Un Abri pour Lampedusa Elsa Régis Éditions du Panseur
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Un Abri pour Lampedusa
Elsa Régis
Éditions du Panseur
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"Ce serait l'histoire d'un été en Italie.'
"On dit "été" pour dire "ça ne dure pas."
L'éminente littérature.
D'emblée les premiers mots somment la grâce et la puissance d'un style qui construit le roman dans une apothéose filmique et irradiante.
Un ralenti où tout se joue dans les gestuelles, les connivences. L'oralité qui pénètre entre les rais d'une littérature contemporaine, durasienne, cardinale.
Le règne d'un livre où l'on est attentif, subjugué par cette polyphonie, ce calme lent, vital.
L'écriture est requiem.
"On a ouvert la fenêtre. C'était le matin. La pluie terminait d'effacer la trace des migrants sur le sable."
"Je pense que vous pourriez dérouler l'histoire inventée à la villa d'Este, du couple et de la plage de Tarente. En faire un récit long comme une digue."
Giuseppe Alde est architecte. Il rénove une villa en fronton de Rome.
"C'est la canicule. La chaleur ne quitte pas l'Italie."
Marco Serve, un écrivain écrit de longues heures dans cette villa. Il était au préalable chauffeur de taxi.
"Et quelquefois, pour tout vous dire , je récupérais des Hommes en cachette. Des Hommes qui n'avaient pas le droit de sortir de la mer pour rejoindre le sable , puis la terre, et la route après elle."
"Dans sa vie d'avant, l'écriture , il a transporté des Hommes venus "de loin" comme cela se dit pour tout ce qui nous dépasse en kilomètres et en culture.'
La narration est pudique, noble, dans l'ère du renom. Le classique né. Le livre dont on se souviendra toujours pour le chant de la langue et la légèreté d'un colibri dans chacune des lettres.
La rumeur insiste, déplace l'ordinaire, le cadencé, l'heure où les corps sont siamois et de sueur, endormis, éloignés du vivant.
Elle cogne, vibre, jusqu'à la terrasse d'un café où l'on entend dans un poste de télévision, crier la rumeur de l'Abri.
"Le silence autour de la voix , il l'a aimé aussi . Il a pleuré sur son annonce : l'Abri - Lampedusa - trente morts en mer - inaction."
Marco Serve sait ce qu'il va écrire. L'éloge pour les Hommes, le péril humain, l'étranglement de la vie par dessus-bord. Les migrations dont l'île réfute les sourires et l'hospitalité. L'ombre et la lumière. La magnanimité face à la violence et au rejet.
Des Hommes Géricault dans l'Abri Alcazar, ou l'identité perdue se mue en accolades, entraides et empathie.
Une île à l'instar d'une allégorie. Où d'aucuns ici, ont perdu la trace du monde.
Elsa Régis donne le pouvoir de la parole comme un antidote à la douleur, à l'ampleur humaniste.
À l'action, à l'inné, aux enfants , des arches abandonnées. Comprendre l'Abri. Ce microcosme où l'exil est un drapeau blanc.
Écrire pour ces hommes sans terre d'accueil. Les frontières bordent Lampedusa de souffrances et les frères et sœurs tombent, le visage dans le sable trop fin pour leurs paupières.
"Je pense que c'est une autre histoire d'Abraham et d'Isaac, celle de l'écrivain et d'Amadou. Il y a plein d'histoires de pères et de fils, plein d'Abraham et d'Isaac."
Giuseppe qui aimerait tracer les plans d'une humanité qui prend le prochain par la main.
"Un Abri pour Lampedusa '
"Et un devoir pour lui de lutter."
Finement politique, la supériorité d'un texte qui a du bleu océan au fond des yeux.
Les migrations devenues des étoiles de mer.
Un livre qui fait grandir par sa lucidité et son pouvoir langagier devenu une fierté éditoriale.
Un livre de génie.
Publié par les majeures Éditions du Panseur.
E. L.