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12 avril 2026

La grande soif Erica Cassano Traduit de l'italien par Anaïs Bouteille-Bokobza Éditions JC Lattès

La grande soif 

Erica Cassano

Traduit de l'italien par Anaïs Bouteille-Bokobza

Éditions JC Lattès

Une épopée pour un beau personnage féminin, Anna.

La sonorité et l’ardeur d’un titre signifiant : « La grande soif ».

L’Italie en apogée en 1943, qui plus est à Naples durant la deuxième guerre mondiale lorsque les Allemands pénètrent une à une les maisons, entre les bombardements, les décombres et la peur au ventre.

Ici, nous avons une deuxième lecture. Celle des femmes de ce roman inspiré de faits réels, la sororité d’excellence.

La grande soif est véridique. Le manque d’eau sillonne toute la ville.

La destruction des infrastructures par l’ennemi. Naples est une ville menacée de soif et de rébellion.

D’aucuns guettent les robinets fermés.

La moindre goutte d’eau. Les visages s’observent.

Mais dans la maison où habite Anna, l’eau coule en abondance.

C’est la Maison de l’eau, la seule où la famille se désaltère sans retenue.

Pourquoi ? Quel est ce mystère ?

Le père d’Anna exige le secret. Il a peur de la foule. Ne rien dire, de peur de voir ces files immenses frapper à la porte. Quémander de l’eau.

Anna fait semblant d’être assoiffée. Elle se rend également de temps à autre entre les habitants qui attendent un seau d’eau de la municipalité.

Jusqu’au jour où le père d’Anna disparaît après une dispute avec sa mère, où elle lui dit va t’en.

Il ne revient pas. Ni le lendemain, ni plus tard.

La peur enfle dans cette maisonnée. Où les femmes se retrouvent seules avec un seul petit fils, celui de la sœur aînée d’Anna.

La mère d’Anna pleure. Devine le doute et craint le pire.

Pour contrer ses angoisses, elle offre de l’eau à tous les habitants de Naples.

Le secret est levé et l’on ressent l’altitude d’un apaisement intérieur pour cette mère monde et cette femme éperdue.

Détourner ainsi l’ostensible angoisse. Où se trouve son mari ?

Anna le quête et le cherche par les fenêtres et les ruelles.

Un point d’appui pour résister. Le courage est la loi de ce beau livre et de cette histoire plausible.

Son père, qui lui a appris l’anglais grâce à un dictionnaire. Lui, le pilier, l’héritage du silence devenu.

L’Italie est défigurée, jusqu’à l’arrivée des alliés, les américains.

Anna lucide, sensible, éveillée et protectrice devine l’évidence d’un soubresaut de paix.

Anna trouve du travail comme secrétaire à la base américaine de Bagnoli.

Retranscrire des documents, la dactylographie apprise grâce à son père.

Ici, plus qu’une transmission mais la maîtrise d’Anna sur son avenir.

On aime sa sagesse, sa maturité, sa zone tampon qui la protège.

Elle gagne l’argent du foyer.

Solaire, vive et intuitive elle laisse une place entre elle et le monde.

L’écriture d’Erica Cassano est unique et intense. On vit l’intérieur d’un pays, ses disparités, ses élans d’amitié et ses entraides.

Un roman italien, entre les rêves blessés, l’amour différé. Anna dans ses désirs d’émancipation, donne à cette toile de maître la force des possibles.

« Quand on fait un choix, il y toujours une partie de nous qui est désaltérée et l’autre qui ressent encore la soif. »

Jusqu’au vertige du tableau final, « La grande soif » est un roman absolu, filmique, qui touche par la grâce d’une narration sidérante de pouvoir.

Une fresque avec vue sur le mot liberté.

Traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bukobza.

Publié par les majeures Éditions JC Lattès.

E. L.

 

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