Les Enfants d'Ulysse. Carole Declercq. Éditions La Trace. Florence Franc Jean Philippe Lafont
Les Enfants d'Ulysse
Carole Declercq
Éditions La Trace
Contemporain, attendrissant, « Les enfants d’Ulysse » est un récit, papier claque d’une réalité, ressac d’une prédestination émouvante et triste. Le démantèlement du camp d’Idomeni en Macédoine est le détonateur. Enfants écorchés aux grillages du rejet, sable dans les yeux. Fuyants par les chemins, feux follets à toute allure, jambes élancées entre les pièges des hostiles. Enfants des brouillards, votre chant est ici. Carole Declercq nous donne la première carte. Gardez-la au chaud. Elle est valeureuse, pas de côté en pleine lumière. Dans ce grand livre des croisées des certitudes, s’ouvre la voie à suivre. Un village perché à flanc des montagnes, des caches de pierres et de lierres, d’habits sales et de faim des abandonnés. Deux brebis égarées si frêles et vaillantes, empreintes de ténacité, Hamza (le frère) et Feril (la sœur) douze ans. Une vieille femme grecque Elliniki que l’on aime de toutes nos forces. Le Païko prend son élan. Enrobe le spéculatif d’une aura et l’honneur d’une solidarité sans attente de retour. Gestes placés dans l’exactitude fraternelle. Elliniki va déployer ruse et amour pour ces deux exilés perdus dans la torpeur d’un monde étrange(er) à leurs souffrances. Cacher ce fardeau lourd qui broie leurs épaules frêles, dans son antre où le quotidien va renverser les chaises. On ressent les parfums d’une terre lointaine, la promise et l’espérée. On ne résiste pas au croustillant des biscuits d’Elliniki. Cette emblématique vieille femme aux quatre vingt ans qui accablent ses émulations va devenir la main tendue, le pain pour la faim, la tendresse des sages et plus que tout risquer la prison pour la cache de ces deux hirondelles affamées et meurtries. « Les enfants d’Ulysse » est l’acte de bravoure qu’abreuvent la loyauté, le courage, l’altruisme et les vertus qui, enchantent les fleuves cosmopolites. Le village va devenir une chaîne incommensurable de concorde et d’altérité. Dans ce vent des possibilités qui écarquillent leurs prunelles. Ces enfants sont les nôtres. Refugiés perdus entre les frontières aux mains noircies par le rejet, l’indifférence. Sans ce trop-plein qui déborde de clichés, ici c’est le réel qui encense l’arc-en-ciel. Dans ce maintenant et pas demain Elliniki est porte, souffle et raison. Cette histoire est loin d’être imaginaire. Elle est sociétale, humaniste. La résistance est une corde qui ne cède jamais. Feril et Hamza sont nos enfants, la somme de milliers d’autres. « Les enfants d’Ulysse » est un bouquet d’Eternelles. J’aurai été si fière de le mettre au monde. Publié par les majeures Editions La Trace.