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29 avril 2026

Rose, Marie & Dalida Catherine Gucher Éditions Le Mot et le Reste

Rose, Marie & Dalida

Catherine Gucher

Éditions Le Mot et le Reste

« Rose, Marie & Dalida » est la sonorité et l’ardeur d’un titre signifiant.

L’évocation des vérités.

La Réunion dans sa plus triste histoire, dans les années 80.

Dans une prose exceptionnelle, criante, évidente et superbement bien menée.

Cette littérature d’excellence détient le pouvoir de nous mettre en position d’écouter ce drame d’un colonialisme malaisant.

La métropole et son délitement de la fraternité.

Le symbole caustique et avérée d’une île devenue une scène traumatique.

Rose est l’épicentre de ce roman engagé.

Elle a vingt ans et vit chez sa mère dans les Hauts à Sainte-Rose.

La cruauté d’une pauvreté exacerbée.

Rose a perdu sa grâce et sa beauté. Elle a déjà trois enfants dont un fils, Gabriel.

« Depuis le dernier cyclone, la vie dans le quartier des Hauts a repris son cours. »

« Les tôles arrachées remplacées sur les toits et les murs de planches perdues reconstruits. »

« Et de nouveau la peur, la course, la fuite et malgré les cris, les appels à l’aide, une sorte de gros silence épais, couvé dans le ventre du volcan, que Rose entendait en dessous, comme la marche sournoise d’un ogre en chasse. »

Le ton est donné. Rose est ici. Encerclée par sa vie mélancolique. L’ennui dans un rythme empreint de bovarysme. Le désir d’aimer un homme, qui verra en elle ce qui est caché sous ses détresses. Une certaine part de soleil édénique.

En 1977, une voiture rôde au ralenti dans le village. Une belle femme en sort et parle aux mères.

Subrepticement, le loup pénètre dans la bergerie.

On ressent le danger palpable. Des filatures jusqu’aux maisons fragiles et encerclées de misère.

Elle observe Gabriel. Ce petit garçon qui semble abandonné sur la plage. Qui erre et semble démuni.

« Tu ne t’es jamais demandé comment ils sont arrivés chez vous, les fonctionnaires de l’assistance ? »

Esther Dorsainville qui piège Rose par ses mots doux. La culpabilité immense de cette femme-enfant qui va signer les feuillets. Placer Gabriel dans une famille en Métropole.

Afin de lui donner une éducation de privilège.

Il sera heureux là-bas ! Et promis il reviendra lors des vacances scolaires.

Cette dame au chignon, austère et hypocrite, dans une parabole faussée, déroge à l’humanisme.

Elle coince Rose entre les murs de sa catégorie sociale. Enfant encore, égarée et naïve. Elle pense que ce sera bien. Le doute ne l’effleure pas un instant.

Elle veut le bonheur de l’enfant et les promesses dorées de cette femme forcent Rose à dire oui.

La Réunion est prise en otage par une déportation masquée.

L’arrachement de ces petits, et le transfert forcé de deux mille jeunes mineurs.

La France dans toute son horreur.

Le gouvernement français qui veut diminuer la démographie excessive. Repeupler les départements français en manque de population.

Entre 1962 et 1984, des générations d’enfants sont arrachés de leur terre, des bras de leurs mères. Ils sont répartis dans 83 départements français et surtout  dans la Creuse.

L’exil contre une fécondité.

Est-ce vraiment la raison première ?

Cette page de notre Histoire est une honte.

Gabriel devient l’allégorie des arrachements. Comme l’on éradique une racine.

La DDASS de la Réunion sous les ordres de Michel Debré et les assistantes sociales déployées sur l’île à l’instar de vautours maléfiques.

BUMIDON, le nom de cette migration forcée.

Rose est un emblème. Elle n’aura de cesse toute sa vie de rechercher Gabriel.

Un deuil impossible. La syntaxe du vivant rompue.

Elle est une lumière noire, sans espaces de sourires. La déportation mentale et son fils devient son regard et ses plus vives souffrances.

Elle prie Marie, cette vierge noire au Parasol. Une statue qui épancher ses larmes.

Dalida, la chanteuse, consolante et douce, devient immanquablement ce qui lui reste comme fenêtre avec vue sur le monde.

Ce roman sociologique, politique, habilement dressé par Catherine Gucher, sociologue et écrivaine, est un lever de voile où arpentent les douleurs et les veilles infinies de ces femmes-mères dont la France a kidnappé les enfants.

L’expérience des faits justes de Catherine Gucher est ici la magistrale réussite d’un roman nécessaire, qui pointe du doigt l’immensité du mal d’une nation.

Les tragédies immuables avec cette justesse d’une sincérité radicale.

Le souci de vérité et « Rose, Marie & Dalida » est une prise de conscience dans l’œuvre du mal.

Cette fiction honore ces enfants qui grandiront, deviendront adultes, perdus à jamais pour leurs familles.

Le drame des généalogies qui perdent les traces originelles.

Le volcan en éruption, les poussières chaudes sont autant de métaphores.

Gabriel Lankrane, l’enfant Géricault, et Rose, sa mère, dont l’État français a écrit qu’elle était défaillante, débile, ne s’est jamais manifestée auprès de nos services. 

Les mensonges pour couvrir que Rose aimait avant la danse, les rires et ses petits.

Un roman essentiel, d’immanence cruciale.

En lice pour le prix Hors Concours des éditions indépendantes 2026.

Publié par les majeures Éditions Le Mot et le Reste.

E. L.

 

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