La Verrerie Mènis Koumandarèas Éditions Quidam éditeur
En cette rentrée littéraire hivernale, sur le piédestal d’une littérature qui sera le regain, le voici le livre à retenir, faire sien : « La Verrerie » de Mènis Koumandarèas. Un cerf-volant en plein ciel qu’on ne lâche pas des yeux, gracieux, émouvant, puissant. La beauté qui rayonne sur les lignes est le pain pour demain. Cette constance d’une trame hors norme est la preuve que nous sommes dans un livre qui fera date. Un classique si aérien, si captivant, si maîtrisé qu’il est à ce jour un livre de fond. Habilité au salvateur, au majestueux et à cette modestie d’une lecture olympienne. Que dire de « La Verrerie » cet antre de laborieuse ténacité, lumière en diapason. Œuvre opérative de Bèbas Tendès. Transmission allouée d’un père pour sa fille, dont l’aura spéculative échappe à l’éphémère. Battante, humble, femme si belle qu’on aime de toutes nos forces. Jour après jour, elle fait de « La Verrerie » l’entrechoc des lumières, les gains générationnels, lieu dont chaque luminaire est un pied de nez à l’adversité. On est en transmutation dans une Grèce de l’après-guerre aux remous vifs encore d’une Occupation intestine. Athènes et ses ruelles inondées de chaleur. Les rues dont on devine les recoins lourds de cet évènementiel. L’usine à Gaz, face à la Verrerie, cette image dont on pressent les fumées brouiller les regards. La vie est là, malgré tout. Bèba Tendès est marié avec Vlassis, fragile, malade, tourmenté. « Bèba, le corps incliné en arrière, se faisait de l’air avec son éventail en bois aromatique. Tous les deux, sans expression, ressemblaient à des idoles de l’Île de Pâques. » Le charme siamois d’un couple uni, connaissant l’autre jusqu’aux entrelacs des mains jointes en rituel mouvement pavlovien. Liés à la Verrerie, fusion d’une appartenance. Vlassis se perd dans ses ténèbres. Rakoutis et Malakatès sont plus que des amis. Mais cette transmission théologale de l’endurance. De cette amitié qui se gorge de fraternité. Ils seront toujours là, coûte que coûte auprès de Bèba. « Bèba Tendès se reposait à sa place dans le triangle des trois hommes qui l’entouraient. Elle sentait bien que c’était là sa famille, sa société à elle, et que si l’une des trois étoiles venaient à disparaître ce serait la fin, la constellation entière s’éteindrait. » Ce livre est un clair de lune. Un voyage en Grèce riche de sentiments valeureux. Un espace d’apothéose. « La Verrerie » est une chance pour grandir dans la vie, apprendre de l’autre, étreindre l’effort. L’exemplarité d’une œuvre qui dépasse tout entendement. Traduit du grec par Marcel Durand, « La Verrerie » est digne d’un génie évident. Publié par les majeures éditions Quidam éditeur.