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10 avril 2026

Les Jango Abdelaziz Baraka Sakin Traduit de l'arabe (Soudan) par Xavier Luffin Éditions Zulma

Les Jango

Abdelaziz Baraka Sakin

Traduit de l'arabe (Soudan) par Xavier Luffin

Éditions Zulma

« Les Jango se ressemblent en tout. Ils sautillent comme de vieux corbeaux dansant autour d’une proie. »

« Vous n’êtes pas encore allés à la Maison de la Mère ?

C’est incroyable ! Vous devez absolument y aller. »

« - La Maison de la Mère ?

- La Mère de qui ?

- Eh bien, la Maison de la Mère, notre mère à tous. »

 

Le Soudan en apogée dans sa réalité la plus vive.

Une immersion finement politique, culturelle et profondément humaine.

Dans un rythme initiatique, empreint de couleurs et de fraternité.

Les Jango, solidaires, les saisonniers nomades qui déambulent d’un lieu à un autre. Des coupeurs de canne à sucre, des planteurs de sésame ou de sorgho. Dignes, caravane colorée, l’éthique et le libre-arbitre avérés.

Des hommes dont l’élégance semble d’une blancheur exquise. La classe et la dignité, des Jango, des êtres remarquables et atypiques.

L’épicentre de l’histoire se situe à al-Hilla au Sud du Soudan.

Polyphonique, deux Jango content, le bréviaire de la parole.

Un roman vénérable, charnel, qui nous frôlent de près.

Nous suivons des yeux Wad Amouna qui a été élevé dans la prison de Gadarif.

La narration survole la trame et conte : « Les Jango ».

Wad Amouna qui dort avec sa mère dans le même lit. Neuf ans, constamment en danger, une proie potentielle dans cette prison emblématique d’un Soudan qui ne laisse rien passer, pas même un regard de travers.

Jusqu’au jour où al-Azzo sort de prison avec l’enfant.

Le sortir des griffes d’un cuisiner pervers.

« Tu es mon fils à moi, Wad Amouna, compris ? »

La Maison de la Mère est un lieu où l’humanité s’agite. Entre une maison d’effluves et de légèreté, les rencontres improbables ou salutaires.

Le lieu de la débauche, certes, mais aussi le haut lieu symbolique. L’antre refuge, l’auberge espagnole, le foyer des apprentissages à la vie.

Tel un repère, dans une ville grouillante d’humanité ou de blessures, les Jango, ici, abreuvent leurs soifs emblématiques.

Les Jango, entre les résistances et les traditions, ils sont ici, l’aura d’un livre charnel, puissant où l’on pourrait imaginer l’espace d’une fable ou d’une satire.

Un double langage d’un Soudan entre les oppressions d’un pays autoritaire.

Le rayonnement d’une trame sensuelle, colorée, aimante qui donne corps aux rémanences.

« Ce soir les Jango sont de sortie en ville, tu les as vus avec leur gougou sur le dos ? »

L’écriture traverse l’espace de la fiction.

« Les jango » est un roman spéculatif.

L’idiosyncrasie d’un pays qui défie l’ironie de son sort.

Un livre dont on aime le magnétisme.

L’envie de rencontrer en vérité les Jango.

Délicieusement subversif, comme il est dit, je cite : « Ce roman de l’écrivain soudanais, qui évoque d’irréductibles ruraux peu portés sur l’islam rigoriste a valu la prison à l’auteur. »

« Les Jango » superbe et attachant, délicatement insidieux, a circulé sous le manteau en Afrique et dans des éditions pirates.

Abdelaziz Baraka Sakin s’est exilé en Autriche en 2012.

Après « Le Messie du darfour » (Prix Littérature- Monde 2017), « Les Jango » a reçu le Prix Tayeb Saleh « provoquant la censure des autorités ».

Traduit de l’arabe (Soudan) par Xavier Luffin. Publié par les majeures Éditions Zulma.

E. L.

 

 

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