Indice des feux Antoine Desjardins La Peuplade
L’heure est grave. La certitude d’atteindre le non-retour. Ce grand livre méritant est à lire en urgence, avec la plus grande attention. Construit en 7 récits, il déploie notre lendemain en péril. Il sonne le glas. Tous, dans le radeau de Géricault, tous encerclés par les feux métaphoriques. L’écologie au garde-à-vous, notre dernière carte en main. « Indice des feux » » est un livre socle, un futur classique mais aussi un livre dont on dira un jour certain « Il aurait fallu écouter Antoine Desjardins ». Mais le temps est dépassé. Ce livre brûlant est un avertissement. L’indice des feux qui cogne sur les baies vitrées fêlées de nos arrogances. Mais, là où la beauté rayonne c’est dans l’entrelac des lignes, dans cette puissance intrinsèque d’une écriture qui n’hésite pas ; dont chaque mot encercle le monde et ses êtres, minute après minute. Le chant est beau, profond et certifié. Antoine Desjardins délivre des résonnances poignantes : A boire debout, Couplet, Étranger, Feu doux, Fins du monde, Générale, Ulmus Americana. « A boire debout », sans pathos pourtant, même si l’on pleure. L’adolescent malade. « Dehors. Je veux dehors. Les nuages, la mer, le soleil. La lumière, la vraie lumière sur ma peau. Le givre dans mes cils. Le son de la glace écorchée quand on brake sec en patins. » « Un iceberg géant s’est détaché de la banquise en Antarctique. Les scientifiques l’ont baptisé A68, mais les gens l’appellent « le monstre de glace » parce qu’il fait deux-cents mètres de hauteur en surface. » « A boire debout » est un texte sombre, profond. « La pluie. Elle m’a retrouvé. C’est pas long que l’averse vire à l’orage. Ça tombe tellement que les gouttes font des étincelles en s’écrasant dans l’océan. » Antoine Desjardins est en assise dans ce texte tragique, gémellaire, l’enfant, Le chaos d’un monde agonisant. L’écriture est solaire, troublante et affirmée. « Que ça se peut encore… un enfant… Un enfant, dans ce monde-là ? » « Étranger » est une page arrachée à l’orée du conventionnel, du déraisonnable. Deux frères que tout oppose, la somme d’un existentialisme qui sonne faux. « Louis cherche un sens à sa vie… » Cédric : « Ma peur de voir mon petit frère trébucher, se saboter. Gâcher sa vie au nom d’un vœu de simplicité enfantin et naïf. » Ce texte est un appel d’air, la force de tous les courages, Diogène en lumière, les carcans d’un monde stéréotypé qui vole en éclat. Les récits sont des alertes, des indices de feux. Le rayonnement est ce liant entre le fictionnel et ce réel qui enclenche le détonateur. On ressent ce vif de nos erreurs à tous. « La Générale » « -Ben voyons ! Ils sont où, tes oiseaux ? Partis pour l’hiver ? -Pas partis. Disparus… » « Savais-tu ça, toi, que les oiseaux ont un genre de don ? Un sixième sens ? Ils sentent…changement… en plus des…à des kilomètres… même que… » « Indice des feux » est capital, phénoménal, culte. Ne croyez pas à la vulgarisation. Ici, nous sommes dans une littérature de renom qui devient spéculative. Un livre d’utilité publique qui happe et foudroie et dont le geste est doux encore comme pour nous donner une dernière chance. « Indice des feux » dont les brûlures seront demain irrévocables. Réchauffement climatique…. Antoine Desjardins est un veilleur, un lanceur d’alerte, un homme debout, un auteur de génie. Ce livre est l’issue de secours, la parole sachante. Un livre qui fera date. Publié par les majeures Éditions La Peuplade.