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11 mai 2026

Vermeille Florence Jou Éditions L'Attente

Vermeille

Florence Jou

Éditions L'Attente

« Vermeille » est un récit sensoriel et résistant.

Vignes emmêlées, siamoises, l’écologie dans toute sa plus vive évocation.

La terre spéculative, mise à l’épreuve dans cette remarquable région de Pô.

L’Occitanie et la viticulture dans son sentiment le plus authentique.

Jo est ici. Une femme vive, passionnée, empreinte de sororité.

Elle nous guide dans ce qu’elle pense sauver encore.

La poésie excelle, dans cette narration à l’instar d’un sarmant de vigne.

Le porte-flambeau d’un texte contemporain, sublime, vibrant d’essentialisme.

L’été brûlant ravage l’air. Les vignes semblent la traversée du désespoir.

« La fête est mémorable, le vent pose une ligne noire sur les haies de roseaux et mord la peau de quatre brebis chétives, qui bêlent de douleur. »

« Les prières des Catalans n’arrêteront pas le feu sur le peuple de lianes. »

Jo qui déambule dans les vignes. La force opérative sous ses pas, entre les chairs et les cicatrices. Le passage-gué d’une passion inaltérable.

Elle détourne les diktats d’une agriculture surdimensionnée et contestable.

Jo est dans la ferveur d’une communauté, celle qui honore la rudesse de l’effort.

« Ne restera que des vignes hantées. Des lianes libérées des humains. 

Drones, robots désherbeurs, cépages nouvelle génération qui se passeront d’eau, panneaux solaires, capteurs météo, serres bioclimatiques.

Le plan est clair. Toujours plus cynique. »

Jo fatigue. Jo doute. Jo est dans une vigne paradoxale.

En pleine conscience d’une pénibilité exacerbée. Elle résiste avec ses compagnons.

Elle s’écorche les mains, se mue en guerrière face aux échos d’une terre en péril.

Préserver le Vivant. L’anthropologie souveraine ? « Vermeille » entre ici et maintenant, dans cet espace temps où le dérèglement climatique pourvoit aux migrations vigneronnes.

Hommes et femmes en ordre de marche, Jo dans le sillage, d’un départ mental forcé.

Cet ouvrage finement politique, poétique est éclatant de justesse.

Il est la traduction des forces vives et des volontés altières.

L’éthique allouée et le sens d’une responsabilité innée.

Dans une langue charnelle, où l’on sent une autrice convaincue aux moult enquêtes d’un territoire meurtri dans sa chair.

Ce manifeste essentiel est un hymne à la solidarité.

« Ne pas postuler la concurrence mais la complémentarité. Faire éclore un nouveau monde qui englobe l’ensemble des vivants et des morts.

Vous mutilez les mémoires et les rites. »

Les vignerons, ces compagnons dans l’immensité d’une loyauté pour la vigne-mère.

Le vin, le symbole, « et fêter la venue de cet élixir. »

Le soleil qui surplombe chaque geste dans un rituel entre l’espérance ou le doute.

« Équipés de lampes frontales, les parcelles sont un pays où ils marchent. »

« On ne rentre pas chez l’autre par effraction. »

« Remontent les blessures, les oubliés, les jours inhumains.

Ils virent en direction du rivage.

Florence Jou fait don d’une écriture d’élixir.

« Vermeille » est un hymne aux transhumances intérieures.

Un outil sociologique où le lien devient la régénération des possibles.

Une litanie à flanc de vigne.

Comme il est dit dans la présentation de cet ouvrage :

« Comme le rappelle l’anthropologue brésilien Ailton Krenak, si la chute du monde a lieu, alors autant chuter avec force, avec créativité, avec élan. » 

Publié par les majeures Éditions L’Attente.

E. L.

 

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