Alice, disparue Dominique Paravel Serge Safran éditeur
Alice, disparue
Dominique Paravel
Serge Safran éditeur
ISBN : 979-10-97594-95-4
17,90 €
En librairie

Quatrième de couverture :
Rien ne semble satisfaire Aude : sa vie à Lyon, son mari, son métier... Une douleur jamais guérie revient la hanter , la disparition de son amie Alice, quarante ans auparavant.
Que s'est-il donc passé en 1976, à Venise, où Aude avait rejoint Alice, étudiante aux beaux-arts? Pourquoi cette fille passionnée, idéaliste, a-t-elle disparu du jour au lendemain, laissant un vide que rien ni personne n'a pu combler?
Aude décide de mener l'enquête, contre la volonté de ses proches. Alternent alors les souvenirs de sa jeunesse, qui n'ont d'autre référence que Venise, une vie de bohème dans un palais abandonné, et un retour dans la Sérénissime d'aujourd'hui. Une confrontation entre passé et présent qui met à jour les failles de la personnalité d'Aude et dévoile une Alice sous un autre jour que celui idéalisé par le temps. L'histoire d'une amitié forte etsingulière, à travers la vie d'une communauté de jeunes, dans les années soixante-dix et une Venise qu'aucun des protagonistes n'a pu oublier, tissée de rêves et de violences...
L'auteur :
Dominique Paravel a vécu son enfance à Lyon, et plus de vingt ans à venise. Nouvelles vénitiennes, son premier livre a bénéficié d'une excellente critique, d'un fort soutien des libraires et obtenu plusieurs prix tout comme Uniques, son premier roman ainsi que son deuxième, Giratoire, prix Cazes 2016 de la Brasserie Lipp.
Mon avis :
Poignant, sensible, « Alice, disparue » est un récit sur l’attachement. Bien au-delà de la sublime Venise qui dévoile son idiosyncrasie, ses couleurs, ses charmes, Alice est le plein de midi. Cette histoire est tremblante et profondément vivante. « Moi, je n’ai pas quitté ma place, j’ai traversé la vallée de le Maurienne, les Alpes, longé la plaine du Pô, vu passer Chambéry, Turin, Milan, Vérone, Padoue. A chaque gare un peu de ma vie a disparu, jusqu’à ce dernier nom, Venise. » Aude retourne à Venise. Elle quitte son mari, son travail, elle laisse tout dans son dos, sans aucun regret. Quarante ans sans Alice, et pourtant elle est le comble d’Aude. Ses pensées insistantes et ses regards troubles envers Venise. Elle veut comprendre, savoir, suivre la trace d’Alice, son amie intime. « Pourquoi tu es venue à venise ? Je ne sais pas… Tu ne sais pas mais tu n’es pas venue par hasard. Personne ne vient à Venise par hasard. » Aude foule Venise. Les souvenirs s’entrechoquent. « 1964, j’ai neuf ans. Je suis la plus grande dans le rang des filles… A côté de moi on a placé une nouvelle… Je m’appelle Alice dit-elle, et elle m’englobe d’un seul regard, sérieux, concentré. » Depuis leur plus petite enfance Aude et Alice sont socle, fusion, liane, les contraires assemblés. Aude posée, réfléchie, étudiante brillante, issue d’un milieu social aisé, la littérature en diapason jusqu’à l’ultime : « Chantre » d’Apollinaire où un malaise brise ses élans. Alice, la téméraire, l’éveillée, libre et amoureuse de l’art, issue d’un milieu d’ouvriers. Engagée, et fidèle aux causes à défendre. Elle part à Venise étudier l’art. Le malaise d’Aude est le déclencheur. Premier départ, rejoindre Alice, fusionner avec Venise et étreindre les fiançailles des retrouvailles avec Alice. On les retrouve dans ce versant des gondoles, des musées, des mouvements ensoleillés et dépaysants, d’un cosmopolite doux comme de la soie et régénérateur. Elles vivent alors en communauté avec d’autres hommes et femmes de leur génération. Tous affûtés dans l’ambiance de Venise, ses délices et ses libertés octroyées. L’auberge espagnole des désirs et des rencontres. « Nous n’avions pas d’argent, pas d’ambition d’en avoir jamais. Nous inventions une ville à la mesure de notre désir et nous nous inventions avec elle. Venise nous ramenait à l’origine, à l’eau matricielle, Venise était une naissance inversée… Notre appartement délabré, à peine meublé, devenait une ville. » L’écriture est un palais, une visite riche dotée d’une haute littérature. Venise est la majuscule. Dominique Paravel dévoile le macrocosme de Venise et de ses hôtes. On passe d’une époque à une autre. Les approches sont certifiées, Dominique Paravel est la guide. On ne s’égare jamais. Ecoutez le chant grave de cette histoire de vie. Alice plonge dans les rappels, les images qui s’emboîtent telles des poupées gigognes après toutes ces années. Alice se déplace, case noire s’engage politiquement côté libertaire, voire anarchiste. Un jour certain elle disparaît, d’un seul mouvement, d’un seul nuage, plus rien d’Alice, même pas son ombre furtive.Les recherches policières sont lancées, les inquiétudes de ses amis au summum, Aude est anéantie, chute. Elle fuit Venise, le corbeau noir devenu. « Quand les Vénitiens sont fatigués de l’histoire qu’ils sont en train de vivre, ils ouvrent l’une des trois portes magiques de la ville et passent à une autre histoire. » « Alice, disparue » est une quête, un récit sentimental. Lisez ce grand livre des voyages intérieurs, la persévérance est ce filigrane qui emporte tout avec lui. « Il ne manque désormais presque rien pour que l’oeuvre entreprise il y a quarante ans soit achevée, pour que le plomb des années se changent en or ; il ne manque que la dernière ligne à tracer ou à effacer entre Aude et Alice » « Alice, disparue » est beau, solaire, salvateur. Il est la force des certitudes, magistral, inoubliable. Publié par les majeures Éditions Serge Safran éditeur.