la mare, c'est ça qui me rappelle ces moments-là. Quand moi j'écoute et que j'entends ce qu'ils disent comme cette fois-là.

C'est ce que je ressens moi quand ils se parlent comme ça, maman et papa que ça s'envole dans leurs bouches."

Jonah fait du transfert. Il comprend que cette visite au zoo est le reflet de sa vie.

Les habitus des animaux, "pour les pingouins il fait froid comme dans ma chambre.'

Son père traque , à l'affût d'une comparaison négative et sombre.

Sa mère est dans l'enclos, ne sait pas quitter cet homme qui semble sauvage, bestial.

Elle semble l'hymne qui essaie de compenser. Les tendresses multipliées et les plus aimantes pour Jonah.

Prudente et soumise aux diktats d'un patriarcat de bière et de sueur et de vulgarité.

"Les papillons ", maman elle leur ressemble plus que mon papa."

Ce petit poulbot coincé entre les grilles mentales d'un zoo métaphorique. Des aigreurs, des ressentiments, où l'amour ne peut pas s'imaginer.

"Y'a des jours où je suis juste pas le bon garçon."

Cette histoire touchante est la démonstration minutieuse, appliquée, d'une enfance avec des cernes sous les yeux.

Les animaux, ici, sont des images. Ce petit bonhomme qu'on aime de toutes nos forces, les collectionne. Il cherche des repères.

La théâtralisation de sa petite vie d'enfant qui cherche un point d'appui entre deux adultes perdus dans les affres où le néant ajuste à lui seul,  le seul fait de vivre.

"Si je faisais une balade sur le dos d'un éléphant comme celui-ci, je serais plus grand qu'eux, que papa et maman , et ce serait comme si j'étais intouchable."

Ce récit est psychologique et sa tristesse douce semble une visite dans un zoo, un jour de neige. L'animalité d'une trame résolument charnelle et vivante.

Un enfant qui quête l'amour d'un père égaré dans une Amérique en déliquescence.

"Mon papa c'est plutôt un ours, plus que n'importe quel autre animal ici au zoo. Sa bouche remplie de mots pointus comme des dents, prêts à nous trancher."

J.A. Tyler offre par son talent rare, une empathie souveraine pour Jonah.

Dans un langage indéniable, d'une beauté juste, "Le zoo, une sortie" traduit à la perfection par Stéphane Vanderhaeghe est une déambulation qui nous prend par la main.

Publié par les majeures Éditions Quidam éditeur.

E.L.

 

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