Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
L'élégancedeslivres
Publicité
13 avril 2026

Une fenêtre par où s'échapper Madeleine Allard Éditions Québec Amérique

Une fenêtre par où s'échapper

Madeleine Allard

Éditions Québec Amérique

D’une haute contemporanéité, « Une fenêtre par où s’échapper » est une mise en abîme d’une famille.

Le cercle d’une féminité, puisque ce roman très fin est le paysage d’une grand-mère, La Vieille Fatigante, une maman, Denise,  parfois nommée la Furie.

Trois filles, dont deux adolescentes, Judith et Suzanne et la petite Lucie 9 ans.

L’histoire se passe dans les années 80 au Québec.

La narration est la voix de la petite benjamine.

Dans un constat lucide, évident, le réel est prisonnier de cet antre où gravitent les dualités.

Le blanc et le noir, les vents contraires, les joies et les peines.

Les vulnérabilités à l’instar d’une syntaxe rompue.

Lucie observe. Lucie est dans le battement intermittent de l’apprentissage de la vie et la connaissance des siens.

C’est une épreuve et un poids sur ses frêles épaules.

Son père Robert travaille beaucoup et il est très absent.

Sa mère, Denise, si jeune encore, le bovarysme en ses regards.

Manichéenne, elle fait ce qu’elle déteste. La cuisine, s’occuper des fillettes, et faire l’intendance.

Une fenêtre par où s’échapper, elle est un oiseau en cage.

Le corps tourné vers l’extérieur, l’ennui fait des rayures sur la fenêtre.

« À une autre époque, Denise avait cru qu’il suffisait d’y mettre du sien, de se lever chaque matin sans se poser de question, de juste faire ce qu’elle avait à faire, jour après jour pour repousser la noirceur, et de s’efforcer de faire jaillir des étincelles pour entretenir le feu qui brûlait en elle, car c’était au milieu de ce feu que naîtrait quelque chose qui ressemblerait au bonheur. »

Les petites comblent les espaces intermédiaires. Des rais de lumière sur les persiennes pour demain encore.

L’intendance et l’éducation, les rimes d’une journée où elle qui aimait tant coudre et dont le manteau a été moqué.

« Le manteau s’était balancé quelques instants sur son axe avant de s’arrêter tout à fait. Denise ne s’était plus jamais installée à sa table de couture. Les tissus étaient restés sur les tablettes et les outils dans leurs boîtes. »

la fenêtre est l’alliée. Denise est semblable à La Chèvre de Monsieur Seguin.

Elle tire sur la corde. Cherche l’air et veut s’abreuver de soleil et d’espace.

« Une fenêtre par où s’échapper » est un roman psychologique. Les existences meurtries par les colères, les frustrations, les non-dits, les appels d’air et les coups d’éclats.

La transmission d’un mal être que Lucie réfute.

La Vieille Fatigante change les règles. Des sandwichs à la margarine pour repas. Elle abat les cartes et mène les grandes et la petite d’une main de fer. C’est la rébellion. Jusqu’au jour où. Judith et Suzanne souffrent. Le manque cruel d’une mère. La culpabilité et pourtant Lucie redistribue les cartes, veille. Les filles sont alors cercle de feu et l’épiphanie.

Le monde tel qu’une femme le désire. La poésie d’une trame dont Lucie, vive, intelligente, interprète les rais de lumière, les silences, puisque Denise est partie. La maison vide sans la Furie d’un seul coup pour contrer les courants d’air.

Superbe, dans le jeu subtil du paradoxe. Sans pathos, avec cette grandeur du recul et du respect, une immense capacité émotionnelle rayonne dans le jeu admirable d’une maîtrise d’écriture irradiante.

Cette œuvre de fiction pointe du doigt la peur du tangible, de la transmission des faiblesses et des peurs. L’hérédité des vibrations intérieures.

Madeleine Allard dévoile une plume dont chaque crépitement est un enjeu de méfiance.

Un tour de force où Lucie apprendra (peut-être)à subvertir le mal-être.

L’impulsion d’un roman moderne, une fenêtre par où s’échapper vers notre propre paysage.

Publié par les majeures Éditions Québec Amérique.

E. L.

 

Publicité
Commentaires
L'élégancedeslivres
Publicité
Archives
Publicité
Publicité