Les jeux heureux de l'enfance Charlotte Gneuss Traduit de l'allemand par Rose Labourie Éditions Les Argonautes éditeur
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Les jeux heureux de l'enfance
Charlotte Gneuss
Traduit de l'allemand par Rose Labourie
Éditions Les Argonautes éditeur
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« Les jeux heureux de l’enfance » est une fiction qui entraîne la grande Histoire.
Captivant, émouvant, ce roman est un viatique sentimental mais pas que.
Allemagne de l’Est, Dresde.
En 1970, le noir et le blanc.
Le mur de Berlin, la fortification frontalière de la RDA entre 1961 et 1989.
La jeune narratrice à 16 ans. Elle vit avec ses parents, sa grand-mère et sa toute petite sœur.
« Tout va bien, tout va bien, ai-je chuchoté à l’oreille de la petite en posant un baiser sur le fin duvet qui recouvrait son crâne.
« Mamie s’est laissée emporter. Elle est fâchée parce qu’elle a perdu la guerre, c’est tout. »
« J’ai posé la petite par terre. Elle s’est aussitôt cramponnée à ma jambe. Ma petite étoile dorée, il faut que j’aille m’occuper du linge. Et je ne peux pas le faire avec toi dans mes bras, tu comprends bien. »
On ressent une ombre qui plane sur le roman. Une filature constante, une scène traumatique, l’aveu d’une oppression jusque dans les habitations.
Une atmosphère obscure ,où la lumière naturelle est électrique.
L’image même d’une jeune fille de 16 ans qui aime Paul. Tout en sachant que la vue sur le monde est une fenêtre masquée.
« J’ai posé le vélo contre un bouleau et je me suis faufilée à travers le sous-bois. »
« Mais on avait rendez-vous. Moins fort, a t-il lâché entre ses dents, et c’est là que j’ai vu. »
« Sans un mot, il a remis le pneu en place sur les billets et la jante.
Où as-tu trouvé cet argent. Ce sont mes économies. Qu’est-ce que tu vas faire avec ? Acheter du matériel de grimpe. »
Karin est amoureuse, en déni des risques ostensibles d’un régime totalitaire.
On perçoit le temps où l’imprudence se paie cher.
Rühle dont la main s’abat sur la joue de Karin.
Elle veut savoir, où est Paul.
Lui a peur. Son père fait partie de cette manufacture d’hommes et de femmes des corbeaux noirs, et il fréquente les hauts partis.
« Tu aurais dû venir, c’est tout. Paul voulait que tu viennes.
Mon papa n’était pas d’accord a singé Rühle en claquant la langue. »
Karin est inquiète. Elle ne peut aller à rebours des évènements. Elle sait que Paul ne serait jamais parti sans elle.
Ce grand texte où la famille est l’idiosyncrasie de celles qui sont alignées dans cette douleur où chaque geste est une armure dont il faut se cuirasser.
Apprendre à se méfier à l’instar de Prosper Mérimée.
« Les jeux heureux de l’enfance » dans les seuils battus sous les armes, la Stasi, il y a un parchemin de vie résistantes malgré tout.
« L’histoire qu’on t’apprend à l’école, c’est celle qu’on entend à la radio et qu’on lit dans les journaux.
Il avait dit qu’il ne supportait plus cet endroit. »
Je ne savais pas ce que c’était, pour Paul, tout. Pour moi, c’est Paul qui était tout. »
« Mais tu vois, quand on vit dans un monde où on n’a pas envie de vivre, on ne peut pas être qui on est. »
Jouer juste. Mentir, trahir, se retourner.
Le mur de Berlin, Est, Ouest, le miroir dans la nuit vaincu par les manques.
Brisée, Karin est dans l’imprudence de comprendre.
Hantée par l’arbitraire, les faussaires, les miradors.
Elle cherche Paul avec une petite lampe allumée sur son cœur.
Où est-il ? Cette litanie dans les prismes manichéens.
Entre le blanc et le noir, le bien et le mal, « seule une chose qui naît dans le doute reste valable dans le doute. »
Karin et la fresque d’une famille entre résistance, non-dits et peurs.
« La nuit s’invitait dans les jours. »
La capacité d’un roman qui semble d’aujourd’hui, tant la plongée est contemporaine.
Au présent, l’immersion des tragédies.
Karin et Paul confrontés aux blessures infinies.
Entre une grand-mère, emmurée dans le passé, où la liberté est un itinéraire.
L’écriture de Charlotte Gneuss qui explose de qualité et de justesse est une puissance d’évocation réelle.
« Les jeux heureux de l’enfance » est la cartographie des manipulations mentales et d’un peuple qui vit sans printemps.
La nouvelle littérature allemande en apogée.
Traduit à la perfection de l’allemand par Rose Labourie.
Publié par les majeures Éditions Les Argonautes éditeur.
E.L.
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