Mon cœur prisonnier Mathieu Vivion Éditions du Panseur
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Mon cœur prisonnier
Mathieu Vivion
Éditions du Panseur
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« Mon cœur prisonnier », sous le voile de la fiction, ce roman nous plonge dans l’ombre et la lumière d’un homme, Franck Teautot.
Un chauffeur de bus qui fait face à deux enquêteurs.
Le huis clos est une toile de maître.
D’une justesse sans faille, tirée au cordeau, la trame touche au cœur.
Tant l’immersion nous frôle de près.
D’une haute contemporanéité, dans l’instant même, cette magistrale mise en scène dépeint avec droiture et humilité une réalité sociale.
Un homme ployé sous les affres d’un drame insondable.
« - Vous savez, les mots, c’est pas mon truc. Je ne sais pas bien dire, comment exprimer les choses, j’ai jamais su. »
Envahi sous le vertige des faits, Franck répond aux questions avec douceur.
Il ôte immanquablement le superflu. Il reste dans la posture d’un homme accablé par la mort accidentelle de sa fillette Joëlle.
Une chute d’un toboggan, dont il se sent coupable. Il ne peut refaire surface dans sa propre vie.
« ...Et je vous le dis parce que moi j’ai jamais su : se parler c’est le plus important en amour.
- Oui, je le crois aussi.
Et est-ce que vous voulez bien me parler encore de votre travail ?
- L’amour est un travail à temps plein, vous savez. »
Franck travaille pour la société « Les Cars d’Ormont ».
Il ne sait plus si la barrière du passage à niveau était ouverte ou fermée.
Huit enfants décédés. Franck est ailleurs. En amont dans les éteintes avec sa petite fille. Dans le chagrin infini de la perte de son enfant handicapée.
Tous les deux dévoraient des crêpes chaque matin dans un rythme pavlovien.
Qu’importe les assiettes sales abandonnées dans l’évier. Le désordre et le laisser-aller. Franck couvrait sa fille d’éclats de tendresse. Seul pour assumer cette ode et son travail à mi-temps.
« - Oui, donc, je m’en suis voulu de ne pas pouvoir me détacher du handicap de ma fille, en public. »
Franck se marginalise, se terre. Emmuré dans ses difficultés. Le Radeau de la Méduse de Géricault. Sa femme décédée, la solitude pour seule compagnie pour affronter les courants d’air.
Sa petite étoile endormie à jamais, il pense sa responsabilité absoute.
Seule, la faute d’avoir laisser Joëlle glisser seule sur ce toboggan. La destruction d’une enfant qui était son incontestable soutien mental pour sa propre survie.
« Nous nous dévoilons à la lumière du beau temps. Tu souris ma fille, et c’est comme si les murs se relevaient sur leurs fondations, qu’ils reculaient de quelques pieds et nous laissaient l’espace d’être ensemble. »
Un homme bon comme le pain du matin, dont le malheur est synonyme du vide devenu.
Ces huit enfants, la métaphore de la sienne.
L’écriture souveraine est le maillet du silence.
Lui seul, sait ce qui fut de cet homme, Franck, prisonnier de son cœur.
La langue pudique et honorable écarquille la profondeur de cet interrogatoire, et transcende l’espace de la parole.
« Comme si j’étais le meilleur père du monde, le meilleur danseur, le meilleur des meilleurs. Tu me tiens par la main et je suis comme un pantin qui apprécie qu’on joue enfin avec lui. Je me sens bien. Apaisé. La fête apportait avec elle ce calme des beaux jours. »
Ce livre aux incantations vitales est un chant funèbre qui dépasse les sentences.
Une expérience de lecture qui ne laisse pas indemne.
Un manifeste d’une parentalité d’excellence.
Le jugement s’efface malgré cette barrière dévorante et tueuse.
Franck est en déni. Dépossédé, en distance absolue. Reste sa faille.
Cadenassé dans l’enclos du passé avec Joëlle.
Une litanie dont chaque détail compte.
Les enquêteurs s’effacent. Ils deviennent ce père à leur tour, dans cette prodigalité de paroles viscéralement calmes et qui font corps avec la détresse de Franck dans une lutte acharnée pour accomplir cet interrogatoire qui nomme huit enfants disparus à jamais.
Ce monologue est fascinant dans sa construction, douloureux et étincelant.
Mathieu Vivion délivre dans une compassion infinie, le triomphe d’une littérature prodigieuse qui défie tout jugement.
Après l’inoubliable « Le Sorcier Blanc », « Mon cœur prisonnier » est dans la cour des grands.
Publié par les majeures Éditions du Panseur.
E. L.
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