Ma chérie Marie NDiaye Éditions de L'Arbre vengeur
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Ma chérie
Marie NDiaye
Éditions de L'Arbre vengeur
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« On les voyait toujours ensemble, toujours ensemble.
Plus précisément on pouvait le voir, lui, seul, mais elle jamais.
Elle était toujours ensemble, vous voyez. »
« Ma chérie » est un texte lucide, qui frappe fort, tant sa traversée est une implacable mise à nue de l’emprise psychologique.
Un homme parle. Elle répond.
Les voix extérieures de cette dramaturgie, ripostent en écho.
Tant d’années communes, des enfants, comment a t-elle pu fuir ?
Quitter ce cocon où l’amour était un cheminement, la connivence, l’expression du passage du temps.
Mais était-ce vraiment ainsi ?
Lui, qui somme « Ma chérie ». L’immense trahison, l’abstraction de ses fautes personnelles.
Lui, qui accable encore cette femme emblématique de tant et de tant d’autres.
« Ma chérie », elle qui n’a réussi que ses devoirs, s’effacer, ne rien exiger.
Arrondir les angles et baisser la tête mentalement.
Un oiseau blessé en cage, sans espoir de liberté.
Le mutisme pour se protéger.
« J’étais obsédée par cette angoisse, cette terreur de mal faire et d’en être condamnée pour des siècles et des siècles. »
« Je plaisante, je ne suis pas quelqu’un de si important mais je le ressentais ainsi. »
Il articule les incompréhensions, fustige sa femme, encore, la condamne à la faute.
Les vibrations de l’emprise. L’ordinaire flouté par cette immense incursion d’une prise de pouvoir sur l’autre.
Marie Ndiaye est en surplomb. Elle prend note des paroles qui sont la splendeur de l’échec d’un homme hypocrite, criblé de faux-semblants que l’on déteste d’emblée.
Ici, pas de rivalité. Elle se défend dans cette effusion d’avoir franchit la marche de trop de l’escalier d’un antre où elle était toujours sur le qui-vive.
L’impossible retour.
En son cœur, elle est déjà loin et s’échappe du séquestre.
Elle est l’épopée qui glisse vers demain, immanquablement et sans lui.
Chaque jour, la violence qui abat le langage et le geste.
Abandonnée dans l’effort de cette transgression de la normalité.
Les photos en noir et blanc de Denis Cointe initient au charme d’une renaissance en advenir.
« Oh pourquoi m’as-tu quitté ? Où es-tu ? Pour la première fois depuis si longtemps je ne sais pas où tu es, dans quelle rue, ce que tu fais, dans quels chemins, pourquoi, pourquoi m’as-tu quitté ? Qui es-tu, quelle femme peux-tu être ? Que fais-tu sans que je le sache, que te permets-tu de faire sachant que je ne l’apprendrai pas? Oh ma chérie, comment peux-tu vivre et que je n’y aie aucune part ? Comment peux-tu vivre ? Comment peux-tu tout sans moi, sans mon approbation, ma chérie ? Comment peux-tu ? Et moi, moi, comment, comment ? »
La folie terrifiante d’un homme qui abat sa dernière carte.
Marie Ndiaye traque le phénomène d’un harcèlement quotidien, sans répit.
L’étymologie d’un couple sacrifié par l’incantation d’un seul être d’une cruauté de faussaire.
La puissance de l’écriture précise fait saillir les vérités.
Apprendre à toujours se méfier des apparences.
Le masque tombe.
Comme le dit si bien les Éditions de L’ Arbre vengeur : « Convoquant Anna Akhmatova, Sylvia Plath et Emily Dickinson, Marie Ndiaye ajoute sa voix forte et douce à ce chœur de femmes blessées. »
Un texte nécessaire et clairvoyant.
E. L.
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