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6 avril 2026

Nous sommes la meute pas le troupeau Sandrine Bourguignon Éditions Sulliver

Nous sommes la meute pas le troupeau

Sandrine Bourguignon

Éditions Sulliver

Crépusculaire, rimbaldien, dans une dimension tragique qui excelle de degrés de lecture.

Une réalité sociale, intrafamiliale, urgente et juste.

« Nous sommes la meute pas le troupeau » est finement politique et sociétal.

L’histoire d’une famille dysfonctionnelle, en proie à un drame insurmontable.

Un jeune garçon Moby, seize ans.

Un fils unique sur le seuil de pierre d’une maison sans le ciel et le soleil.

Du sol au plafond, jusqu’aux vitres, le silence de l’abandon.

Moby conte.

Ce je « Moby » comme mobylette. Son seul soutien, la seule fidèle et invincible sur qui Moby compte.

La meute. Serait-ce nous lecteurs ?

Cette double voix en tête des chapitres qui voit ce qui va advenir et qui orchestre un récit sans pathos ni sentimentalisme.

Cette douleur qui s’exprime, prête à mordre.

Ou bien tout ce qui touche de près ou de loin  la Centrale nucléaire, les quatre réacteurs.

L’horizon de ce jeune garçon qui pose le cadre de ce récit contemporain qui nous frôle de près avec des paroles qui nous hantent.

« Quand je ne vois pas la Centrale pendant longtemps, je ne sais pas mais ça me manque. J’ai grandi là, ma terre nourricière je veux dire. La Centrale, nos vies en vérité, elle n’y pourra rien. »

« Mon vrai prénom est tombé aux oubliettes. Je n’ai que le surnom. »

Sa mère qui pleure, les mains en coquilles. Le deuil infini.

Un père, symbole des résistances, le pilier de grève, et l’entraide pour panser les blessures.

La meute aboie, sauvage et rebelle.

Sandrine Bourguignon dresse un kaléidoscope profondément humain.

L’écriture sensible, habile, capable, intuitive, ne laisse rien figer

Le monde des sans est ici.

Hommes et femmes jetés en pâture, les mis au ban d’une République triste et ingrate avec les exclus.

Une société qui a du mal avec le point zéro.

La liberté, Égalité et fraternité est enrouée.

Cacher la misère humaine.

Mais Moby est ici. Avec la mobylette, la Bleue comme sa couleur.

Un astre de lumière, orphelin de cœur.

« Normalement on ne se rend pas compte quand on est môme, je veux dire, le goût de nos parents : c’est le seul goût qu’on connaisse mais moi je ne sais pas, ça m’a toujours donné un arrière-goût. L’hérédité.

Et la meute coupe les interstices: Ce serait comme un enfantillage. On aurait apporté toutes les vivres pour tenir jusqu’à la mort. »

Moby qui est né jumeau, sans son double. Moby a mis trop de temps pour naître.

Son frère a fini par s’étouffer avec le cordon.

Depuis, sa chambre natale est cernée. Le cagibi pour lui.

Moby conte d’une voix mature et lucide. Il cherche l’amour dans les recoins.

Il sillonne le monde dans les chemins, cherche l’apothéose du lien maternel.

Sa mère est dans une barque, la corde lâchée, la mer (mère) absoute.

Moby est en apprentissage. Avec l’argent gagné, il va partir.

Rien n’est programmé. C’est en cela la plus vive tristesse de ce récit de renom.

Démarrer la Bleue et ne plus s’arrêter. Cheveux au vent et larmes salées sur ses joues.

Chercher le point d’appui dans ce monde qui l’ignore.

« Des fois, je trouve que les mères, jusque dans la mort, il faut se méfier. »

Moby rencontre les clochards célestes, des filles abandonnées sous les rochers, loin des images d’Épinal.

« Je sais juste que j’étais fragile, tout petit, pas beau, et que personne env vérité ne voulait vraiment de moi quelle qu’en soit la raison. »

Des êtres Radeau de la Méduse de Géricault, des clandestins, des indignés.

La marginalité sans la couronne des rois. Il n’y a plus de fèves.

Fuir, sans devenir le guide inconscient. Le non retour. Échapper aux renoncements, au temps misérable de tristesse.

La quête de l’amour, la survivance est le vent contraire. L’étoile du Sud est morte à sa naissance.

Petit poulbot dont les réflexions, les regards sont des insomnies.

« La Centrale est là, dans ma tête. À ma façon, je suis fidèle. »

La Meute aboie : « Nous resterions, obstinément, des graines de rien. »

Moby est un murmure, un bruit sourd.

Une existence anonyme qui ignore le sommet de l’amour maternel.

« J’aimerais que mon frère comprenne, qu’il se laisse flotter, qu’il retrouve son pays. Son île, celle des garçons perdus et je me demande si c’est un abandon.

C’est dingue comme la mer s’en fout. »

Moby, le pays natal de la douleur.

Une œuvre qui touche au cœur.

« Nous sommes la meute pas le troupeau » élève l’identité des sacrifiés de l’amour.

Publié par la majeures Éditions Sulliver.

E. L.

 

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